N’oublions pas le passé

FourberieBelge

Chers Compatriotes,

Nous sommes effectivement en train d’écrire l’histoire de notre pays, tel que nous l’a recommandé Patrice Lumumba. Ce ne sont pas l’une ou l’autre attaque personnelle qui nous en dissuaderont. Aucune intention de vengeance, à quoi bon ? Il ne s’agit que de prémunir les citoyens des manies de la Belgique et de son Église catholique au Congo ; ce qui justifie d’ailleurs le titre « N’oublions pas le passé »

Le catholicisme n’est pas attaqué ici. Il s’agit de la mission catholique belge au Congo, qui s’est transformée en Église catholique au Congo et qui essaie de conserver tous ses acquis de la colonisation.

J’ai fait mes études secondaires chez les catholiques, principalement au Collège du Saint-Esprit de Kindu (61), chez les Maristes, et au Collège Saint-Paul à Bukavu (Bagira-Chez les Barnabites (65)) avant de terminer à l’Athénée de Goma. Comme j’avais fait mon école primaire à l’Athénée Royal de Bukavu (56) pendant l’époque coloniale, je ne pouvais manquer de connaître ni le Collège Notre-Dame de la Victoire ni le Pensionnat Albert Premier, fréquentés par mes amis enfants d’évolués qui avaient aussi le statut de blancs tout en étant noirs. Ces institutions  dont j’ignore les dénominations actuelles  sont des  écoles de l’Etat gérées par l’Eglise catholique. Mais nous devons dépasser le stade consistant à croire que, pour la seule raison que l’on a étudié dans des écoles gérées par les missionnaires catholiques, nous ne devrions pas interroger la façon dont l’Église catholique a couvert les crimes coloniaux, et dont elle continue de se comporter comme outil de la Belgique pour déstabiliser continuellement le Congo.

Notre argumentaire principal est celui-ci :

De nombreuses études récentes sur le développement établissent l’existence de relations de causalité entre le sous-développement observé dans des Etats-nations africains durant la deuxième moitié du XXe siècle et leur histoire coloniale.

Ceci s’explique parce que les choix à long terme faits par la puissance coloniale en fonction de ses intérêts continuent de déterminer, ou du moins de conditionner, la situation de stabilité ou d’instabilité durant l’ère post-coloniale.

Un de ces facteurs aux effets de long terme est l’éducation. Les experts sont unanimes : le Congo était en retard de plus d’une génération par rapport aux pays limitrophes en 1960. Le système n’a pas produit d’ingénieurs, de managers, d’avocats, etc., qui auraient pu gérer le pays, mais 600 liseurs de psaumes ! On s’est beaucoup plus occupé de christianisation que d’enseignement ; et ce, aux frais de l’État congolais.

À qui la faute ? Certes au gouvernement belge, mais surtout à l’Église catholique. Et ce, pour deux raisons : elle faisait partie de la trinité coloniale (en effet, le décret royal du 3 juin 1906 faisait des missionnaires catholiques les équivalents des officiers d’État du droit civil[i]) ; et c’est elle qui avait le monopole de l’enseignement de 1892 à 1948.

L’Église catholique ne perdra ce monopole qu’à la suite d’un rapport d’une commission sénatoriale belge diligentée au Congo belge pour s’enquérir de la formation des indigènes après des plaintes de l’ONU. À ce moment, le constat est très amer. L’Église catholique n’avait créé aucune école secondaire classique subventionnée pour les noirs devant servir de base à la formation de l’élite, mais elle avait déjà 24 séminaires sur des terres acquises pour l’enseignement ; et ce, après quasiment 60 ans de gestion ! C’est pour cela qu’au moment de l’indépendance, le Congo ne disposera pas de cadres pour se gérer. La mutinerie de la FP a été une conséquence de ce manque de formation des cadres.

Encore une fois, le catholicisme n’est pas attaqué ici, mais nous ne pouvons passer sous silence le fait que les missions catholiques au Congo aient été incriminées dans les crimes d’exploitation léopoldiens et ultérieurs, par une autre commission parlementaire belge. Ces crimes avaient entraîné une dépopulation considérable : la moitié de notre population en 40 ans (1885-1925).

En effet, les missions catholiques belges géraient les colonies scolaires de Léopold II (dont celles de Kimwenza et de Kisantu installées en 1893) qui étaient des centres de détention pour esclaves tels que définis par le décret léopoldien du 4 mars 1892, qui stipulait en son article 3 :

Article 3 : À dater du jour de leur admission, les enfants seront placés exclusivement sous la tutelle de l’État ; ils y resteront soumis, ils seront astreints aux travaux que le Gouverneur général déterminera, jusqu’à l’expiration de leur vingt-cinquième année, moyennant la nourriture, le logement et les soins médicaux leur seront donnés gratuitement.

 

L’Église catholique n’a jamais demandé pardon pour ces crimes commis avant l’indépendance.

Après l’indépendance, l’Église catholique a participé à la déstabilisation du Congo dès les premiers jours de notre souveraineté. Malula est même allé à Bruxelles pour faire un discours réparateur à celui de Lumumba ! Les homélies de l’évêque Malula n’étaient autres que des appels au meurtre des lumumbistes. Prenons comme exemple ce discours devant Kasavubu et d’autres dignitaires pendant que les lumumbistes étaient pourchassés et tués à Léopoldville. C’était le 30 Juin 1961, à la veille de l’ouverture du conclave de Lovanium:

 

« Mes frères,

 Le peuple qui vous a choisi attend, las des misères ; ses yeux dilatés par l’espérance de son salut prochain, seront tournés vers la colline où vous vous rencontrerez pour décider de son sort. Allez – vous le décevoir encore ?

Lutte contre les ennemis de la nation

Un drame se joue au cœur de l’Afrique. Deux forces s’affrontent au Congo : le matérialisme d’où qu’il vienne et nos traditions spiritualistes. Le Congo est devenu le terrain de leur irréductibilité antagonisme. La lutte est d’autant plus âpre que le Congo servira d’un magnifique tremplin pour subjuguer le continent africain. C’est avec un cœur plein d’angoisse, mes frères, que j’élève ma voix pour avertir ceux qui ont la responsabilité de ce pays. Il n’y a qu’une option possible. “ Qui n’est avec Moi, dit le Christ, est contre Moi ”.

Unissons – nous, mes frères. Une poignée d’hommes de bonne volonté, auxquels je rends aujourd’hui un vibrant hommage, ayant comme arme leur foi en Dieu et leur dévouement à la Nation, ont pu endiguer la vague de tyrannie qui menaçait de réduire notre pays à l’esclavage. Nous ne cessons d’invoquer pour eux, Celui qui, du haut des cieux, dirige nos seulement les hommes mais aussi les événements. Qu’avec l’aide de Sa grâce, ceux qui ont commencé l’œuvre de pacification de notre pays, puissent l’achever. »

 

Le jeu déstabilisateur de l’Église catholique continue jusqu’aujourd’hui. Maintenant, après avoir coproduit ces accords dits de la Saint-Sylvestre qui n’ont conduit qu’à la co-optation par la majorité d’une partie importante de l’opposition, sans résoudre le problème de la stabilité de notre pays avant les élections, elle s’efforce de monopoliser le pouvoir d’arbitrage politique. Elle vient même de créer une organisation qui s’imposera d’ici peu comme un autre parti politique candidat au partage du pouvoir.

Rappelons-nous que l’Église catholique joue une partition dont le maître d’œuvre demeure la Belgique.

Or, la RDC ayant la vocation d’un État laïc, l’intrusion de l’Église dans des tentatives pour imposer des formules de partage dictées par la Belgique doit cesser.

N’oublions pas le passé.

Pierre Vile-Linda SULA

[i] Zala L., N Kanza, Les origines sociales du sous-développement politique au Congo belge. De Padroado à la Loi fondamentale (1482-1960). Kinshasa : Presses universitaires du Zaïre (PUZ), 1985, p. 187.

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