Virunga Origins,le chocolat congolaisqui rend doublement heureux

L’entreprise à finalité sociale Virunga Origins crée des emplois dans l’est du pays

grâce au chocolat, de la fève à la tablette. Une relance économique parmi d’autres pour

la région, qui pourrait contribuer à la stabiliser.

Anne-Sophie Leurquin

Journaliste au service SociétéPar Anne-Sophie LeurquinPublié le 10/12/2022 à 00:00 Temps de lecture: 5 min

Attention, « double bonheur » en barre. Noir ou au lait, le chocolat Virunga Origins promeut ce cercle vertueux sur son emballage : « C’est simple, quand vous achetez nos chocolats, les producteurs autour du parc national des Virunga sont heureux, les gardiens du parc sont heureux, les gorilles et le reste de la faune sauvage sont super heureux. Et quand vous mordrez le premier morceau, vous serez extrêmement heureux aussi. » La promesse (en anglais) est signée de la main de Dominique Persoone, le chocolatier le plus connu de Flandre – et bien au-delà : il a notamment régalé les Rolling Stones pour l’anniversaire du guitariste Ron Wood.

Cette belle histoire qui mêle écologie, respect des travailleurs, dûment payés, et savoir-faire « bean to bar » (de la fève à la tablette) est le fruit abouti d’un rêve éthylique, de l’aveu de ses concepteurs. Lors d’une soirée arrosée, le directeur du parc des Virunga (est du Congo), Emmanuel de Merode, le chef des pilotes, Anthony Caere, et l’entrepreneur Dimitri Moreels, codirecteur du groupe Envirium Life Sciences, discutaient des objectifs de l’Alliance Virunga, qui vise à stabiliser la région en guerre depuis trente ans et à lutter contre la pauvreté par la création d’emplois durables. Et pourquoi pas via le chocolat puisque le cacao y pousse partout ? Le pilote glisse alors le nom d’un célèbre chocolatier installé dans sa ville natale, Bruges, qui accepte aussitôt de s’associer au projet.

Si Envirium entend former les fermiers à une culture durable et aux produits finis de qualité pour exporter sur le marché international, Dominique Persoone partage son savoir-faire chocolatier. Pour cela, il a d’abord fallu déterminer l’espace de production de l’usine (qui sera décuplé en février, le succès aidant, pour pouvoir produire 15 tonnes de chocolat par mois), mais aussi mettre en place des règles d’hygiène très strictes et s’équiper du matériel adéquat. Des échantillons ont été envoyés tout au long du processus de création au maître chocolatier, qui corrigeait le tir pour finalement aboutir à un chocolat « pas trop toasté, avec beaucoup de fraîcheur et des notes de fruits secs ».

Seuls trois des 25 employés connaissaient le chocolat

Quand la première tablette est sortie de l’usine, il y a trois ans, deux employés ont fondu en larmes, se souvient le chocolatier. Sur l’équipe de 25 personnes recrutées, seules trois avaient déjà goûté du chocolat (ou de la pâte à tartiner) : « Les cacaoyers poussent partout », explique Dominique Persoone, « mais les gens ne savent pas à quoi ça sert, sinon que ce sont des arbres à argent. Je leur ai donc appris à le fabriquer, à partir des meilleures fèves de la variété trinitario. Ce n’est pas si compliqué, c’est comme une mayonnaise ! Après avoir broyé finement les fèves, on ajoute du beurre de cacao pour la consistance. »

Suite à un investissement de base de 350.000 dollars (environ 333.000 euros), la chocolaterie tourne à plein régime à Mutwanga (Nord-Kivu), près de la centrale hydroélectrique : elle emploie une vingtaine de personnes, en plus des veuves des rangers du parc qui prêtent main-forte pour emballer le chocolat – la volonté étant de ne pas confier cela à des machines –, et a produit un chiffre d’affaires de 200.000 dollars (190.000 euros) la première année de production. De nombreux autres emplois indirects ont été créés grâce à la chocolaterie, dans le secteur de la construction, de l’alimentation, du transport ou de la distribution. Rapidement, le village a pris des allures de petite ville, attirant une cinquantaine d’entreprises, dont une savonnerie, tandis que le réseau électrique alimente deux millions de personnes alentour, mais aussi l’hôpital et l’éclairage public.

« Actif depuis vingt ans, dans l’est du Congo, dans la production de produits agricoles, notamment de cacao, j’ai ressenti comme une obligation morale de créer de la valeur locale, et non plus seulement l’exporter », relate Dimitri Moreels, codirecteur d’Envirium. « A travers Virunga Origins, nous leur donnons un accès direct au marché du détail et pouvons donc leur offrir un juste prix, des emplois stables et rémunérateurs, tant pour eux que pour leurs familles. » Et de préciser que tous les bénéfices sont réinvestis dans le capital de l’usine et dans le parc, comme les actionnaires s’y sont engagés.

« Un bénéfice réelpour la population »

« La chocolaterie permet de faire quelque chose d’incroyablement positif : créer des emplois, mais aussi des revenus pour les agriculteurs, tout en luttant contre la violence », appuie le prince de Merode, plus connu sur place par son seul prénom. « Toutes ces initiatives qu’on a lancées dans le parc visent non seulement à le préserver, mais aussi à apporter un bénéfice réel pour la population, qui subit la guerre depuis trente ans et reste malgré tout vibrante et dynamique. Jusqu’ici, le cacao, comme beaucoup d’autres produits de l’est du Congo, était exporté sous forme de produit brut, toute la valeur était perdue… »

Le cercle vertueux semble sans fin : sur les quelque 25.000 emplois créés par l’Alliance Virunga, 11 % sont occupés par des jeunes qui ont quitté les groupes armés. Leurs revenus leur permettent d’aider à leur tour leurs familles et d’envoyer les enfants à l’école, plutôt que de mettre leur vie en danger et de braconner. « La plus grande menace pour la faune, ce n’est pas tant le braconnage – une équipe de 700 gardes y veille –, mais les terres et les forêts dont les gens ont besoin », nuance Emmanuel de Merode. « Si on convertit tout en terres agricoles, la faune va s’éteindre. Il faut donc trouver des mécanismes et des stratégies pour que le parc garde sa valeur tout en modernisant l’économie par une série d’emplois directs et indirects. La chocolaterie est un acteur parmi d’autres, 2.000 entreprises ont vu le jour ces dernières années. »

Rien n’est encore gagné, des groupes armés appuyés par l’étranger rendent la situation très compliquée dans la région… « La violence et la guerre ne sont pas une excuse pour ne rien faire. Il faut pousser le développement tout en protégeant les ressources pour préparer la paix », insiste « Emmanuel ». Merci pour le chocolat !

Les tablettes Virunga Origins (100 g)sont disponibles au prix de 3,95 eurossur origins.virunga.org/fr/boutique/dans quatre Delhaize pilotes (Reyers,Braine-l’Alleud, Hannut et Salzinnes)et dans les boutiques The Chocolate Line(Bruges et Anvers) de Dominique Persoone.

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