la guerre de l’OTAN Contre la Russie
Face aux signes d’une offensive massive dans l’est, l’Ukraine à bout de forces
Guerre entre l’Ukraine et la Russiedossier
A l’heure où Kyiv s’attend à une attaque imminente de grande ampleur de l’armée russe, les autorités russes ont revendiqué ce mardi des avancées dans les zones de Bakhmout et Vougledar.
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par Charles Delouche-Bertolasi et AFP
publié aujourd’hui à 18h00
(mis à jour le 7 février 2023 à 18h00)
L’offensive russe se rapproche. Ce mardi, c’est par la voix de Sergueï Choïgou que la Russie s’est félicitée du «succès» de sa récente offensive dans l’est ukrainien. «Actuellement, les combats évoluent avec succès dans les zones» de Bakhmut et Vougledar, a affirmé le ministre russe de la Défense dans un communiqué à l’issue d’une réunion avec les cadres de l’armée et de son ministère. «Les opérations conduites par nos forces autour de Donetsk et Zaporijia ont permis de libérer Soledar, Kleshcheyevka, Podgornoye, Krasnopolye, Blagodatnoye, Lobkovoye et Nikolayevka. En ce moment même, des opérations se déroulent avec succès autour de Vougledar et Artyomovsk», a-t-il précisé.
Le signe d’une opération majeure imminente ? Une chose est sûre : depuis des semaines, les combats s’intensifient autour de Bakhmut, dans l’est de l’Ukraine. Au début du mois de janvier, l’armée russe, épaulée par les paramilitaires du groupe Wagner et renforcée par des centaines de milliers de civils mobilisés depuis septembre, est repassée à l’offensive. Elle focalise ses efforts dans le Donbass, région de l’est dont Moscou revendique l’annexion. Les forces de Kyiv y livrent depuis des jours une résistance acharnée face à l’offensive impitoyable du groupe de mercenaires russes Wagner et de l’armée russe dans ces villes de la région de Donetsk. Mais les munitions commencent à se raréfier. Et le pouvoir ukrainien s’inquiète.
Les autorités ukrainiennes estiment même que Moscou prépare un nouvel assaut aux alentours du 24 février, date d’anniversaire de la campagne ordonnée par Vladimir Poutine «Les combats pour la région s’intensifient. Les Russes lancent de nouvelles unités dans la bataille et éradiquent nos villes et nos villages», a reconnu ce mardi Pavlo Kyrylenko, gouverneur de la région de Donetsk dans un entretien publié par radio Svoboda. S’il assure que «le maximum est fait pour empêcher» la chute de la ville, il a cependant rappelé que les soldats ukrainiens «ne seront pas utilisés comme de la chair à canon» pour tenir coûte que coûte la cité.
7 févr. 2023abonnés
Environ 150 kilomètres plus au sud de Bakhmut, le Kremlin est également à l’offensive sur Vougledar, petite ville minière de 15 000 habitants. Durant les premières heures de l’invasion russe, le 24 février, la cité a été notamment visée par des bombes à sous-munitions, des armes pourtant interdites depuis près de quinze ans par une convention internationale. L’armée russe en a fait un objectif de guerre car Vougledar est située à proximité d’un nœud ferroviaire desservant l’est et le sud occupé du pays. Dans le nord du Donbass, non loin de la frontière, l’armée de Poutine est également à l’œuvre, ses soldats pressant les troupes de Kyiv dans une zone reconquise par les Ukrainiens en septembre.
«L’offensive peut commencer à tout moment»
Lors d’un entretien accordé lundi à la télévision polonaise, Serhiy Haidai, chef de l’administration civile et militaire régionale de Louhansk, a donné quelques détails supplémentaires sur l’organisation des soldats russes. Selon lui, l’armée de Poutine cache du matériel en prévision de l’attaque. «L’offensive russe dans la région de Louhansk peut commencer à tout moment après le 15 février. Les Russes déplacent maintenant des équipements dans cette direction où ils se cachent et ils construisent davantage de lignes de fortification.»
s leur dernier rapport, les experts américains de l’Institute for the Study of War (ISW) notent également plusieurs signes de mouvement sur le front de l’est. Ils rappellent que la porte-parole du commandement opérationnel sud-ukrainien Nataliya Gumenyuk a récemment déclaré que «les forces russes se concentrent probablement sur le lancement d’opérations offensives dans l’est plutôt que dans le sud de l’Ukraine».
Les observateurs américains citent également les propos publiés dans le Financial Times d’un conseiller anonyme de l’armée ukrainienne qui prévoit une offensive russe autour du 15 février, «un délai qui permettrait aux forces russes de frapper les positions ukrainiennes avant l’arrivée des chars et des véhicules de combat d’infanterie occidentaux», selon les experts de l’ISW.
Propagande du Kremlin
Face aux demandes pressantes de Kyiv depuis des mois et après avoir longtemps tergiversé, Américains et Européens ont récemment décidé d’envoyer des dizaines de chars lourds mais le calendrier de leur déploiement sur le terrain n’est pas arrêté. Et leur nombre reste cependant en deçà des attentes de Kyiv. En outre les Occidentaux continuent de refuser de livrer des avions de combat. En revanche, les Etats-Unis ont promis des roquettes dotées d’une portée allant jusqu’à 150 km. Des armes réclamées par l’Ukraine pour pouvoir frapper les dépôts de munitions et les lignes d’approvisionnements russes situées loin derrière la ligne de front.
La Russie entend bien profiter des quelques semaines de délais de livraison et de formation nécessaires avant que Kyiv puisse utiliser les armes occidentales. Une nouvelle fois, Moscou a mis en garde ce mardi l’Occident. Citant notamment les livraisons d’armes lourdes telles que les chars allemands léopard, le ministre de la Défense a dénoncé l’intensification de l’aide militaire apportée à l’Ukraine.
En visite surprise à Kyiv ce mardi, le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius a annoncé que l’Ukraine allait recevoir «au moins 100 chars Leopard 1 A5 (…) dans les prochains mois». Un soutien occidental qui pourrait selon Choïgou «conduire à un niveau imprévisible d’escalade» du conflit, a-t-il menacé. Avant de dresser la liste des pertes ennemies durant le mois de janvier, «6 500 militaires» ukrainiens tués, ainsi que «26 avions» ou encore «341 tanks et autres véhicules de combats» détruits. Façon d’en renvoyer la responsabilité aux alliés de Kyiv pour coller à la propagande en cours au Kremlin. Reste le constat du rapport de force sur le terrain qui, lui, est publiquement partagé par les autorités ukrainiennes. Samedi soir, le président Volodymyr Zelensky a ainsi reconnu dans son adresse quotidienne à la nation que la situation se «compliquait» sur le front. Si Bakhmut tombe, la voie serait ouverte à une offensive russe vers Kramatorsk, la principale ville du Donbass toujours sous contrôle ukrainien.