NE PAS CONFONDRE FRONTIÈRES TERRITORIALES ET ESPACES ETHNICO-CULTURELS
« L’idée que la frontière doit enserrer un espace homogène est une des grandes erreurs proférées sur les frontières, et en particulier les frontières coloniales : celle du handicap que constituerait la non-homogénéité de l’espace défini par la frontière comme espace géographique national. » Catherine Coquery-Vidrovitch
La méthode de choix utilisée par les puissances coloniales pour se partager l’Afrique après la Conférence de Berlin en 1885 est bien documentée. Il s’agit du découpage de la carte à la règle suivant des coordonnées astronomiques, et ce, sans considération des espaces culturels des Africains. Ainsi, il ne faut pas confondre les frontières politico-administratives héritées de la colonisation, d’une part, et les espaces culturels ou linguistiques, d’autre part. Des Bakongo, Zande, Banyarwanda, etc., se trouvent à l’intérieur et à l’extérieur du territoire national de la RDC.
Ce ne sont pas seulement « certains intellectuels du CET » qui reconnaissent l’existence de l’espace ethnoculturel banyarwanda dans les frontières géographiques de la RDC : tous les grands historiens et ethnologues reconnus l’ont écrit sur la base de leurs recherches. Certes, il n’est jamais interdit de mettre en doute les études scientifiques, du moins lorsque l’on a de sérieux éléments offrant de nouvelles bases d’analyse. Dès lors, ne serait-il pas mieux que ceux qui veulent revenir sur ce thème apportent des éléments nouveaux qui auraient échappé aux études scientifiques de Jan Vansina, René Lemarchand, Léon de Saint Moulin, Isidore Ndaywel et Thomas Turner (pour ne citer qu’eux) ?
Plus précisément, ceux qui connaissent la géographie du Congo et du Kivu savent que les massifs montagneux qui sont à la frontière du Rwanda et de la RDC sont appelés massifs des Virunga (dérivé du mot kinyarwanda « ibirunga »). Quatre de ces huit massifs (Nyiragongo, Nyamuragira, Mikelo, Sabyinyo) se trouvent sur le territoire congolais et portent des noms, tous, dérivés de Kinyarwanda. Ceci confirme que la présence des locuteurs « rwanda » dans ces massifs avait bel et bien précédé le tracé des frontières de 1910 ci-dessous décrit dans un extrait du livre, au bas de notre commentaire :
Si faire preuve de pédagogie est important, et si des rappels sont parfois nécessaires pour expliciter des bases scientifiques que tout homme sensé pourrait partager, le fait de devoir tout réexpliquer mille fois sans que le contradicteur ne se remette – même un peu – en question est symptomatique chez ce dernier d’importantes lacunes conceptuelles et historiographiques, auxquelles il semble urgent de remédier. La discrimination ethnique ne doit pas être tolérée.
Pierre Sula
FRONTIÈRE ENTRE LE CONGO BELGE ET LE RUANDA-URUNDI (Extrait du livre Les frontières du Congo belge, publié par l’Institut Colonial Belge en 1952)
La fixation de la frontière du Congo belge avec le Ruanda-Urundi remonte à l’époque de notre voisinage avec les possessions allemandes de l’ Afrique orientale. Indiquée d’une manière générale, vague et confuse par la carte annexée a la convention susmentionnée du 8 novembre 1884, elle a été précisée par la convention de Bruxelles du 11 aout 1910, approuvée par la loi du 4 juin 1911. Cette convention n’a d’ailleurs fait qu’approuver l’arrangement de Bruxelles du 14 mai 1910 signe, pour la Belgique, par J. Vanden Heuvel,A. Van Maldeghem et le chevalier Van der Elstet pour l’ Allemagne, par Ebermaier, von Dankelman et Kurt Freiherr von Lersner. Les instruments de ratification ont été échangees à Bruxelles, le 27 juillet 1911. La frontière considérée y est indiquée comme suit :
Du lac Tanganika au lac Kivu:
La frontière abandonnant la ligne médiane du lac Tanganika s’infléchit poursuivre le thalwegde la branche principale occidentale du delta de laRuzizi jusqu’à la pointe nord de ce delta.Elle emprunte ensuite le thalwegde cette rivière jusqu’au point où elle sort du lac Kivu. Aux endroits où la rivièrese divise en plusieurs branches, les autorités locales détermineront, aussitôt que possible, la brancheprincipale dont le thalweg formerala frontière.
A travers le lac Kivu :
La frontière suit la ligne indiquée sur la carte I ci jointe. Cette ligne, partant de la Ruzizi,aboutit au nord en un point de la rive situe a égale distance de Goma(poste) et Kissegnies (boma).Elle laisse a l’ouest notamment les Iles Iwinza, ya maronga, Kwidjwi et Kitanga qui appartiendront à la Belgique, et a l’est les Iles Kikaya,Gombo, Kumenie et WailWahu qui appartiendront à l’Allemagne.
Au Nord du lac Kivu:
La frontière suit d’abord, dans la direction du nord,autant que possible, leméridien du point situe à michemin entre la station belge de Goma et le boma de la station allemande de Kissegnies jusqu’à une distance de 500 mètres au sud du chemin marque en rouge sur la carte II ci-jointe, allant de Goma, par Bussoro-Iwuwiro- iakawanda-Buhamba, au col entre le Rukeri et le Hehu.
Pour le tracé de ce méridien, il y a lieu de tenir compte des établissements indigènes que cette ligne rencontrerait [seuls les banyarwanda se trouvant sur la ligne de démarcation], de telle façon qu’ils restent, autant que posible, en territoire allemand
À partir de ce point, la frontière se détourne dans la direction du nord-est et court à une distance de 500 mètres a l’est du chemin indique ci-dessus jusqu’a la hauteur du parallèle de iakawanda marque en noir sur la carte II.
La ou le terrain permet d’adopter, pour la frontière, des points de repère naturels, la frontière pourra s’ecarter jusqu’à 1.000 mètres a l’est du troncon du chemin precite.Ce n’est que dans le cas ou l’ecartement aurait pour effet de séparer des établissements indigènes du territoire allemand que l’éloignement de 500 mètres du dit chemin ne pourra en principe être dépassé.
Au nord de Niakawanda, le chemin n’est indiqué sur la carte II ci-annexée que d’une façon approximative. 11 est entendu que si le chemin s’ ecarte plus vers l’est que ne le montre la carte, la frontière ne pourra dépasser à l’est la plus grande dépression de terrain entre les versants du Niragongo et du Karissimbi indiquée approximativement par une ligne verte sur la carte II ci-annexée. Au nord du parallèle de la colline de Bihira la frontière doit être tracée de manière à ce que, se détournant vers l’est et utilisant dans la mesure du possible les accidents du terrain, elle atteigne, en passant à mi-chemin environ entre le Bihira et le Buhamba (voir carte II ci-jointe) la pointe nord du Hehu.La section de frontière décrite ci-dessus à partir de la rive septentrionale du Kivu jusqu’au parallèle passant par le sommet septentrional du Hehu sera fixée et délimitée sur le terrain par une commission mixte d’après les principes établis plus haut.
À partir du sommet du Hehu, la frontière se dirige en ligne droite sur le point culminant du Karissimbi (Barthelemyspitze). De la pointe du Karissimbi, la frontière se dirige en ligne droite vers le sommet du Visoke (Kishasha). De la, elle atteint le sommet principal du Sabinio en suivant la crête de la chaine de petits cratères qui s’étend entre ces deux volcans .
Le sommet du Sabinio marque le point de contact des territoires allemand, belge et anglais. Au delà de ce point commence, vers l’est, la frontière anglo-allemande et, ver le nord, la frontière anglo-belge. Cette frontière, depuis lors, n’a plus subi de change ment, sauf, bien entendu, les opérations de démarcation auxquelles nous reviendrons plus loin.
