POLITIQUE

RDC : quand Joseph Kabila et Moïse Katumbi hésitent sur la stratégie à adopter

Après s’être rapprochés il y a quelques mois, le PPRD et Ensemble pour la République devaient se réunir, chacun de son côté, pour déterminer la marche à suivre à l’approche de la présidentielle de 2023. Un scrutin auquel Félix Tshisekedi se présentera.

6 décembre 2022 à 17:36

Par Stanis Bujakera Tshiamala

Mis à jour le 6 décembre 2022 à 17:36

Joseph Kabila et Moïse Katumbi. © MONTAGE JA : LUIS TATO/AFP ; JC Guillaume/REPORTERS/REA

Déclarés ou non, les adversaires de Félix Tshisekedi sentent-ils la pression monter ? La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) vient de fixer au 20 décembre 2023 la date des prochaines élections générales et, même si l’hypothèse d’un glissement du calendrier n’est pas à écarter, chacun tente de se positionner. C’est vrai aussi bien du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), que dirige l’ancien président Joseph Kabila, que d’Ensemble pour la République, la formation de Moïse Katumbi. Deux partis qui ont fait un pas sur le chemin de la réconciliation et qui s’apprêtent à tenir, en cette fin d’année, d’importantes assises.À LIRERDC : entre Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi, la course à la présidentielle est lancée

Les mois qui viennent seront décisifs. « Ces deux dernières années, beaucoup ont quitté le parti, y compris des députés et des cadres, concède une personne haut placée au sein d’Ensemble. Il nous faut maintenant regarder ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. » Des assises seront donc organisées courant décembre pour décider notamment « de la tenue ou non d’un congrès ».

Défections en série

Créé fin décembre 2019 et composé de plusieurs partis et regroupements politiques qui avaient d’abord soutenu Moïse Katumbi lors de ses années d’opposition à Joseph Kabila, Ensemble a déjà connu plusieurs défections, dont la plus importante est celle de l’actuel ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Muhindo Nzangi, qui a fait savoir qu’il soutiendrait la candidature de Félix Tshisekedi à un second mandat. Issu lui aussi du camp Katumbi, l’actuel vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, qui est l’un de ceux qui portent la voix de la RDC contre le Rwanda depuis la reprise des hostilités dans l’Est, s’est également déclaré en faveur d’un second mandat du président sortant.

Officiellement, Moïse Katumbi fait toujours partie de l’Union sacrée, la coalition hétéroclite qui s’est constituée autour du chef de l’État après sa rupture avec Kabila. Mais il est désormais en difficulté avec Félix Tshisekedi et il va jusqu’à accuser la justice d’avoir été manipulée pour trancher en sa défaveur dans le bras de fer qui l’oppose à Pascal Beveraggi pour le contrôle de la société MCK – à en croire le camp Katumbi, il faudrait y voir la main de Peter Kazadi, proche conseiller du chef de l’État, mais l’intéressé dément.

La rupture va-t-elle être officialisée pendant les assises à venir ? « Nous allons passer en revue notre participation à l’Union sacrée et définir l’avenir au regard des enjeux actuels », prévient un proche de l’ancien gouverneur du Katanga.À LIRERDC : Kabila, Fayulu, Muzito, Katumbi… Un front « anti-Tshisekedi » est-il possible ?

Au PPRD, la situation est un peu différente, mais on n’est pas plus avancé. Un temps annoncé pour juin, puis pour décembre, le congrès censé « constituer l’amorce d’un renouveau » pourrait finalement ne pas avoir lieu. « Il a été repoussé à l’année prochaine », confie à Jeune Afrique une source issue de l’entourage d’Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du PPRD. Nos objectifs ne coïncident pas avec la tenue d’un congrès. »

C’était pourtant l’occasion de tirer des leçons, presque quatre ans après la défaite à la présidentielle de 2018. Une source interne prend soin de préciser que ce devait être un « mini-congrès », que le fonctionnement du parti sous la direction de Ramazani Shadary aurait été passé en revue, qu’un bilan de la présidence Tshisekedi aurait été dressé et que l’événement aurait vraisemblablement eu lieu à Lubumbashi.

Ramazani Shadary bientôt dégagé ?

Alors, pourquoi a-t-il été reporté ? L’un de nos interlocuteurs met en avant de profondes divergences, qui ne permettraient pas sa tenue. « Deux camps s’affrontent, explique-t-il. D’un côté, celui de Ramazani Shadary, qui juge inopportun un congrès devant notamment conduire au changement de l’équipe [dirigeante]. De l’autre, celui des détracteurs du secrétaire permanent, qui, eux, estiment que Ramazani Shadary doit dégager. »

« Ramazani Shadary veut bien un congrès, mais l’année prochaine, poursuit notre source au sein de son entourage. Il souhaite gagner du temps et ne pense pas qu’il faille changer la direction du parti maintenant. Il estime qu’en 2023, ce sont les élections qu’il faut préparer. » Mais si le congrès n’a pas lieu, quand le parti décidera-t-il de sa stratégie pour les scrutins ? Quelles alliances nouera-t-il ? Fera-t-il cavalier seul ? Les questions sont nombreuses et, d’une manière ou d’une autre, le PPRD va devoir trouver le moyen d’y répondre.

By Habari

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x