RDC : à l’Assemblée, le face-à-face entre Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi a déjà commencé

Cible d’une motion de défiance portée par des députés de la majorité, le ministre des Transports, Chérubin Okende Senga, est menacé de destitution. Il fait les frais de la rivalité naissante entre le chef de l’État et l’ex-gouverneur du Katanga.

13 octobre 2022 à 11:08

Par Anna Sylvestre-Treiner et Stanis Bujakera Tshiamala

Mis à jour le 13 octobre 2022 à 11:08

Le ministre des Transports de RDC, Chérubin Okende Senga. © Ministère des transports, RDC.

À l’Assemblée nationale congolaise, la fin de 2023 semble déjà demain. Alors que l’élection présidentielle doit se tenir dans plus d’un an, l’heure est déjà aux stratégies impitoyables en vue du scrutin. La dernière illustration en date remonte à ce 11 octobre.

Dans les couloirs du Palais du peuple, c’est l’évènement qui agite les discussions : Chérubin Okende Senga, le ministre des Transports, des Voies de communication et du Désenclavement est la cible d’une motion de défiance. Plus d’une soixantaine d’élus ont déjà signé le texte, un nombre pour l’instant insuffisant pour le déchoir (il faut 251 signatures), mais assez élevé pour le mettre, dès ce 12 octobre, en accusation.

La menace est d’autant plus sérieuse que cette méthode a été utilisée en mars dernier contre l’un des collègues de Chérubin Okende. Face à la motion de défiance signée par de nombreux élus de son propre camp, le ministre de l’Économie d’alors, Jean-Marie Kalumba, n’avait eu d’autre choix que de quitter le gouvernement.À LIRERDC : pourquoi le ministre de l’Économie, Jean-Marie Kalumba, a été destitué

« Incompétence », « amateurisme », « manque de vision » ou encore « ingérence dans la gestion des entreprises publiques » placées sous sa tutelle… Certains députés ne retiennent pas leurs coups contre le ministre. Mais au-delà, c’est bien un règlement de comptes politique qui se joue.

Ambitions présidentielles

La motion de défiance est en effet portée notamment par une dizaine de parlementaires d’Ensemble pour le changement, ce qui, a priori, a de quoi surprendre, puisque c’est aussi à cette plateforme politique dirigée par Moïse Katumbi qu’appartient Chérubin Okende.

Mais même si Ensemble appartient toujours officiellement à la majorité présidentielle, elle est soupçonnée par le chef de l’État d’être passée à l’opposition. Depuis près d’un an, l’ancien gouverneur du Katanga peine à cacher sa volonté d’être candidat à la magistrature suprême en 2023, alors même que Félix Tshisekedi briguera un second mandat. Au début d’octobre, une vidéo dans laquelle le porte-parole d’Ensemble, Olivier Kamitatu, critique vertement la gouvernance du président sortant a fait beaucoup de bruit.À LIRERDC : ni allié ni opposant, Moïse Katumbi a du mal à choisir son camp

Du côté de ce dernier, on exige donc une clarification. « Il a été demandé à tous les ministres désignés par Moïse Katumbi pour entrer au gouvernement en avril 2021 de choisir entre Katumbi et Tshisekedi pour 2023 », révèle à Jeune Afrique un membre de l’exécutif qui a requis l’anonymat. Parmi ceux-ci, « Chérubin Okende et Christian Mwando Nsimba [ministre du Plan] sont les deux seuls à être restés fidèles à Katumbi », explique un collaborateur de l’ancien gouverneur du Katanga. « On ne peut pas en même temps faire partie de l’opposition et de la majorité », rétorque un conseiller du chef de l’État. Pour Okende, la sanction ne s’est pas faite attendre.

Une clarification similaire a été demandée aux députés élus sous la bannière d’Ensemble. Dans la soirée du 11 octobre, certains d’entre eux ont été réunis par Christophe Mboso, le président de l’Assemblée nationale. Et ceux qui soutiennent la motion de défiance visant le ministre des Transports ont donc choisi leur camp : celui du président.

Gouvernement de fidèles

Chérubin Okende ne sera pas la dernière victime des stratégies électorales du camp présidentiel. Selon nos informations, plusieurs ministres nommés au gouvernement grâce à l’influence de Jean-Marc Kabund-a-Kabund pourraient être bientôt en faire les frais. Hier encore pilier de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti présidentiel), Kabund est devenu en quelques mois l’un des plus virulents détracteurs du chef de l’État et est désormais incarcéré à la prison de Makala.À LIRERDC : Félix Tshisekedi, seul contre tous en 2023 ? 

Avec ces départs, Félix Tshisekedi s’assurerait un gouvernement de fidèles. « L’idée pour les députés est aussi de forcer ainsi un remaniement technique du gouvernement. Cela permettra de faire rentrer plus d’argent pour les prochaines élections », détaille une source.

By Habari

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