Belgique-Congo: de la parole aux actes

Le voyage royal s’est déroulé sur deux temps différents : la mémoire a été convoquée, et puis, presque naturellement, la page a été tournée. Pour l’avenir, il faudra continuer à écouter. Article réservé aux abonnés

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Photo News.
Colette Braeckman

Édito – Journaliste au service MondePar Colette BraeckmanPublié le 14/06/2022 à 00:01 Temps de lecture: 3 min

Le voyage au Congo du couple royal ne fut pas seulement un succès d’estime. Comprenne qui pourra : la relation si particulière entre le Congo et son ancienne métropole a été renouée avec chaleur et sans équivoque. Est-ce à dire que l’expression des « regrets » suffira à solder l’héritage du passé ? Certainement pas, car l’examen des livres de comptes n’est pas terminé et la Belgique devra un jour expliquer son long soutien au dictateur Mobutu, son lâchage du Congo alors que le pays était attaqué, la frilosité des investisseurs… Les Congolais installés en Belgique, qui se heurtent encore à un « plafond de verre », ne manqueront pas de relier leurs griefs au passé colonial.

Mais ce qui compte, c’est à la fois le présent immédiat et les perspectives d’avenir des jeunes générations. C’est pour cela que le voyage royal s’est déroulé sur deux temps différents : la mémoire a été convoquée, on a cru croiser les fantômes de la Force publique, de Patrice Lumumba, du roi Baudouin… Et puis, presque naturellement, la page a été tournée. Les ministres de la Coopération et de la Politique scientifique se sont mis à l‘ouvrage avec leurs homologues, tandis que le couple royal découvrait le « Congo profond » du Katanga et les collines du Kivu encore marquées par la violence et la douleur.

Certes, même sur six jours, tout s’est déroulé à la vitesse d’un flash, mais la première impression, qui est toujours la bonne, a été profonde dans le chef des visiteurs tandis que la population a été frappée par l’empathie manifestée à l’égard des victimes, à Bukavu entre autres et par l’exigence de respect des frontières du pays. Adossés au passé, le roi Philippe et la reine Mathilde se sont aussi projetés vers l’avenir, ils ont tissé des liens nouveaux avec le Congo et rencontré à plusieurs reprises les nouvelles générations, les étudiants ou des jeunes ayant réussi de brillantes formations professionnelles.

Dans les temps à venir, un « narratif » plus complexe devra cependant être adopté à propos du conflit en cours avec le Rwanda. En effet, le Kivu subit toujours les conséquences du génocide de 1994 qui fit un million de morts et dont les auteurs, dispersés en territoire congolais, y ont introduit le viol comme arme de guerre. Il faudra rappeler aussi comment le « brassage » des groupes rebelles au sein de l’armée congolaise, approuvé par une communauté internationale qui souhaitait une paix bon marché, mina les forces de défense…

L’empathie, aussi sincère soit-elle, ne suffira jamais à ramener la paix : il faudra aussi écouter d’autres victimes, celles du pays d’à côté, remettre au travail notre diplomatie et tenir compte du fait que le Congo s’inscrit également dans une réalité régionale. Et enfin, il faudra être attentif aux cas de corruption, ne pas relâcher l’exigence démocratique, surveiller de près la régularité des prochaines élections… La véritable amitié passe aussi par la lucidité.

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