Léopold II a donné le mauvais exemple aux présidents
Le Congo réussira-t-il une alternance démocratique dans la douceur ? Depuis l’indépendance en 1960, l’élection du président a toujours été le seul mode d’accès au pouvoir. « Dans les faits, c’est le recours à la force qui s’est imposé, constate Martin Mulumba, avocat, docteur en droit public et spécialiste du droit constitutionnel congolais. En dépit de la constance d’une démocratie virtuelle et textuelle, le pouvoir politique s’est toujours construit et ne s’est exercé qu’à l’unique profit du président de la République ».

Martin Mulumba a consacré sa thèse doctorale – défendue la semaine dernière à la Sorbonne – à la conception de la fonction présidentielle en RDC. Vu l’actualité, il a reçu l’autorisation de la publier. D’après ses recherches, la fonction présidentielle congolaise est un héritage du passé inspiré de la sacralité traditionnelle de la chefferie mais aussi de… Léopold II.
« Patrimoine personnel »
« Il y a d’abord l’héritage d’une conception patrimoniale du pouvoir dont l’exercice est fondé sur une double forme de sacralisation. D’un côté le respect du pouvoir du chef est assuré par les croyances ancestrales. Et d’un autre, le chef traditionnel est un personnage prédestiné à diriger les autres. Le concept d’alternance est d’autant moins concevable qu’il faut appartenir à la famille du chef pour prétendre au pouvoir », relève Martin Mulumba.
La seconde explication est liée au comportement de Léopold II qui a fait du Congo son domaine personnel après la Conférence de Berlin de 1885. « Son exercice autoritaire du pouvoir a marqué les esprits, notamment ceux des hommes politiques qui ont chaussé les bottes du Roi dont la contribution post mortem à la construction de la fonction présidentielle telle qu’elle a été mise en œuvre depuis l’indépendance : un pouvoir détourné par le président qui utilise l’Etat comme son patrimoine personnel », analyse Martin Mulumba.
Refus de toute alternance
L’étude démontre que l’accès démocratique au pouvoir est perverti par l’usage de la force. « Excepté Kasa-Vubu, c’est une constante, poursuit Martin Mulumba. Les principaux développements sont le coup d’Etat de Mobutu, la prise de pouvoir par les armes de Laurent-Désiré Kabila, puis, sous un couvert quasi dynastique, celle de son fils, Joseph ».
La principale conséquence est le refus par les présidents successifs de toute alternance. « Succédant à un roi, le premier président a pu confondre son mandat avec un règne. Ses trois successeurs également, le dernier de surcroît succédant à son père hors élections dans une république », précise Martin Mulumba.
Tout ceci permet de comprendre l’extravagance des prérogatives que les présidents du Congo, à l’instar de Léopold II, se sont attribuées.