POLITIQUE

En RDC, Martin Fayulu et Adolphe Muzito sont-ils irréconciliables ?

Depuis des mois, ils se critiquent et s’évitent, s’égratignant parfois méchamment par voie de communiqués. C’est peu dire que les deux derniers rescapés de la coalition Lamuka ne s’entendent plus.

10 avril 2023 à 10:16

Par Socrate Nsimba – à Kinshasa

Mis à jour le 10 avril 2023 à 10:17

Martin Fayulu (à g.) et Adolphe Muzito (à dr). © MONTAGE JA : Bruno Levy pour JA ; Vincent Fournier/JA.

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Dans une correspondance datée du 31 mars, Martin Fayulu, coordonnateur en exercice de Lamuka, a annoncé qu’Adolphe Muzito et son parti, Nouvel élan, s’étaient « volontairement » retirés de la coalition d’opposition. Ce retrait, poursuit le candidat malheureux à la présidentielle de 2018, Lamuka en a formellement pris acte le 23 janvier dernier. « [Adolphe Muzito] a perdu toute légitimité de s’exprimer au nom et pour le compte de Lamuka, y compris via ses comptes dans les réseaux sociaux », martèle-t-il.À LIRERDC – Adolphe Muzito : « Mon ambition est d’être candidat en 2023 »

En face, la réaction a été immédiate. Le parti d’Adolphe Muzito s’est empressé de dénoncer une « fraude intellectuelle », « une fourberie » et « une indignité » . « Il s’agit d’un montage fait à l’approche de la date de passation du flambeau au Nouvel élan », a ajouté le 1er avril, devant la presse, Blanchard Mongomba, secrétaire général du parti.

Va-t-il passer la main ?

De fait, Lamuka est, depuis sa création, régie par une présidence tournante et Martin Fayulu, qui est par ailleurs à la tête d’une formation baptisée Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé), est censé passer la main au président de Nouvel élan le 11 avril prochain.

Le 8 avril, défiant son rival, il a pourtant décidé de le prendre de vitesse en confiant la présidence tournante de la plateforme à Mathieu Kalele, le responsable d’un petit parti d’opposition. Le camp Muzito a immédiatement dénoncé une « rébellion » et promis d’acter, dès le 11 avril, l’exclusion de Fayulu.À LIRERDC : « Le jour où on m’a volé la victoire », par Martin Fayulu

La guerre d’égo entre les deux hommes n’est pas nouvelle, pas plus que leur rivalité politique. En témoignent les piques qu’ils ont coutume de s’envoyer, plus ou moins frontalement. Ainsi, quand Adolphe Muzito se plaît à faire valoir son expérience et son poids politique eu égard au fait qu’il a été Premier ministre (de 2008 à 2012), Martin Fayulu ne se prive pas, en privé, de l’accuser de s’être, au passage, rendu coupable « d’enrichissement illicite ».

Fin 2021 déjà, une passe d’armes les avaient opposés quand Adolphe Muzito avait accusé Martin Fayulu d’abandonner le combat « pour la vérité des urnes » pour s’associer à Joseph Kabila, lequel a, selon l’ancien Premier ministre, « tripatouillé» les résultats du scrutin présidentiel de 2018 au profit de Félix Tshisekedi. À l’époque, Lamuka, le Front commun pour le Congo (FCC de Kabila), mais aussi des représentants des confessions religieuses et de la société civile s’étaient retrouvés au sein d’un Bloc patriotique pour réclamer des réformes électorales.

Œil pour œil…

Martin Fayulu avait bien sûr peu apprécié de se voir ainsi accusé de collusion avec l’ex-président. En retour, il avait laissé entendre qu’il soupçonnait Adolphe Muzito de s’être rapproché de Félix Tshisekedi… Œil pour œil, dent pour dent.À LIREAprès Kabila puis Lamuka, Antipas Mbusa Nyamwisi dit oui à Tshisekedi

À neuf mois de la présidentielle, les deux hommes peuvent-ils aplanir leurs divergences ? Cela semble difficile tant il est vrai que, depuis plus d’une année, ils font tout pour s’éviter. En octobre 2022, ce sont même leurs représentants respectifs qui ont procédé à la passation à la tête de Lamuka. « Se pose désormais un vrai problème de confiance », résume un proche d’Adolphe Muzito.

Cavaliers seuls

Cette énième querelle sonne-t-elle le glas de Lamuka ? De cette coalition née à Genève, en novembre 2018, et des huit cadors de la politique congolaise qui l’ont lancée, il ne reste déjà plus grand-chose. Premiers à en avoir claqué la porte : Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, qui ont préféré faire cavaliers seuls plutôt que de soutenir le candidat Fayulu – la suite est connue.

Freddy Matungulu, lui, s’est vu proposer un poste d’administrateur à la Banque africaine de développement (BAD), et Moïse Katumbi a accepté de mener une « opposition républicaine » à Félix Tshisekedi, ce qui lui a permis de rentrer au pays après cinq ans d’exil. Quant à Jean-Pierre Bemba et Antipas Mbusa Nyamwisi, ils ont pris leurs distances avec Lamuka et se sont rapprochés du chef de l’État, jusqu’à entrer au gouvernement fin mars.

Pas de programme, pas d’alliance

Aujourd’hui, Martin Fayulu et Adolphe Muzito, qui sont tous deux originaires de l’ouest de la RDC, sont les seuls à maintenir une ligne dure contre Félix Tshisekedi. Mais leurs ambitions paraissent irréconciliables. Tous deux lorgnent en effet la magistrature suprême. L’ancien Premier ministre, qui attend être investi par son parti lors d’un congrès qui pourrait se tenir en mai, reproche d’ailleurs à l’ex-candidat de Lamuka de s’être lancé dans la course, en juillet 2022, sans programme. « Je ne me vois pas discuter alliance avec quelqu’un dont je ne connais pas le programme », taclait-il à l’époque dans les colonnes de Jeune Afrique.À LIREEn RDC, Vital Kamerhe et Jean-Pierre Bemba font allégeance à Félix Tshisekedi

De son côté, Martin Fayulu a semblé ces derniers mois se rapprocher d’autres personnalités de l’opposition. Fin décembre, il a notamment signé une déclaration commune avec l’ancien Premier ministre Matata Ponyo Mapon, lui aussi candidat à la prochaine présidentielle, et avec le prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, qui pourrait également se présenter.

Ensemble, les trois hommes ont dénoncé un régime « irresponsable et répressif ». De quoi alimenter les rumeurs autour d’une nouvelle alliance au sein de l’opposition. Interrogé par Jeune Afrique en octobre dernier, Martin Fayulu affirmait, au sujet d’une éventuelle association avec Matata Ponyo, que si ce dernier voyait « dans Lamuka quelque chose qui puisse lui correspondre, nous avons des structures, au sein de la coalition, pour trancher cette question ».

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