A l’occasion de son retour au pays natal, quel message de Patrice Lumumba au Congo, à l’Afrique et au Monde?

C’est son combat politique anticolonialiste, panafricaniste et pour la libération des peuples qui a fait de Patrice Lumumba un homme célébré partout dans le monde.

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Carte blanche -Par le Collectif «Heshima kwa Lumumba, Mpolo na Okito»*Publié le 17/06/2022 à 12:30 Temps de lecture: 5 min

Après des années de tractations, le héros Patrice Lumumba retourne enfin au pays natal ! L’année dernière, le Collectif « Heshima kwa Lumumba, Mpolo na Okito » (Honneur à Lumumba, Mpoloet Okito, en Swahili) avait dénoncé dans une pétition, l’opacité avec laquelle les autorités belge et congolaises organisaient ce retour, sans respect de la dignité de Lumumba. Aujourd’hui encore, pour la remise officielle de ses reliques à sa famille, ces autorités occultent soigneusement la dimension politique de Lumumba. Or c’est son combat politique anticolonialiste, panafricaniste et pour la libération des peuples du Congo du joug colonial belge et occidental qui a fait de lui un homme célébré partout dans le monde.

Ainsi donc, au-delà du tumulte du protocole et des discours de circonstance, que nous dit Lumumba lui-même à l’occasion de son retour au pays natal ?À lire aussiVisite royale: pourquoi la relique de Lumumba retournera au Congo fin juin

D’abord, que seule la lutte paie : « Car cette indépendance du Congo, […] c’est par la lutte qu’elle a été conquise, […] une lutte […] dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang ». Oui, c’est de haute lutte que les militants décoloniaux et anti-impérialistes de toutes les origines ont imposé la figure de Lumumba dans le débat public belge, bien avant G. Floyd, et ont réussi à corriger le faux narratif ambiant à son sujet en Belgique, forçant les autorités à reconnaître le caractère noble de ses combats : une rue à Charleroi, un Square à Bruxelles. C’est aussi, nous rappelle Lumumba, par la lutte que les Africains se relèveront du genou armé impérialiste qui les asphyxie et prendront en main leur destin pour le bien de l’Humanité tout entière.À lire aussiPodcast – L’incroyable histoire de la dent de Patrice Lumumba, sa dernière relique« Ensemble, […] nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur  ».

Ensuite, Lumumba rappelle que le passé ne doit pas être effacé. « Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste. Nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire ».

Puiser énergie et sagesse dans le passé

Au contraire, ce passé explique mieux les problèmes du présent pour aider à les résoudre. Honorer Lumumba aujourd’hui, c’est donc aussi s’attacher à ce passé douloureux pour y puiser l’énergie, la sagesse, la connaissance et l’information nécessaires pour libérer le Congo et l’Afrique de ses nombreux jougs.

Enfin, le projet politique de Lumumba, 62 ans plus tard, reste cruellement d’actualité : « Nous allons […] assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. […] veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. […] que tous les citoyens jouissent pleinement des libertés fondamentales […]. supprimer efficacement toute discrimination […]. faire régner non pas la paix des fusils […], mais la paix des cœurs… ».

Une lutte quotidienne pour les Africains

Aujourd’hui encore, les Africains se battent pour la justice sociale, la souveraineté, la défense des intérêts des pays de leurs ancêtres, la liberté d’expression, la démocratie, le rejet des discriminations, la juste rémunération du travail. Ils luttent contre la confiscation des richesses de leurs pays par les multinationales capitalistes qui arment et instrumentalisent des groupes qu’elles chargent d’installer des guerres permanentes partout en Afrique avec le soutien d’une couverture journalistique raciste (négrophobe et islamophobe).

L’impérialisme occidental, redoutant ce programme de Lumumba, l’a assassiné pour l’empêcher de l’exécuter. Mais il n’aura fait que le mettre en veilleuse. Le retour de Lumumba au Congo, en Afrique, marque un tournant historique dans ce sens. Lumumba ramène avec lui sa lutte politique noble : la défense des intérêts de la nation, la prospérité, le partage équitable des richesses et de la paix pour tous, la conscience du passé et des acquis ancestraux, le rayonnement de la flamme africaine à travers le monde. Il rappelle à la classe politique actuelle qu’elle n’a guère d’autre choix de porter haut ces fondamentaux, Lumumba étant désormais cet étalon avec lequel elle doit se mesurer.À lire aussiRD Congo: «Les Etats-Unis ont tiré les ficelles derrière l’assassinat de Patrice Lumumba»

Le temps des héritiers politiques

Après des décennies de bannissement de la pensée lumumbiste, voici venu le temps de ses héritiers politiques. Temps historique où celui qu’on a physiquement découpé et dissous, s’est imposé par la force de sa pensée et de ses combats. Temps béni où les tenants de la liberté doivent actualiser cette belle pensée politique pour la libération effective de l’Afrique pour laquelle lui-même, Joseph Okito, Maurice Mpolo et bien d’autres ont donné leur vie. Ce temps est aussi celui de la justice tant attendue en leur faveur et celui de la condamnation de leurs bourreaux morts et encore en vie, un temps que ne négligeront pas ses héritiers politiques.

Alors ainsi, nous disons Vive Lumumba ! Bon retour au pays natal.À lire aussiVisite royale en RD Congo: le roi Philippe a réussi le grand écart entre le passé et l’avenir

*Signataires : Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations (CMCLD) ; INTAL Congo ; Ligue Panafricaine UMOJA ; Sous l’Arbre à Palabres (Emission de Radio Campus) ; Afrique Autrement ; MOJA asbl ; Collectif Ekolo Mémoire et Héritage (EKOLO) ; Selma Benkhelifa, avocate et militante décoloniale ; Amzat Boukari-Yabara, historien et essayiste décolonial ; Isabelle Minon, militante décoloniale et progressiste ; Kentey Pini-Pini, écrivain, politologue, membre du CMCLD ; Geneviève Kaninda, militante décoloniale et progressiste ; Joseph Anganda, militant lumumbiste et décolonial ; Marie Louise Eteki Otabela, femme politique et politologue, militante décoloniale et féministe ; Yves Lodonou, militant décolonial et progressiste ; Paula Polanco, militante décoloniale et progressiste ; Moïse Essoh, militant décolonial et progressiste ; Malamine Fadiaba, militant décolonial et progressiste.

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