DE LA STABILITÉ MACRO-ÉCONOMIQUE EN RDC SOUS LA KAKISTOCRATIE [Gouvernement par les pires personnes]

Nous avons été interpellés par un cadre congolais à la suite de la publication d’un budget de plus de 14 milliards de dollars pour 2023, après quatre ans du régime Kabila dont le budget annuel le plus élevé n’a jamais dépassé 8 milliards de dollars et 25 ans après le régime Mobutu, dont le budget le plus élevé n’a jamais dépassé 400 millions de dollars par an. Il faut ajouter aussi l’apparente stabilité macro-économique marquée par l’accroissement de nos réserves monétaires et la stabilité de la monnaie congolaise.

Nous estimons que demander l’opinion du CET sur cette situation est parfaitement légitime. Nous soulignons par ailleurs ô combien nous apprécions le ton courtois de l’interpellation, et nous en savons gré à son auteur.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous pensons qu’il est utile de rappeler que le document de stratégie économique du CET figurant sur notre site est explicite quant à la mobilisation interne des ressources et la stratégie développementaliste que nous préconisons pour la RDC. Nous recommandons donc la lecture de ce document, qui demeure d’actualité.

Des mérites dans la mobilisation des ressources internes du pays

Peut-on créditer la prétendue stratégie de lutte contre la corruption du régime actuel (par le biais de l’Inspection générale des Finances sous le leadership de Alingete) pour le renflouement des caisses de l’État congolais permettant un budget de 14 milliards de dollars?

Si on prend l’exemple, notamment, du scandale Vidiye, le conseiller stratégique du président de la République démocratique du Congo, proposant ses services – rémunérés – au nom de son « frère d’ethnie » (le Président) à de pseudo-investisseurs dans les mines du pays, il faut relativiser l’engagement contre la corruption du régime Tshisekedi. D’ailleurs, selon les statistiques de Transparency International (standard dans l’évaluation des avancées ou des reculs dans la perception de corruption), depuis 2018, la RDC ne fait que reculer dans le classement des pays au niveau de l’indice de corruption (voir le graphique ci-après).

Ce n’est donc pas la « lutte contre la corruption » qu’aurait engagée le Président Félix Tshisekedi qui a renfloué le Trésor public. D’après la Banque mondiale, l’augmentation du budget est due à trois éléments : le nouveau code minier, l’accroissement de la production et de l’exportation, principalement, de cuivre et de cobalt, ainsi que l’augmentation des prix des matières premières. Il n’est pas facile de prouver la contribution du régime Tshisekedi à l’évolution de ces trois éléments.

Ci-dessous, un extrait du document concerné de la Banque Mondiale :

Le secteur minier a été un moteur essentiel de la croissance, la production de cuivre et de cobalt ayant respectivement augmenté de 12 % et 7,6 %. […] La hausse des prix des matières premières a également gonflé les recettes, ce qui, associé à l’augmentation des dons extérieurs, a permis d’assainir les finances publiques malgré des dépenses plus élevées.

De la durabilité de la performance dans la mobilisation des recettes internes de l’État

On ne peut pas se contenter de l’augmentation des recettes publiques pour une ou deux années. Ainsi, il n’est pas garanti que le niveau de mobilisation  des ressources actuelles se poursuive dans le futur, car celles-ci sont dues au prix des matières premières, qui peuvent décroître brusquement. Il faut par exemple noter qu’en 2015 et 2016, le budget national de la RDC s’élevait à 8,9 milliards de dollars, mais qu’en 2017, il est tombé à 5,2 milliards. D’autres pays africains dont les économies sont dépendantes des matières premières notamment le Nigeria, l’Angola, le Ghana avaient connu le même problème d’effondrement financier  durant  la même période.

Comme le CET l’a écrit dans son document de stratégie économique, l’État doit adopter une stratégie d’État développementaliste en exerçant sans faille les fonctions de stabilisation de l’économie, d’allocation des ressources pour le développement du marché intérieur et de redistribution, plutôt que l’engraissement de l’élite compradores ( 75% du budget pour le paiement des émoluments et cadeaux au personnel politique !)  ou des ouvertures  irréfléchies au commerce extérieur [ Intégration Économique Régionale]  qui ne profitent qu’au développement  de l’industrie  de transformation  des pays limitrophes. Et ceci requiert une planification du développement.

Comme l’avait écrit Harvey Leibenstein dans sa théorie de développement, il s’agit d’abord de faire une estimation du « quantum d’investissement à financer par le budget qui est nécessaire pour porter l’économie de la situation d’économie de subsistance à une situation d’économie développée, ou tout au moins en voie de développement », ensuite « de répartir cette somme d’investissement dans le temps et dans l’espace. Cette répartition doit s’effectuer à l’échelle des secteurs ou branches d’activité économique, à l’échelle des régions et des industries, et elle doit prévoir l’échelonnement dans le temps de ces investissements différenciés de manière que l’objectif global soit atteint (c’est le but assigné à la programmation microéconomique). »

Nous voyons donc que, en l’absence d’une vraie la stratégie de développement planifié, avec l’augmentation de la population (la RDC a une croissance démographique parmi les plus fortes de la planète), la situation de la RDC n’ira que de mal en pis, et ce, malgré la distribution de sommes d’argent aux “representants” des populations de 145 territoires, aux diocèses et aux hommes politiques pour soutenir l’organisation de plébiscites maquillés en élections démocratiques.

À propos des augmentations des réserves de changes et de la stabilité du franc congolais

L’augmentation de réserves de changes découle de l’excédent de nos exportations de cuivre et de cobalt, ainsi que des crédits mis à la disposition de la RDC par la Banque mondiale.

En effet, en 2018, la valeur de nos exportations était évaluée à $18 milliards pour une valeur de $10 milliards nos importations. En 2020, la valeur totale de nos exportations était de $19 milliards pour $9 milliards des importations. Il y a donc eu une augmentation réelle des excédents de notre balance commerciale qui a impacté positivement sur le niveau de nos réserves des changes. Ne serait-il pas exagéré d’en donner tout le crédit au Président Tshisekedi qui, au lieu de favoriser les investissements nécessaires pour la production, avait même tenté de spolier les investissements chinois pour les remettre aux Américains ?

Par ailleurs, selon les documents de la Banque mondiale, la RDC a bénéficié de près de 2 milliards de dollars de décaissements durant l’année 2021 (1,5 milliard de dollars en DTS alloués par le FMI l’été dernier, soit la 4e plus grosse enveloppe sur le continent africain après l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Égypte ; et un décaissement de 212,3 millions de dollars en décembre au titre de la 2e tranche de son programme triennal).

Toutefois, il faut souligner qu’il s’agit ici d’une mobilisation des ressources externes liée à des conditionnalités établissant des liens de dépendance qui ne sont pas divulgués aux populations congolaises.

 Le CET condamne ces pratiques et n’est pas favorable à un franc congolais soutenu par d’autres devises.  Depuis 2019, la stabilité du franc congolais est avant tout dépendante de notre subordination aux Américains. Cela est inacceptable pour les nationalistes congolais mais ceci ne signifie pas que nous prêchons la haine envers les Américains. Avoir de bonnes relations avec les Occidentaux ne devrait nous amener à devenir esclaves des Occidentaux. Il faut voir a long terme.  On avait déjà eu une très malheureuse expérience de cette dépendance extérieure avec le Zaïre de Mobutu.

Conclusion :

Nous avons emprunté le passage suivant du document de « Perspectives économiques en République Démocratique » au site de la Banque Africaine de développement :

“Les perspectives économiques sont encourageantes malgré le conflit russo-ukrainien, avec une croissance du PIB en 2022–23 atteignant 6,4 %, tirée par l’exploitation minière […] Cependant, une baisse des prix des matières premières, de la demande mondiale de minerais, le conflit Russie- Ukraine et les problèmes de sécurité pourraient compromettre ces perspectives.”

Le niveau de budget actuel est principalement dû à une conjoncture favorable. Or, par définition, une conjoncture peut se retourner à tout moment. Plutôt que de se réjouir béatement de chiffres largement trompeurs, il faut œuvrer à la mise en œuvre d’un budget structurel solide et pérenne, dans une optique de long terme, tel que le propose le CET.

Pour le CET,

Christopher Djuma

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