À Monsieur Antony J. Blinken
SECRÉTAIRE D’ÉTAT AMÉRICAIN

M. le Secrétaire d’État,
En ma qualité de citoyen américain et au nom de l’organisation CET (Corps exécutif de transition), dont je suis le coordonnateur et qui regroupe des experts dans différents domaines d’origine congolaise (résidant aussi bien aux États-Unis et en RDC que dans d’autres pays du monde), je voudrais profiter de la visite prochaine annoncée du conseiller adjoint à la sécurité des Etats-en RDC pour vous faire connaître notre préoccupation concernant le soutien de la diplomatie américaine à la dictature qui se consolide en RDC.
Nous vous demandons d’apporter plutôt votre soutien à nos propositions, afin de sortir la RDC de la continuelle instabilité dans laquelle elle est plongée depuis les années 1960.
2 PROPOSITIONS :
- Pour stabiliser la RDC et faire cesser la faillite de l’État, nous estimons que le processus électoral commencé par le Président Félix Tshisekedi doit être arrêté. En effet, il risque d’accélérer davantage l’instabilité du pays et de gaspiller les maigres ressources de l’État.
- Un gouvernement intérimaire de technocrates doit être immédiatement installé, dans le cadre de la doctrine « Institution first », en vue de préparer la RDC à de vraies élections démocratiques dans un délai raisonnable. Le CET est disposé à fournir un leadership pour la constitution de ce gouvernement, qui comprendrait des cadres congolais de la diaspora et du pays ayant une formation universitaire, disposant d’une expérience avérée et, surtout, de l’intégrité morale requise.
JUSTIFICATIONS DE NOS PROPOSITIONS
Nous estimons que le gouvernement américain a une responsabilité, ne serait-ce que morale, dans l’échec de la mise en place d’institutions solides en RDC durant la guerre froide. Actuellement, les mêmes méthodes reviennent pour installer une dictature durable au service des États-Unis et celles-ci vont conduire aux mêmes conséquences : l’aggravation du blocage du développement d’un pays peuplé de 100 millions de personnes et l’appauvrissement excessif de sa population.
Pendant les quatre décennies du soutien américain au régime de Mobutu, le PIB du Congo n’a pratiquement pas augmenté, alors que la population a augmenté de 300%. Les Etats-Unis ne peuvent pas se décharger de la responsabilité morale du blocage au développement qui s’en était suivi.
La majorité des auteurs en matière de développement économique sont d’accord avec Daron Acemoglu et James Robinson, selon lesquels ce sont les institutions politiques et économiques créées par l’homme qui sous-tendent le succès économique (ou son absence).Or, le Président Félix Tshisekedi, encouragé par Mike Hammer (l’actuel ambassadeur des États-Unis en RDC) et Peter Pham (l’ancien représentant des États-Unis aux pays des Grands Lacs), n’est pas préoccupé par la consolidation des institutions, mais par leur destruction. Pire que son prédécesseur, il ne fait que favoriser le clientélisme politique afin de légitimer un pouvoir patrimonial.
Depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi, l’ambassadeur américain Mike Hammer est beaucoup plus préoccupé par la chasse aux investisseurs chinois que par la stabilité de la RDC et l’amélioration de la démocratie ainsi que du climat des affaires. Comme les chiffres ci-après le prouvent, depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête de l’État en RDC, la stabilité, le degré de démocratisation ainsi que le climat des affaires se sont davantage détériorés.
Certes, nous connaissons la contribution des États-Unis dans la reconstruction du Japon, de l’Allemagne ainsi que de la Corée du Sud après la Deuxième Guerre mondiale. Mais nous ne pensons pas que le modèle d’américanisation que l’on voudrait imposer à la RDC pour la seconde fois, et qui consiste à exploiter les ressources du Congo pour s’assurer une suprématie dans la guerre contre une autre puissance, sera accepté à long terme par les Congolais. Et ce, surtout si cette américanisation vise à transformer encore une fois la RDC en une zone de dépendance économique n’ayant aucun droit au développement.
Nous ne sommes pas opposés à la présence d’intérêts américains au Congo. Ce serait absurde, parce qu’un grand nombre s’entre nous sont citoyens américains. Toutefois, nous savons que le sol de la RDC recèle de grandes quantités de minerais qui seront les moteurs essentiels de la quatrième révolution industrielle. Il s’agit notamment du cobalt et du lithium, dont l’extraction aura une importance mondiale dans le développement de l’industrie des batteries des véhicules électriques.
Nous pensons que la mise en valeur de ces ressources serait beaucoup plus profitable à la population locale s’il existe une compétition entre les entreprises qui exploitent ces ressources. Pousser le Président Félix Tshisekedi à ne pas respecter les contacts établis avant son accession au pouvoir pour accorder un monopole aux investisseurs américains et chasser les investisseurs chinois expose la RDC à des pénalités financières très lourdes à supporter par les contribuables congolais, qui ont déjà connu cela du temps de Mobutu durant la guerre froide. C’est aussi une pratique qui portera atteinte à la crédibilité du pays pendant longtemps.
Nous estimons qu’il y a de la place pour tout le monde au Congo, pourvu que l’exploitation des ressources du Congo profite aussi aux populations congolaises.
LA SOLUTION À L’INSTABILITÉ CHRONIQUE : CONSOLIDER LES INSTITUTIONS
La solution au problème de la RDC réside dans la consolidation des institutions. Dans la situation actuelle de la RDC, ceci nécessite non pas l’organisation de prétendues élections démocratiques, mais d’abord l’installation d’un gouvernement intérimaire de technocrates.
Nous souhaitons tous que la RDC évolue vers la démocratie. Mais une démocratie durable nécessite au préalable l’existence de : 1) un Etat centralisé pour maintenir la loi et l’ordre ; 2) un certain niveau de développement économique et une méritocratie ; 3) un bon système d’éducation. Par ailleurs, la démocratisation est un processus qui prend du temps, parce qu’il s’agit aussi d’un changement de culture.
Nous estimons que l’organisation d’un scrutin ne devrait pas avoir la préséance sur la consolidation des institutions. Car il ne s’agit pas d’organiser un simple scrutin, mais des élections démocratiques. Se pose alors la question de savoir qui organisera de tels scrutins – et avec quelles ressources – si l’État ne fonctionne pas. Doit-on toujours compter sur l’aide extérieure pour le renouvellement de la classe politique d’un pays indépendant ? Dans son état actuel, la RDC souffre d’un déficit des capacités de l’État qui doit d’abord être atténué, voire corrigé.
Par ailleurs, dans une société très fragmentée comme la RDC, la doctrine « Democracy First » est dangereuse, parce qu’elle exacerbe le populisme. Or, le populisme mène aux extrémismes de tous bords, voire au fascisme. L’organisation d’élections avant que les institutions ne soient suffisamment solides n’est donc pas la voie de la démocratie, mais la voie royale de la guerre civile. De nombreux exemples internationaux, historiques ou plus récents, le prouvent, notamment en Irak et en Afghanistan.
Il est sans doute vrai que, pour faciliter la tâche du maintien de l’ordre et de la stabilité interne, le gouvernement doit avoir une légitimité, et que la tenue d’élections peut être un moyen pour accroître cette légitimité. Toutefois, ceci n’est pas toujours vrai, car le gouvernement peut aussi augmenter sa légitimité en augmentant sa performance dans le service rendu à la population. D’ailleurs, si une élection est imposée dans un régime hautement illégitime, la plupart des groupes considéreront que l’élection elle-même risque d’être truquée. Une élection qui n’est pas considérée comme libre et équitable ne conférera pas de légitimité et peut même déclencher des manifestations déstabilisatrices, accélérant la faillite de l’État.
Nous faisons nôtre le passage suivant tiré des écrits de Goldstone, Jack A.] :
« Remplacer une dictature corrompue et inefficace par une “démocratie” tout aussi corrompue et inefficace n’est pas une recette pour éviter la faillite de l’État.
Les élections ne sont susceptibles d’aider à éviter la faillite de l’État que si plusieurs conditions sont remplies : (i) qu’un processus électoral soit mis en place qui inclue tous les groupes clés et prévoie un suivi et une supervision équitables; (ii) que les grands groupes en lice pour l’élection, et leurs dirigeants, aient un accord préalable crédible pour accepter des résultats défavorables et honorer des garanties aux parties perdantes concernant leurs droits, leurs biens ou d’autres préoccupations clés ; et (iii) que des institutions et des pratiques soient en place pour limiter la corruption et fournir la sécurité sous le régime nouvellement élu. Chacune de ces conditions peut être difficile à atteindre. Si ces conditions ne peuvent être remplies, exiger un gouvernement intérimaire […] est probablement un précurseur des élections. Sinon, les élections risquent d’accélérer, plutôt que d’éviter, l’instabilité. »
Or, en RDC, le Président Félix Tshisekedi, encouragé par Mike Hammer, a nommé lui-même le président de la CENI, utilise les ressources publiques pour entretenir le clientélisme, vient d’obtenir la loyauté des principaux groupes politiques en leur offrant la gestion des entreprises publiques et, en vue de se faire élire par la base, il vient de décider le déblocage de plus d’un milliard de dollars… non pas pour un plan de développement du pays, mais pour une distribution des ressources de l’État aux 145 territoires afin d’acheter la loyauté des gens pour le scrutin.
Les élections organisées dans de telles conditions vont donc accélérer la faillite et l’instabilité de l’État. Il faut donc un gouvernement intérimaire apolitique, pour stabiliser l’État avant l’organisation des élections : le Corps exécutif de transition (CET).
Pierre Sula
Coordonnateur du CET
Le 26 Janvier 2022