LA GUERRE DU COBALT ET LA DIABOLISATION POLITIQUE

L’appropriation des richesses nationales par les élites n’est qu’un symptôme du mal congolais. Certes, les symptômes ne doivent jamais être négligés. Ainsi, quand une personne est fébrile, il faut lui donner un antipyrétique. Toutefois, il ne faut pas se limiter au traitement symptomatique, mais s’atteler à éradiquer le mal par sa racine. Et ceci nécessite un effort d’identification du mal.

Dans cette propagande intitulée « Congo Hold-up », nous percevons la détermination avec laquelle certains groupes capitalistes occidentaux veulent perpétuer l’exploitation coloniale au Congo. C’est dans ce cadre qu’il faut placer ce « Congo Hold-up ».

COURSE AU COBALT

Le New York Times vient de publier un article intitulé « La course vers le futur », dont est extrait le passage suivant : « Les étrangers qui découvrent – et exploitent – les ressources naturelles de ce pays pauvre d’Afrique centrale suivent un modèle (usé) de l’époque coloniale. Les États-Unis se sont tournés vers le Congo pour obtenir de l’uranium afin d’aider à construire les bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki, puis ont passé des décennies, et dépensé des milliards de dollars, à chercher à protéger leurs intérêts miniers ici. »

Les Américains constatent avoir commis une grosse erreur en vendant les mines de cobalt aux Chinois dès que les exonérations qui leur avaient été accordées par l’Etat avaient cessé et que le nouveau Code minier (qui augmente les taxes dues à l’Etat sur les matières stratégiques) fut décidé sous Kabila. « Aujourd’hui, avec plus des deux tiers de la production mondiale de cobalt provenant du Congo, le pays occupe à nouveau le devant de la scène. »

Et ils reviennent avec l’ancienne Union minière du Haut Katanga, dont on n’a changé que le nom : Umicore.

BLOQUER LE DÉVELOPPEMENT DE LA RDC AFIN DE CONTINUER À L’EXPLOITER

D’après un document de la Banque mondiale établissant le diagnostic du mal congolais, l’instabilité est la principale cause du mal.

En effet, l’instabilité politique et les désordres sociaux récurrents depuis 1960 entraînent l’affaiblissement des institutions de l’Etat, qui mène au dysfonctionnement des institutions. Le dysfonctionnement entraîne la mauvaise gouvernance (marquée par l’accaparement des ressources publiques par les élites au pouvoir), qui sape la capacité du gouvernement à mettre en place les politiques et administrations capables de gérer les finances publiques, y compris en matière de mobilisation des recettes domestiques nécessaires pour le développement des infrastructures économiques et sociales. Tout ceci facilite la prédation et l’exploitation par l’étranger. D’où la pauvreté de la population congolaise ; et ce, même si le pays affiche parfois une croissance du PIB, mais sans développement. Le blocage du développement entretient à son tour l’instabilité politique et les désordres sociaux. On revient ainsi au point de départ. Un cercle vicieux. Pour transformer ce cercle vicieux en cercle vertueux, il faut procéder à la hiérarchisation des tâches et prioriser la stabilisation de l’Etat. Cette option que propose le CET est issue des conclusions d’une analyse faite par les experts de la Banque mondiale en 2018.

Certes, l’accaparement des richesses par les élites constitue aussi un facteur de déchéance de notre pays. Mais ce n’est pas un facteur déterminant, si on le compare au problème de l’instabilité. En 2016, le niveau de corruption en RDC était moins élevé qu’en Ouganda, qu’au Congo-Brazzaville et qu’en Angola. Mais la RDC demeurait moins stable que les États précités. Et, depuis la fin du régime Kabila, la détérioration de la stabilité de l’Etat a entraîné une accélération du niveau de corruption.

LE BLOCAGE DU DÉVELOPPEMENT DU CONGO POST-COLONIAL

Il est inexact d’affirmer que l’origine du blocage du développement congolais ne remonterait qu’au temps de Kabila, voire de Mobutu, ou que ce blocage serait dû au goût pour la trahison d’universitaires congolais.

H. Vander Eyken (professeur à l’Université libre de Buxelles) et F. Vander Vorst (chargé de recherche à l’institut de sociologie de l’Université libre de Bruxelles), après avoir analysé les données des pays africains, notamment ceux d’Afrique Centrale (dont la RDC), ont constaté ceci : alors que les prévisions de croissance du PIB de 1960 à 1975 étaient de 5,6 % par an en moyenne, le pays a au contraire connu une régression annuelle de 3,1% (soit -3,1%) pendant la même période. Et ce, alors que l’ensemble des pays en voie de développement a un taux de croissance de 5 %, l’ensemble de l’Afrique un taux de 4,4 %, et l’Afrique au sud du Sahara de 4,1 % ; aucun autre des pays de ce dernier groupe n’a d’ailleurs un taux inférieur à 3 % ! Le développement de la RDC était donc bloqué dès son indépendance.

Ci-dessous, un extrait de l’explication des auteurs précités, quant à ce blocage du développement :

[…]

Il est donc erroné de vouloir faire porter aux universitaires congolais le chapeau de la débâcle socio-économique post-coloniale. D’ailleurs, qui oubliera qu’une partie importante des universitaires congolais qui revendiquent la politique nationaliste d’indépendance économique de Patrice Lumumba furent éliminés par la Belgique, afin d’imposer la direction du pays à une élite qui lui était loyale ? Kanza, le premier universitaire congo, fut considéré comme un dangereux communiste, Mande fut assassine. D’ailleurs, les répressions répétées des milieux universitaires par le régime Mobutu prouvent la résistance de ces milieux.

L’EXPLOITATION, AVANT COMME APRÈS L’INDÉPENDANCE

Malgré les critiques tendant au dénigrement de la théorie de la dépendance, vieille de plusieurs décennies, celle-ci demeure pertinente dans l’explication de l’enrichissement des ex-métropoles au détriment des nations décolonisées.

En effet, pour maintenir la relation de dépendance, des élites corrompues ou analphabètes et des institutions faibles ont été imposées par les ex-métropoles aux États périphériques, dont la RDC. Des organisations de la prétendue « société civile » sont financées par les pays du centre traditionnel pour entretenir l’instabilité, bloquant ainsi le développement.

Dans son livre traitant de l’impact du Congo sur la Belgique durant la période coloniale, voici ci-dessous une situation de dépendance décrite par le Pr. Guy Vanthemsche :

[…]

Après la proclamation de l’indépendance, cette situation de dépendance a continué et perdure encore.

Voici un tableau des échanges commerciaux durant les années récentes (de 2012 à 2016) entre certains pays et la RDC :

Comme on peut le remarquer, dans ses échanges commerciaux avec la Chine, la RDC a réalisé de 2010 à 2017 un excédent de 14316 millions de dollars (plus de $14 milliards !)

Par contre, dans ses échanges avec la Belgique et la France, durant la même période, on observe un déficit pour la RDC, respectivement de – 2226,2 millions et –1750,4 millions de dollars, soit un total de – 3976,6 millions de dollars, du fait de l’importation d’équipements et de produits de consommation.

La RDC utilise donc son excédent avec la Chine pour financer ses importations de l’Occident.

Soyons donc rationnels et ne prenons pas pour vérité toute la campagne montée par les médias occidentaux contre les investissements chinois, ainsi que l’analyse de l’accaparement des richesses par les élites au Congo sous le régime Kabila. L’objectif apparent de cette propagande intense est de déstabiliser davantage l’Etat congolais… afin de l’asservir davantage.

Répétons-le : oui, sous le régime de Kabila, il y a eu des enrichissements illicites. Mais alors que tout le gouvernement belge pleure à chaudes larmes sur la place publique, comment le peuple congolais aurait-il été exploité par ses dirigeants depuis l’indépendance, alors que la Belgique continue de tirer annuellement du Congo plus de 300 millions de dollars par le biais du commerce extérieur ? Nous ne pouvons que demander aux cadres congolais d’ouvrir l’œil et le bon, d’autant plus que la Belgique s’est déjà positionnée comme un exportateur de cobalt congolais…

Voir la figure suivante :

Chers compatriotes,

Ne confondons pas l’essentiel – parvenir à la stabilité de notre pays, sans laquelle il risque de disparaître – et l’accessoire – le désir de rendre coûte que coûte justice par la loi du plus fort. Comme l’a écrit Samuel P. Huntington dans son célèbre livre sur la démocratie : « Même si un argument juridique et moral pourrait être avancé pour des poursuites, cela échouerait devant l’impératif moral de créer une démocratie stable. La consolidation de la démocratie doit l’emporter sur la punition des individus. »

By admin

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x