La lecture des déclarations des politiciens congolais (toutes tendances confondues) et des cadres congolais – à quelques exceptions près – montre un besoin constant : celui de fournir un effort pour sortir de l’illettrisme. Autrement, la RDC ne s’affranchira pas de la kakistocratie (gouvernement par les pires personnes) et court le risque de disparaitre en tant qu’Etat-nation.

Les kakistocrates sont incapables de voir loin ou d’avoir une vue d’ensemble de la situation que traverse le pays – ce qui permettrait d’appréhender la situation dans son intégralité au lieu de n’avoir qu’une vision fragmentée. Sans une vue d’ensemble, on ne peut élaborer de plans durables pour sortir de la crise que traverse notre pays afin d’engager la RDC dans le développement. Au lieu de cela, on se contente de juxtaposer, sans véritablement les appréhender, des situations totalement dissociées les unes des autres.

Le message du CET de ce jour dénonce la précipitation inconsidérée des actions sans considération de vue d’ensemble, à des fins populistes, dans les deux cas suivants :  (1) le problème de l’intégration économique régionale ; et (2) l’incitation de la population au soulèvement en faveur du départ des forces de l’ONU jugées inefficaces pour la protection des Congolais contre l’insécurité à l’Est du territoire de la RDC.

Primo : De l’intégration de la RDC au marché économique de l’Afrique de l’Est

Nous ne pouvons que répéter ce que nous avons déjà dit. Ce plan d’intégration économique régional pour la RDC est la resucée du Plan Sarkozy de partage par la RDC de ses ressources avec ses agresseurs pour avoir la paix – plan rejeté en 2010 par le régime de Kabila. La précipitation de la RDC dans l’intégration économique ne va pas stabiliser la situation à l’Est de la RDC, mais va l’empirer.

En effet, le processus d’intégration économique régionale, telle que formalisée par le modèle de Béla Balassa, comporte cinq étapes, dont la réalisation prend plusieurs années. L’Union européenne est un exemple réussi d’intégration régionale. Une intégration automatique de la RDC sans passer par toutes les étapes – intégration encouragée par les ambassadeurs américain et britannique à l’ONU – cache mal une volonté d’exploitation des ressources de la RDC par les pays de l’Afrique de l’Est.

La CEA (Communauté d’Afrique de l’Est) a effectivement commencé en 2000. Selon les documents de cette organisation, elle a aujourd’hui atteint le stade (3) de « Common Market » avec la libre circulation du capital (financier ou humain) pour trois pays : la Tanzanie, le Kenya et l’Ouganda. La libre circulation et libre installation des personnes dans les pays membres  va exacerber le problème des tensions entre les communautés à l’Est de la RDC.

Par ailleurs, un coup d’œil sur le tableau ci-dessous des pays partenaires des échanges commerciaux de la RDC [ en pourcentage du total des exportations] montre que les plus grandes destinations en Afrique des produits congolais sont la Tanzanie ($1,6 milliards) , l’Afrique du Sud ($1,2 milliards), le Mozambique ($690 milions), la Zambie ($370 millions). À l’exception de la Tanzanie, qui est aussi membre de la SADC, les pays de l’Afrique de l’Est ne sont pas les grandes destinations des produits congolais. La suppression des tarifs douaniers par la RDC ne va donc pas stimuler la production industrielle congolaise, mais la consommation des produits industriels de ces pays par les populations congolaises. Tous les pays qui se sont développés (industrialisation) commencent par le protectionnisme. Les États-Unis, le Japon, la Chine, la Corée du Sud n’ont pas commencé par l’ouverture des frontières ou le libre-échange avec les pays voisins – bien au contraire.

Un autre argument pour soutenir l’entrée de la RDC dans l’intégration économique régionale est la prétendue vertu « pacifiste » de l’ouverture au commerce international. Cet argument est contesté par de nombreux économistes du développement, entre autres, Jacques Fontanel, professeur à l’Université Pierre-Mendès-France Grenoble 2, qui démontre son caractère fallacieux dans l’article « Le commerce international est-il un facteur de paix ? ».

« La théorie du “doux commerce” de Montesquieu n’a cessé d’être débattue […] À la suite de Montesquieu, Adam Smith se proposa de démontrer qu’une économie de marché libre, fondée sur l’intérêt individuel, conduisait à terme à l’essor du commerce international (théorie des avantages absolus) et à la paix universelle. Cependant, plusieurs clauses devaient être respectées, souvent oubliées par ses épigones. D’abord, la sécurité nationale est une condition essentielle au bon fonctionnement du libre-échange ».

Le libre-échange asymétrique entre les États ne peut conduire qu’à l’exploitation de l’État ayant une production de niveau inférieur (produits bruts) par celui ou ceux ayant une production de niveau supérieur (produits finis). Nous serions alors dans un schéma d’exploitation quasi coloniale qui consacre la spécialisation. Déjà, l’or produit en RDC passe (jusqu’ici en contrebande mais dorénavant en toute légalité !) en Ouganda et au Rwanda, où il est raffiné avant d’être exporté pour une valeur d’environ 4 milliards de dollars. Ceci est inadmissible pour un État ayant vocation à se développer !

En vue de rendre profitable pour un pays la stratégie d’intégration économique régionale, celle-ci  doit  être précédées  des réformes internes qui permettent de moderniser, de diversifier, ainsi que de rendre un minimum de compétitivité à l’appareil de production nationale. En d’autres termes, l’Etat-nation doit prendre des mesures afin de minimiser, sinon éviter une ouverture basée sur des situations de spécialisation ne pouvant que perpétuer une relation d’interdépendance asymétrique ou de dépendance.

Secundo : Le départ précipité de l’ONU ne va pas conduire à la paix mais à la somalisation de la RDC

Nous sommes contre le départ précipité des troupes de l’ONU. Il y a trente ans, le peuple somalien avait fait l’erreur de suivre docilement des politiciens populistes pour mettre fin à la mission onusienne. Depuis lors, la Somalie n’existe plus en tant qu’État-nation, mais comme un ensemble de territoires autonomes, donc sans un gouvernement central ayant le contrôle sur l’ensemble de l’ancienne République de Somalie ; et ce, malgré la présence des troupes d’Afrique de l’Est, soutenues financièrement par l’ONU. Au fil des années, ces territoires autonomes commencent à être reconnus comme des États séparés. Quel est le Congolais digne qui acceptera une telle procédure de dilution de la RDC ?

Le départ des troupes de l’ONU doit être préparé et non pas précipité…

On ne peut que constater (plusieurs journaux à l’extérieur du pays le font aussi) que c’est le gouvernement congolais, par le biais de la coalition gouvernementale, qui monte les populations contre l’ONU en demandant bruyamment son départ pour la voir remplacée par les troupes de l’Afrique de l’Est. Les troupes tanzaniennes, qui sont pourtant les plus  performantes contre les éléments de M23, sont les plus antagonisées. La population est chauffée à blanc par des politiciens réactionnaires et populistes de la coalition présidentielle au point que survint un incident malheureux durant lequel deux congolais ont péri. Le premier contingent de l’ONU à expulser de la RDC, sera donc le contingent tanzanien  pourtant, le plus farouchement opposé aux forces de Kagame. Quelle ironie du sort !

Certes, l’efficacité de l’ONU mérite d’être critiquée. Mais avec quelle armée allons-nous défendre nos populations après le départ de l’ONU ? La présence de l’ONU apporte un élément diplomatique de soutien non négligeable que nous pouvons exploiter pour dissuader les ennemis. Et, comme l’avait notamment rappelé l’ambassadeur de l’Inde à l’ONU : « notant la pression énorme que cela représente pour les FARDC dans l’exercice de leur responsabilité première de protéger les civils, le représentant a appelé le Conseil à reconnaître que le rôle de la MONUSCO est un rôle de soutien et que la Mission n’a pas pour vocation de remplacer les FARDC ». L’État congolais doit équiper et faire entraîner les FARDC afin de protéger les biens et les personnes en RDC.

Avant l’accession au pouvoir de Félix Tshisekedi, le parlement congolais avait ratifié une convention entre la RDC et la Russie sur la coopération militaire et technique. Selon ce projet de coopération militaire, signé entre les deux pays depuis 1999, la Fédération de Russie devrait fournir à la RDC des équipements militaires et former les militaires congolais.

Hélas, avec l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, l’accord a été mis au tiroir. Celui-ci a préféré revenir aux arrangements avec nos soi-disant partenaires (« maîtres ») occidentaux, en l’occurrence la Belgique, les États-Unis et de la France. Ce fait a été dénoncé par le CET dès 2019 ! Après quatre décennies d’inféodation du régime mobutiste à l’Occident, les Forces armées zaïroises étaient classées, en 1997, à la 32e position des armées africaines !

Être en bons termes avec l’Occident ne nous empêche pas d’avoir des accords de coopération militaire avec la Russie. Le Maroc, le Nigeria, l’Angola, l’Ethiopie, le Soudan, l’Algérie  et l’Égypte  [pour ne citer que les grands pays africains] ont signé de tels accords. Pourquoi la RDC devrait-elle faire exception ?

Conclusion

Au niveau international comme au niveau national, le CET propose des solutions crédibles et claires pour sortir de l’ornière, stabiliser le pays et le faire progresser vers un État-nation digne de ce nom. Rejoignez le CET et appelez vos compatriotes de bonne foi à faire de même ! Ensemble, nous pouvons faire bouger les lignes !

Coordonnateur du CET,

Pierre Sula

By admin

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x