Le président congolais a effectué plusieurs nominations dans l’état-major des FARDC et à la tête de la Garde républicaine. Quatre ans après son arrivée au pouvoir, il poursuit sa reprise en main d’une armée longtemps dominée par des généraux fidèles à Kabila.

4 octobre 2022 à 15:39

Par Romain Gras

Mis à jour le 4 octobre 2022 à 15:39

Le général-major Christian Tshiwewe Songesha, nouveau chef d’état major des FARDC. © DR

C’était une question de semaines pour certains, de jours pour d’autres. Le remaniement du commandement de l’armée congolaise semblait en tout cas inévitable. Félix Tshisekedi a officialisé, dans la nuit du 3 au 4 octobre, la promotion de plusieurs officiers, le remaniement du commandement de l’armée congolaise ainsi que celui de la Garde républicaine.

Le principal enseignement de cette vague de changements est la nomination à la tête de l’armée du général Christian Tshiwewe Songesha. Âgé de 54 ans, il dirigeait jusqu’à présent la Garde républicaine, l’unité chargée de la protection du président et de sa famille. Tshiwewe, qui avait déjà remplacé Gaston Hughes Ilunga Kampete lorsque celui-ci avait été nommé à la tête des bérets rouges, en avril 2020, succède cette fois-ci à un autre général nommé par Joseph Kabila, Célestin Mbala.À LIRERDC : gouvernement, armée, renseignements… Pourquoi Félix Tshisekedi réfléchit à un vaste remaniement

En poste depuis juillet 2018, Mbala était en délicatesse avec une partie de l’entourage du président, qui reste méfiant vis-à-vis des haut-gradés soupçonnés d’être restés fidèles au raïs. Deux nouveaux adjoints ont été nommés à l’état-major et remplacent, eux aussi, des fidèles de Kabila : il s’agit du général-major Jacques Ishali Gonza, désormais chargé des opérations et des renseignements, tandis que le général major Léon-Richard Kasonga Tshibangu, jusque-là porte-parole de l’armée, se voit confier l’administration et la logistique.

« Des officiers redevables »

Originaire de la province du Lualaba, le lieutenant-général Christian Tshiwewe bénéficie de la confiance de Félix Tshisekedi, dont il pilote chaque déplacement. Il est également bien vu par sa famille et fait partie de la poignée d’officiers omniprésents dans le dispositif sécuritaire qui entoure le président, au même titre que le chef de la maison militaire, Franck Ntumba.

Tshiwewe a pourtant gravi les échelons sous le règne du prédécesseur de Tshisekedi. Issu de la deuxième promotion du Collège des hautes études de stratégie et de défense de Kinshasa, il appartient au 13ème régiment de la Garde républicaine à Lubumbashi, de 2007 à 2011. En 2014, Kabila le nomme commandant chargé des opérations et renseignements de cette unité, qui a joué un rôle décisif pendant la crise électorale. Maintenu à son poste après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi,  Tshiwewe a ensuite été promu à la tête des bérets rouges, en plein bras de fer entre le président et son prédécesseur pour le contrôle de l’appareil militaire.À LIRERDC : qui est Christian Tshiwewe Songesha, le nouveau « Monsieur sécurité » de Félix Tshisekedi ?

D’une manière générale, le chef de l’État s’est appuyé sur la Garde républicaine pour rajeunir son état-major. Numéro trois de la GR, Ephraim Kabi Kiriza, promu au grade de général-major, prend la tête des bérets rouges. Jusque-là adjoint de Tshiwewe, Jérôme Shiko Tambwe devient sous-chef d’état-major adjoint, chargé des opérations. Il est également promu au grade de général-major. Jules Banza Mwilambwe quitte pour sa part le commandement adjoint de la GR pour seconder le général Franck Ntumba, patron de la Maison militaire. Un proche du président assume la volonté, pour Tshisekedi, « de nommer des officiers qui lui seront redevables » au sein d’un appareil militaire où, malgré les précédents remaniements, le président manquait jusque-là de relais fiables.

L’influent Ntumba

Tshisekedi a longtemps tâtonné dans son approche de l’armée. Ce manque de confiance vis-à-vis de plusieurs haut-gradés kabilistes explique notamment le rôle central que jouent une poignée de sécurocrates, dont le patron de Maison militaire, Franck Ntumba. Ces dernières semaines, celui-ci était présenté par plusieurs proches du président congolais comme l’une des têtes pensantes de ce remaniement.

Alors qu’une importante partie du haut commandement militaire était, sous Kabila, originaire de l’Est, ces nouvelles nominations consacrent l’ascension de plusieurs officiers originaires du Katanga et du Kasaï. Elles interviennent dans un contexte qui est loin d’être anodin. Outre l’échec de l’état de siège, décrété dans le Nord-Kivu et l’Ituri, l’armée congolaise est confrontée depuis plusieurs mois à un conflit avec les rebelles du M23.

Critiquées depuis la chute de Bunagana, cité commerciale stratégique située à la frontière avec l’Ouganda, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont également été ébranlées par l’arrestation de Philémon Yav, le 20 septembre. Ce général réputé proche de Kabila dirigeait la troisième zone de défense qui couvre les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Maniema et de la Tshopo. Il commandait donc les opérations contre le M23, lequel est soutenu – selon Kinshasa – par le Rwanda. Yav est soupçonné d’avoir coopéré avec Kigali dans le but de faciliter la chute de Goma. Félix Tshisekedi a lui-même évoqué publiquement cette hypothèse, mais le dossier visant cet influent général demeure flou.

L’affaire Beya a également laissé des traces. Accusé de complot contre le chef de l’État, l’ancien conseiller s’estime victime d’une guerre de palais et clame son innocence. Lors de ses nombreuses auditions, dont Jeune Afrique a pu consulter les procès-verbaux, il a longuement été interrogé sur des rumeurs de coup d’État.

By Habari

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