RDC: Fayulu, Tshisekedi, Kamerhe, rien n’est joué

18 Nov 2018

par Christophe RIGAUD

L’éclatement de l’opposition après la designation de Martin Fayulu pour la présidentielle rebat une nouvelle fois les cartes, alors que chaque candidat croit encore en ses chances de gagner les élections.

Rendez-vous historique manqué. L’opposition congolaise a une nouvelle fois montré ses limites en implosant seulement 24 heures après la désignation d’un candidat unique aux élections de décembre. Pourtant, la victoire et l’alternance politique était à portée de main. Dans un scrutin sans fraude, ni triche, le candidat commun de l’opposition pouvait comptait sur plus de 60% des suffrages, selon un sondage du BERCI et du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) – voir notre article. Mais patatra, le choix surprise de Martin Fayulu a provoqué la volte-face des deux favoris du scrutin, Félix Tshisekedi (UDPS) et Vital Kamerhe (UNC), bien plus populaires et disposant d’une réserve de voix plus importante que le modeste Martin Fayulu, président d’un micro-parti (Ecidé), avec un seul député à l’Assemblée nationale.

Fayulu, candidat du boycott?

Censé rassemblé, le mode de désignation du candidat commun n’a fait qu’exacerber les divisions de l’opposition. Les sept leaders n’ayant pas réussi à départager les deux favoris (Félix Tshisekedi ou Vital Kamerhe), c’est la troisième option qui l’a emporté. Un candidat de compromis, qui a fait claqué la porte aux deux recalés de Genève. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont déclaré, dès le lendemain, qu’ils renonçaient à leur signature et maintenaient leur candidature.

Derrière cette guerre d’égo, il a y également le calcul politique des deux exclus des élections de décembre, Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, qui ne souhaitent pas que les élections se déroulent sans eux. Alors, la candidature de Martin Fayulu est idéale. Très clair sur son opposition à la machine à voter, dont il souhaite le retrait, Fayulu pourrait décider de boycotter la présidentielle, ouvrant la voie à une nouvelle transition qui pourrait permettre à Bemba et Katumbi de pouvoir participer au scrutin.

Tout est possible

Si le revirement de Tshisekedi et Kamerhe est un mauvais coup pour Fayulu, tout est encore possible pour le candidat commun de l’opposition, toujours soutenu par Katumbi, Bemba, Muzito et Matungulu. Martin Fayulu peut espérer l’emporter dans sa province de l’ex-Bandundu, mais il peut surtout compter sur la capacité de mobilisation du MLC, et notamment en Equateur, le fief de Jean-Pierre Bemba. Il peut aussi compter sur les moyens financiers de l’homme d’affaires Moïse Katumbi et sur son poids politique dans l’ex-Katanga.

Rien n’est joué également pour Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe. A l’UDPS et à l’UNC, on pense à un ticket entre les deux candidats. Pour contrer la candidature Fayulu-Katumbi-Bemba, un accord entre Tshisekedi et Kamerhe pèserait lourd en intention de vote. L’UDPS est très forte dans son fief des Kasaï et à Kinshasa, alors que l’UNC reste très puissante dans les Kivus, à l’Est du pays. L’addition des voix des deux candidats pourrait faire pencher la balance. Mais si le ticket Tshisekedi-président et Kamerhe-Premier ministre était déjà sur la table avant Genève, il paraît peu probable que les deux partis trouvent un accord. Chacun aura intérêt à mesurer son poids politique, d’autant qu’il s’agit de la première élection pour Félix Tshisekedi sur son nom.

Le FCC serein

Du côté du Front commun pour le Congo (FCC), la plateforme présidentielle, on estime assez logiquement que l’éparpillement des voix de l’opposition va mathématiquement profiter à Emmanuel Ramazani Shadary. Même si le dauphin du président Kabila est peu connu des Congolais et ne possède qu’un fief électoral modeste dans le Maniema, il bénéficie de tous les moyens de l’Etat pour battre campagne. L’ensemble de ce qui compte de ministres et de hauts cadres au Congo fait partie de son équipe de campagne. Et les moyens financiers de la majorité présidentielle semblent inépuisables : avion privé, meetings aux quatre coins du pays, affiches, clips de campagne, et surtout une omniprésence dans les médias proches du pouvoir.

Si on dans l’entourage du candidat Ramazani, on ne doute pas un instant de la victoire du dauphin, l’opposition a une petite idée sur ce qui rend si serein le pouvoir : l’utilisation de la machine à voter, appelée aussi « machine à tricher », et un fichier électoral corrompus, truffé d’électeurs fictifs. Deux éléments qui pourraient rendre ces élections immédiatement contestées à l’annonce des résultats.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x