Exclusif – RDC : le conseiller stratégique de Tshisekedi, Vidiye Tshimanga, démissionne
Au cœur d’un scandale le mêlant à une possible tentative de trafic d’influence, le conseiller stratégique de Félix Tshisekedi annonce à Jeune Afrique sa démission.
16 septembre 2022 à 16:12
Par Stanis Bujakera Tshiamala et Vincent Duhem
Mis à jour le 16 septembre 2022 à 17:11

« J’ai déposé ma démission ce matin auprès du chef de l’État. Une décision mûrement réfléchie afin d’avoir toute la liberté de dénoncer et lever le voile sur les commanditaires de cette machination. Et ainsi démontrer, preuves à l’appui, les manipulations et détournements de mes propos », annonce, en exclusivité à Jeune Afrique, Vidiye Tshimanga.
Le conseiller stratégique de Félix Tshisekedi est dans la tourmente depuis la publication, ce 15 septembre par le journal suisse Le Temps, de plusieurs vidéos (voir ci-dessous) dans lesquelles il négocie de l’argent auprès de pseudo-investisseurs.
« Vous allez investir vos 200 millions. Vos 200 millions sont à vous. Vous devez faire du profit. Nous allons partager les parts de la société. Pas pour mes beaux yeux, mais parce que je vous apporte de la sécurité », entend-on le dire, attablé dans un restaurant londonien en plein mois de juillet avec de mystérieux investisseurs, un homme et une femme. Vidiye Tshimanga ne sait pas qu’il est piégé.
Mystérieux investisseurs
Lors d’une précédente réunion, réalisée sur Zoom, ces interlocuteurs se sont présentés comme des représentants du conglomérat CK Hutchison, basé à Hongkong, à savoir son directeur général, Li Ka-shing, et son fils Victor Li. Mais il n’en est rien. Le conseiller stratégique de Félix Tshisekedi est filmé en caméra cachée. « Si nous faisons des affaires ensemble, je prendrai mon pourcentage de l’investissement et je gagnerai de l’argent », lance-t-il.
« Si je demande au président quelque chose, il donne. Moi, c’est le président. J’ai financé sa campagne (…) et sa femme, c’est une amie de ma femme », déclare Vidiye Tshimanga. Il affirme également être propriétaire d’une entreprise minière (Cobamin) qui serait en partenariat avec Ivanhoe Mines : « Avec Ivanhoe, ils ont 80 %, j’en ai 20 (…). Mes 20 % sont divisés en deux, donc vous avez 10 %, c’est Cobamin – ma société », explique-t-il. « Les autres 10 %, parce que dans la loi minière, vous avez l’obligation d’avoir une personne congolaise dans la société… Cette personne congolaise est quelqu’un que nous avons choisi. »À LIRERDC : Félix Tshisekedi, un président très entouré
« Grossier montage »
Vidiye Tshimanga assure que ses propos ont été sortis de leur contexte. « Je ne connais pas ces personnes, raison pour laquelle je n’ai pas dit les choses telles que présentées. Je me réserve le droit de produire des enregistrements le confirmant, au moment où cela n’entravera pas l’action de la justice. Ce grossier montage relayé avec acharnement démontre que les ennemis de la République n’ont plus aucun scrupule. Bien entendu, ces calomnies ont porté atteinte à ma dignité, à mon honneur, celui de ma famille mais aussi, indirectement, à celui du chef de l’État », se justifie-t-il.
« Ils m’ont d’abord contacté à titre personnel, prétendant s’intéresser à l’une de mes sociétés minières. Deux rencontres ont eu lieu à Londres, les 11 et 12 juillet dernier, au cours desquelles. elles ont tout fait pour essayer de me faire accepter des commissions pour facilitation. Je leur ai, en permanence, opposé de cinglants refus. Je leur ai clairement fait savoir que nous les aiderions, si et seulement si, ceux-ci se conformaient à nos lois et s’inscrivaient dans la logique d’apporter à nos populations un réel mieux être », poursuit-il.
Le conseiller stratégique a en effet lui-même enregistré sa dernière rencontre avec les pseudo-investisseurs. Dans cet enregistrement transmis à JA, il explique pouvoir faciliter les investissements de ses interlocuteurs mais précise que le président Tshisekedi et lui-même ne demanderont rien en échange. Des propos bien différents de ceux tenus lors des deux premiers échanges.
Le mystère demeure sur l’identité de ces faux investisseurs que les auteurs de l’enquête n’ont pas pu identifier, malgré les informations dont ils disposent.
