RÉACTION DU CET SUR LE SOMMET ETATS-UNIS-AFRIQUE DU 12 AU 15 DECEMBRE 2022 ET SES IMPLICATIONS SECURITAIRES ET ECONOMIQUES POUR LA RDC

Le Président Joe Biden a accueilli quarante-neuf  dirigeants africains pour un sommet sur la sécurité, le commerce et l’espace extra-atmosphérique.

Le CET estime qu’aucune autre puissance n’a les atouts que possèdent les Etats-Unis pour avoir la préférence des Africains dans leurs choix géostratégiques ; et ce, compte tenu de leur population d’origine africaine, qui, selon le bureau américain du recensement, est estimée à 13,8 % de la population des Etats-Unis. Cette situation singulière peut être transformée en opportunité non pas seulement pour la campagne électorale, mais pour le raffermissement des liens avec l’Afrique ; liens que nous ne voulons pas être des chaînes de dépendance néocoloniale, mais des plateformes de collaboration mutuellement profitable.

Voici notre opinion sur le déroulement de ce sommet, mais seulement sur deux points : la sécurité et le commerce. La RDC n’était pas concernée par les programmes spatiaux – ce qui est fort regrettable – et nous n’allons donc pas aborder ce point.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous voudrions parler d’un événement malheureux qui vient d’endeuiller la RDC. Il s’agit des pluies torrentielles qui ont entraîné plus d’une centaine de morts à Kinshasa, avec beaucoup de dégâts matériels.

À PROPOS DES CONSÉQUENCES DES PLUIES TORRENTIELLES

Par ce message, nous compatissons avec les familles de nos compatriotes qui ont été éprouvées, tout comme celles qui ont subi des pertes matérielles dues aux caprices de Dame Nature lors des pluies torrentielles à Kinshasa le 14 décembre 2022.

Néanmoins, compte tenu de l’inéluctabilité des pluies torrentielles dans la zone équatoriale, plutôt que de tout mettre sur le dos du changement climatique et de regarder ailleurs, nous estimons que ces inondations qui ne cessent d’endeuiller notre pays sont une énième preuve du déficit de gouvernance entraînant un développement urbain chaotique. En effet, étant donné que l’on ne peut proscrire les pluies torrentielles sur Kinshasa, afin de limiter les catastrophes, il eût fallu faire des efforts pour urbaniser rationnellement les villes, et surtout créer et nettoyer régulièrement les canalisations d’évacuation des eaux et des égouts.

CONCERNANT LA SÉCURITÉ

La RDC est parmi les pays dont la sécurité devrait être débattue à Washington. À la réunion du 14 décembre sur les implications du Rwanda dans la guerre par le M23, le Président Tshisekedi et les membres de la délégation de la RDC ont été poliment exclus des discussions, parce que l’on a remarqué leur tendance à créer des problèmes au lieu d’apporter des solutions.

D’ailleurs dans la réunion entre le Secrétaire d’État Antony J. Blinken et Felix Tshisekedi, c’est la RDC qui a été condamnée, au lieu du Rwanda. La RDC a été blâmée pour les discours haineux, pour les discours contre l’ONU et pour le fait d’armer les groupes armés.(cf. réunion Blinken-Tshisekedi)

Les analyses de plusieurs groupes d’experts concordent sur le fait que la résurgence du M23 est due principalement à la compétition de l’Ouganda et du Rwanda pour l’or extrait de la RDC ainsi qu’à la tentative de réinsertion du M23 dans les FARDC et l’accélération du tribalisme dans les institutions de la République.

Dès 2020, la Banque mondiale et le Conseil de sécurité de l’ONU avaient dénoncé le fait que 60 % de la valeur des exportations de l’Ouganda (3700 millions de dollars) et 70% (900 millions de dollars) des exportations du Rwanda étaient dues à l’or produit en RDC, et que cette situation devrait entraîner une guerre. Signer des contrats miniers avec l’Ouganda et le Rwanda attribuant à ces deux pays les droits d’exploitation de l’or dans une même zone géographique (les concessions de la Société aurifère du Kivu et du Maniema) ne pouvait qu’exacerber les antagonismes aboutissant à une guerre.

En décembre 2020, le Président Félix Tshisekedi [ dont les conseillers ne sont occupés que par  la recherche des contrats léonins afin de trouver l’argent pour le chef -voir notamment le cas Vidiye] fait signer une convention de joint-venture entre la SAKIMA et la société DOTT SERVICES LIMITED (celle qui construit les routes en RDC pour le compte de l’Ouganda !). Résultat : la création de la société anonyme PUNIA KASESE MINING. La joint-venture exploite les gisements de minerais (3T et or) dans les riches concessions de l’ancienne Symetain et Cobelmin [Somenki]. Elle hérite de toutes les infrastructures de traitement des minerais, et même des barrages hydroélectriques. Elle est aussi chargée de la commercialisation des produits. SAKIMA ne détiendra que 30% des parts, et DOTT SERVICES 70% (quelle exploitation éhontée !) dans la coentreprise. (cf. contrat d’or avec l’Ouganda )

En juin 2021, en concurrence avec l’Ouganda quant à l’exploitation des ressources de la RDC, s’estimant lésé, le Rwanda obtient une série de contrats miniers, et notamment un protocole d’accord et de coopération pour l’exploitation de l’or entre la SAKIMA et la rwandaise DITHER Ltd. (cf. contrat d’or avec le Rwanda)

Et pour corser le tout, le Président Tshisekedi promet d’intégrer le M23 au sein de l’armée, en violation des accords d’Addis Abeba et de la Résolution du Conseil de Sécurité de mars 2013, et il a commencé le dénigrement de son armée et de l’ONU !

Quand tout explose, en bon populiste, il instrumentalise l’ethnicité. Ainsi, les discours haineux contre les Tutsis et les discours contre l’ONU reviennent à la mode.

Il est regrettable que la réunion sur la sécurité en RDC ait eu lieu sans la participation des Congolais à Washington. Nous ne saurons probablement  jamais ce qu’il en avait été décidé pendant que Felix Tshisekedi prenait sa photo avec Joe Biden. Pauvre Congo !

Le CET condamne la résurgence du M23 ainsi que l’exploitation des richesses de la RDC par l’Ouganda et le Rwanda. Nous condamnons aussi énergiquement l’instrumentalisation ethnique des Tutsi  par les autorités rwandaises  et la stigmatisation de Banyarwanda congolais par les autorités congolaises.

Par ailleurs, on ne peut que se poser des questions sur la raison de la précipitation du President Tshisekedi de faire entrer au pays  une force militaire d’observation de plus ( la force de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Est)  qui sera financée par l’ONU, alors  que le mandat de la  MONUSCO sera renouvelé.

Ne pouvait-il pas au moins demander à la Brigade d’intervention rapide de la MONUSCO de se réactiver avec le personnel militaire de la SADC pour réprimer le M23 ?

Cependant, le CET reste convaincu que la meilleure option  est le recours  à une société militaire privée, qui stabiliserait potentiellement mieux le pays jusqu’à ce que les réformes sécuritaires à long terme portent leurs fruits. Si la République démocratique du Congo bénéficie des services de sociétés militaires privées, le Rwanda et l’Ouganda cesseront leurs actions déstabilisatrices. Le coût serait inférieur à l’argent gaspillé par le payement des gros salaires au personnel politique et à l’organisation  d’un plébiscite  dont les résultats sont d’avance déjà  très contestes.

REFUSONS L’AIDE AMÉRICAINE, PRÔNONS LA COOPÉRATION

Il est évident que le CET a accueilli favorablement l’annonce faite par le Président Biden d’une « assistance » de 55 milliards de dollars dans les trois prochaines années. Toutefois, nous demeurons sceptiques quant à son utilité pour le développement du continent africain si les dirigeants africains doivent faire allégeance à la politique américaine. En effet, même la presse américaine en a parlé. Dans un article du New York Times publié au lendemain de cette promesse, on a pu lire : « Les États-Unis veulent contrer les mouvements de la Chine et de la Russie en Afrique. Mais les responsables américains essaient de ne pas mentionner cela. » Cette promesse aux dirigeants africains d’une assistance qu’ils ne recevront qu’après la visite de Biden dans leurs pays respectifs (et après l’accord du Congrès américain) dans quelques années apparaît comme un stratagème pour l’achat de leur alignement crucial dans la nouvelle guerre entre les Occidentaux, d’une part, et la Chine et la Russie, d’autre part.

Certes, les États-Unis sont les plus grands pourvoyeurs d’aide étrangère en Afrique (selon l’OCDE), mais, en pourcentage de leur PIB, les États-Unis demeurent classés parmi les derniers pays pourvoyeurs d’aide. Par ailleurs, les Africains sont de plus en plus conscients qu’ils n’ont pas besoin d’aide économique (sauf situation exceptionnelle), mais d’une coopération économique se traduisant par des échanges commerciaux et des investissements. Or, les États-Unis sont loin de rivaliser avec les Chinois sur ces deux plans.

En effet, sur le plan du commerce bilatéral entre les États-Unis et l’Afrique, le volume d’échanges est de 64,3 milliards de dollars en 2021, alors que le commerce entre la Chine et l’Afrique a atteint 254 milliards de dollars en 2021. Le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique est donc 4 fois supérieur au volume entre les États-Unis et l’Afrique. Concernant spécifiquement la RDC, sur un volume total de 19 milliards de dollars d’exportations, seulement 1,6% est acheté par les États-Unis, contre 46,3% par la Chine ; le rapport est d’environ 1 à 30. Dans ces conditions, serait-il rationnel de la part des Congolais de compromettre leurs relations commerciales avec la Chine pour attendre les montants promis par Biden ?

Par ailleurs, pour fournir les produits d’exportation, il faut investir. Or, sur le plan des investissements, les États-Unis doivent encore faire des efforts immenses pour augmenter le volume, mais aussi restructurer leurs investissements pour répondre à la nécessité du développement.

Ainsi, alors que les investissements directs étrangers des États-Unis en Afrique pour l’année 2020 se sont élevés à 2 milliards de dollars, les Chinois ont investi le double en Afrique. Par ailleurs, la structure des investissements américains pose un problème, car, alors que les Chinois investissent 66% dans les infrastructures, 17% dans la production et 11% dans le social, les Américains mettent 13% dans les infrastructures, 8% dans la production et 56% dans le social et l’aide humanitaire. La structure des investissements directs étrangers des États-Unis ne peut pas permettre le développement.

Ci-dessous, une illustration des évolutions des investissements en Afrique en provenance de la Chine (rouge) et des États-Unis (bleu).

En ce qui concerne la RDC, même si le volume total des investissements est en baisse depuis 2017, les investissements chinois représentent plus de 60% du volume total des investissements étrangers annuels !

( Calculé par Pierre Sula d’après les statistiques de World Investment Report)

Serait-il rationnel d’encourager les dirigeants congolais à compromettre leurs relations avec la Chine, pour tout miser sur l’aide américaine ? Vu les chiffres et compte tenu du rapport de forces actuel en termes d’investissement, probablement pas. Toutefois, du côté congolais, on pourrait imaginer qu’un gouvernement rationnel puisse profiter de cette annonce des États-Unis pour négocier des investissements américains correctement ciblés, dans une optique gagnant-gagnant, et dans le cadre d’une véritable coopération.

CONCLUSION

Sur le plan international, la RDC est de moins en moins crédible. Sur le plan régional, elle se fait exploiter, plus ou moins consentante, par ses propres voisins. Sur le plan intérieur, elle écope le navire au lieu de le piloter. Et pourtant, les ressources sont là : minières, terrestres, humaines… voire financières si l’on gaspillait moins. Il est plus que temps de tout remettre à plat et d’installer un gouvernement de transition. Au point où nous en sommes, qu’a-t-on à y perdre ?

Pierre Sula

Coordinateur du CET

By admin

S’abonner
Notification pour
guest

0 Comments
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x