RDC: quitter le pouvoir et garder le pouvoir, le plan de Kabila

Le mois de juillet devrait définitivement éclaircir l’épais brouillard qui plane sur la scène politique congolaise. Le 24, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) devrait logiquement annoncer l’ouverture officielle des opérations de dépôts des candidatures pour la prochaine Présidentielle. Une opérations censée prendre fin le 8 août 2018.
Entre-temps, chaque camp politique s’active. Le Mouvement de Libération du Congo (MLC), ragaillardi par le retour surprise de son leader, Jean-Pierre Bemba, a officiellement désigné ce dernier comme candidat à cette présidentielle la semaine dernière à Kinshasa, annonçant dans la foulée son grand retour dans la capitale congolaise. De l’autre côté, les partisans de Moïse Katumbi, l’autre opposant et challenger de Kabila, annoncent le retour de leur leader dans la capitale congolaise, afin d’y déposer sa candidature. UDPS, UNC, et autres entament également la même démarche.
Cependant, il se passe également des choses du côté du pouvoir. Alors que des partisans du président Joseph Kabila concoctaient ce dernier temps sa probable candidature à présidentielle du 23 décembre, ces derniers devoir rêver autrement. Selon des informations concordantes, le Président congolais devrait finalement se résoudre à quitter le pouvoir.
C’est du côté du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, que l’information a fuité officiellement. Selon le Chef des casques bleus, Joseph Kabila va annoncer prochainement des « décisions importantes », expliquant pourquoi sa visite prévue récemment en République démocratique du Congo avait été repoussé. « La raison qui nous a été donnée pour le report était que le Président allait prendre très bientôt, ou annoncer très bientôt, une série de décisions importantes et qu’il ne voulait pas donner l’impression qu’il les prenait sous la pression internationale », affirme M. Guterres. « Non seulement notre visite, mais également d’autres ont été repoussées », a-t-il ajouté.
En effet, les visites combinées de l’officiel onusien et son homologue de l’Union Africaine, Moussa Faki, y compris celle de l’Ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, ont été annulées sans justification préalable. Du côté du pouvoir, on confirme par ailleurs que le président Kabila devrait annoncer le nom de son successeur au sein de la coalition au pouvoir, le 20 juillet prochain. Une coalition désormais regroupée au sein du Front Commun pour le Congo, plateforme créée au début du mois, avec d’anciens opposants qui ont intégré le gouvernement grâce à l’accord du 31 décembre 2016.
Quitter le pouvoir et rester au pouvoir
Par ailleurs, d’autres signaux laissent croire que Kabila se préparer à quitter le pouvoir, mais voudrait toutefois garder la main. Ainsi, la nuit dernière, plusieurs remaniements ont été opéré au sein de l’armée, où des proches du président ont été renforcés dans leurs positions. Le lieutenant-général Célestin Mbala remplace à l’état-major général des Forces armées de la RDC (Fardc) le général Didier Etumba, admis en retraite et nommé conseiller militaire du chef de l’État, d’après des ordonnances d’avancement en grade signées samedi et lues dimanche à la télévision publique.
Le général-major Gabriel Amisi, jusque-là commandant des forces armées pour la première zone de défense (qui inclut Kinshasa) est promu chef d’état-major adjoint chargé des opérations et du renseignement pour ainsi devenir le numéro 2 de l’armée. Le président Kabila a aussi nommé le général John Numbi, ancien chef de la police nationale, au poste d’inspecteur général des Fardc.
Les généraux Amisi et Numbi avaient été placés sur une liste noire américaine, les deux officiers étant soupçonnés par Washington de s’être « engagés dans des actions qui ont sapé le processus démocratique en RDC et réprimé les libertés et droits politiques du peuple congolais ». Ancien rebelle pendant la 2e guerre du Congo (1998-2003), le général Amisi avait été suspendu de ses fonctions de chef d’État-major de l’armée de terre en 2012, accusé par des experts de l’ONU d’être à la tête d’un trafic d’armes à destination de groupes rebelles dans l’Est. Il a été blanchi de ces accusations en 2014 par le Conseil supérieur de la défense et nommé peu après à la tête de la 1ère zone de défense congolaise.
Ex-chef de la police congolaise, John Numbi est considéré par des défenseurs des droits de l’homme comme le suspect numéro un dans l’assassinat en 2010 d’un militant, Floribert Chebeya, après un rendez-vous au siège de la police. Suspendu de ses fonctions peu après l’assassinat, le général Numbi a nié avoir fixé ce rendez-vous et a été élevé à un titre honorifique par le président Kabila en 2017.
A l’image de l’ex-président José Edouardo Dos Santos en Angola, Kabila devrait s’écarter du pouvoir au profit d’un de ses proches, tout en nommant ses hommes à des postes clés. Néanmoins, les prochaines élections, que l’opposition ne cesse de vouloir transparentes et équitables, restent un pari risqué le futur ex-président.