POLITIQUE

En RDC, imbroglio autour de l’expulsion des officiers rwandais de la force régionale

La Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) exige de la RDC « des clarifications urgentes » après que Kinshasa a annoncé le départ « pour raisons sécuritaires » des officiers rwandais présents dans le commandement de la force régionale.

3 février 2023 à 10:34

Par Romain Gras

Mis à jour le 3 février 2023 à 14:20

Le général de division Jeff Nyagah, commandant de la Force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est (EACRF), à Goma, le 16 novembre 2022. © Guerchom Ndebo/AFP

Le 30 janvier, le porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le général-major Sylvain Ekenge, a annoncé dans un communiqué que la RDC avait demandé le rapatriement des officiers rwandais présents au quartier général de la Force régionale de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EACRF) basée à Goma.

Pour justifier cette décision, les FARDC invoquent, sans plus de précisions, « des raisons sécuritaires » alors que la tension ne cesse de s’intensifier entre Kinshasa et Kigali.

« Leur sécurité n’est plus garantie »

Outre les affrontements presque quotidiens entre l’armée congolaise et les rebelles du M23 accusés d’être soutenus par l’armée rwandaise, plusieurs autres accrochages ont eu lieu ces derniers jours. Le 24 janvier, un avion Sukhoi-25 de l’armée congolaise accusé d’avoir violé l’espace aérien rwandais a ainsi été la cible d’un tir de missile du Rwanda, qui a évoqué une « mesure défensive ».À LIREUn Sukhoi-25 congolais cible d’un tir rwandais

Si les trois militaires rwandais concernés sont rentrés à Kigali dès le 29 janvier, cette expulsion suscite une certaine crispation au sein de l’EAC et du commandement de la force régionale. Selon nos informations, le rappel de ces officiers a été initialement réclamé dans une lettre que le chef d’état-major des FARDC, le général Christian Tshiwewe Songesha, a adressée le 27 janvier au commandant de l’EACRF, le général kényan Jeff Nyagah. « Considérant d’une part les manifestations anti-EACRF et d’autre part, la perception négative qui se développe dans l’opinion populaire à l’égard du Rwanda, il en résulte que la sécurité des trois officiers [des Forces de défense rwandaise, RDF] n’est plus garantie », justifie le général Tshiwewe qui effectuait récemment une visite à Goma.

« Privilèges et immunités »

Visiblement pris de court par ce courrier, le général Nyagah a écrit au secrétaire général de l’EAC, le diplomate kényan Peter Mathuki, pour l’informer de la situation. Dans un courrier daté du 1er février, le haut gradé kényan explique que la requête du général Tshiwewe « contrevient » aux statuts de la force régionale. Signés le 8 septembre 2022, ces derniers garantissent des « privilèges et immunités spécifiques aux contingents déployés dans l’est de la RDC ». Le commandant de la force n’ayant « pas le pouvoir d’annuler le déploiement des officiers d’États partenaires », précise le général Nyagah, « de telles décisions doivent être communiquées par les voies diplomatiques établies ».À LIREEst de la RDC : Félix Tshisekedi peut-il vraiment compter sur la force régionale conjointe ?

Dans la foulée, Peter Mathuki a adressé un courrier au ministre congolais des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, pour réclamer une « clarification urgente sur l’expulsion d’officiers rwandais en service au QG de l’EACRF ». Dans cette lettre, le secrétaire général de l’EAC rappelle que « le déploiement de ces officiers [au sein du QG] est le fruit d’une décision prise par les chefs d’État à la suite du sommet qui s’est tenu en marge de la COP 27 ». Contacté par Jeune Afrique, Christophe Lutundula n’était pas encore revenu vers nous au moment de la publication de cet article.

Impasse

Ces bisbilles autour de la présence de certains officiers des RDF au sein du commandement de l’EACRF s’inscrivent plus largement dans un contexte de méfiance croissante entre l’armée congolaise et la force régionale. Le processus de retrait du M23 des zones conquises depuis mars 2022 a, une nouvelle fois, dépassé la date butoir qui avait été fixée au 15 janvier par les chefs d’état-major de la région.

Les rebelles ont officiellement quitté certaines territoires de Kibumba et de Rumangabo, mais l’armée congolaise dénonce un leurre. Tenu à l’écart des zones libérées par les rebelles et passées sous le contrôle de l’EACRF, le commandement des FARDC, qui espérait un mandat plus offensif pour cette force, peine à masquer sa frustration. Les rebelles ont par ailleurs pris, le 26 janvier, le contrôle de Kitshanga, dans le territoire de Masisi. Le 2 février, les combats se poursuivaient dans les environs de cette localité stratégique sur la route de Goma.À LIREFaut-il croire au retrait du M23 dans l’est de la RDC ?

Sur le plan diplomatique, la situation est également dans l’impasse. La dernière tentative de médiation, prévue au Qatar le 23 janvier dernier, a finalement été annulée à la dernière minute, Félix Tshisekedi ayant finalement décidé de ne pas se rendre à Doha.

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