ÉCONOMIE

RDC : Muhindo Nzangi sur le front de la réforme de l’enseignement supérieur

Révolutionner les universités et éradiquer « les cantines à diplômes à tout prix ». C’est l’objectif que s’est fixé le ministre congolais, malgré la grogne des enseignants.

16 novembre 2022 à 15:35

Par Maher Hajbi

Mis à jour le 16 novembre 2022 à 15:39

Muhindo Nzangi Butondo a été nommé ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire en avril 2021. © Montage JA : PMESU RDC

LE PORTRAIT ÉCO – Depuis sa nomination à la tête du ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), en avril 2021, Muhindo Nzangi fait face à des dossiers chauds : dégradation du système de l’enseignement, mauvaise gestion des institutions universitaires, fronde des enseignants…

La mission est « complexe », reconnaît ce fils de pêcheur diplômé en économie et développement de l’université catholique privée du Graben, en République démocratique du Congo, qui affiche cependant la ferme volonté de faire face.

Serein et méthodique, l’ancien député national du Nord-Kivu et de Kinshasa ne veut laisser aucune place au hasard pour réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. Rien de moins. « Tous ont essayé de faire évoluer les choses malgré la résistance au changement », admet Muhindo Nzangi dans un entretien à Jeune Afrique. Mais lui ira « jusqu’au bout », assure-t-il.

Exit le laxisme et la corruption

Pour améliorer la qualité de l’enseignement supérieur et faire appliquer les réformes, le ministre de 40 ans répertorie les priorités : la lutte contre les anti-valeurs, la numérisation du secteur et l’optimisation des conditions sociales des enseignants. Exit le laxisme, la corruption massive, la vente obligatoire des supports de cours ou encore « le blanchiment des diplômes » dans les universités congolaises, promet-il, assurant que tout abus signalé fera l’objet d’enquêtes approfondies et de sanctions.À LIRECorruption en RDC : le pari à six millions de dollars de Félix Tshisekedi

Annoncée en fanfare en 2014, l’introduction du régime licence-master-doctorat (LMD) a été actée lors de la rentrée académique de 2021. « Le système LMD a été généralisé dans toutes les universités à partir de l’année de recrutement 2021-2022 », souligne le ministre, qui se targue du développement de maquettes pédagogiques pour toutes les filières en un temps record grâce à l’engagement des enseignants et à des formations en cascade.

Méthodes fortes

Adepte des formules chocs à chaque sortie médiatique : « crise des valeurs », « cantines à diplômes à tout prix », « corruption généralisée »… Muhindo Nzangi veut sonner la fin de la récréation dans l’optique de booster l’employabilité des jeunes diplômés. « Pour imposer la discipline, il faut passer par les méthodes les plus fortes, car sans rigueur, il n’y aura pas d’enseignement de qualité », insiste-t-il.

Ainsi, après un audit du système de l’enseignement en 2021, auquel ont contribué recteurs des universités publiques et privées et responsables des institutions supérieures, plusieurs établissements – publics et privés – jugés « non conformes » ont été contraints de fermer leurs portes, leurs actes juridiques leur ayant été retirés.

UN SYSTÈME DE MONITORING A ÉTÉ MIS EN PLACE POUR REMÉDIER AUX MAUX SYSTÉMIQUES QUI RONGENT LE SECTEUR

« Avec nos différentes équipes, nous avons réussi à réaliser la cartographie universitaire du pays, après des mois de travail intense, pour mettre fin à la prolifération des établissements supérieurs non viables pour les étudiants », se félicite le ministre congolais, selon qui « un système de monitoring a été mis en place pour remédier aux maux systémiques qui rongent le secteur ces dernières années ».

« Show médiatique » ?

Les établissements universitaires n’ont pas seulement été inclus dans une banque de données. Une bibliothèque numérique a été mise à leur disposition : désormais, étudiants et enseignants accèdent gratuitement aux productions scientifiques en ligne grâce aux partenariats négociés avec l’Unesco et l’Agence universitaire de la Francophonie.À LIRERDC : l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, fabrique de talents

Et Muhindo Nzangi, pour qui « la numérisation des procédures administratives est un pilier de la modernisation de la filière », ne compte pas s’arrêter là : le gouvernement congolais vise à fournir 150 000 ordinateurs à la communauté estudiantine, à qui il proposera des facilités de paiement.

DES RÉFORMES À VISÉE POLITICIENNE AURAIENT ÉTÉ BIEN PLUS CONSENSUELLES

Jean-Marie Kayembe, recteur de l’Université de Kinshasa, salue un ministre « visionnaire », qui « s’est jeté à l’eau pour mener les réformes nécessaires » au secteur. Malgré ce soutien de poids, Muhindo Nzangi ne fait pas l’unanimité chez les enseignants et les étudiants, dont certains représentants n’hésitent pas à évoquer un « show médiatique » et à reprocher au ministre d’instrumentaliser ses réformes à des fins politiques – en juillet dernier, il a créé son parti, Action des volontaires pour la relève patriotique (AVRP). « Des réformes à visée politicienne auraient été bien plus consensuelles », rétorque le principal intéressé.

Riposte aux grèves

De leur côté, les professeurs accusent le gouvernement de « vouloir maintenir les enseignants dans une précarité sans pareille » et multiplient les appels au boycott en raison de la détérioration de leur pouvoir d’achat au fil des années. « Entre les promesses gouvernementales et les compromis non respectés, il y a un sentiment de trahison », glisse un membre du Réseau des associations des professeurs des universités et instituts supérieurs du Congo (Rapuico).À LIRERDC : dans la jungle des facs privées

S’il réaffirme son engagement à revaloriser les salaires des enseignants et à les indexer au taux du dollar pour faire face à la dépréciation monétaire, Muhindo Nzangi n’est pas prêt à toutes les concessions devant la grogne de la profession.

Une riposte aux « grèves illimitées » est ainsi à l’étude : « Avec le ministre de la Fonction publique, nous étudions la possibilité de proposer une nouvelle loi pour définir les règles du droit de grève. Six mois de grève sur une année académique qui dure dix mois, c’est un abus », indique-t-il à Jeune Afrique.

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