En RDC, l’opposition et la Ceni peuvent-elles trouver un compromis ?

Ce 30 juin, Denis Kadima, le président de la commission électorale, et les adversaires de Félix Tshisekedi ont tenté d’aplanir leurs divergences, à six mois des élections générales.

1 juillet 2023 à 11:05

Par Socrate Nsimba

Mis à jour le 1 juillet 2023 à 11:05

Les opposants Martin Fayulu, Matata Mponyo, Delly Sessanga et le camp de Moïse Katumbi ont rencontré le président de la Ceni, Denis Kadima, à Kinshasa le 30 juin 2023. © DR

Pendant plus quatre heures ce vendredi 30 juin, dans une suite située au 21e étage de l’hôtel Fleuve Congo à Kinshasa, Denis Kadima a fait face à ses détracteurs, les opposants Martin Fayulu, Matata Ponyo Mapon, Delly Sesanga et Dieudonné Bolengetenge, le secrétaire général d’Ensemble pour la République, qui représentait Moïse Katumbi.À LIREEn RDC, et si les élections n’étaient pas reportées ?

« Les discussions ont été franches », confie à Jeune Afrique un participant à cette rencontre, la première entre le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et les principaux opposants à Félix Tshisekedi. Objectif : aplanir des divergences en amont des élections générales prévues le 20 décembre prochain.

Fayulu étonnamment modéré

Ces derniers mois, l’opposition congolaise n’a eu de cesse critiquer un processus électoral « chaotique » et d’accuser la commission électorale d’entretenir l’opacité autour du fichier électoral. La rencontre de ce vendredi a-t-elle permis de dissiper les tensions ?

C’est en tout cas un Martin Fayulu au ton étonnamment modéré qui a pris la parole devant la presse à l’issue des discussions. « Nous avons suggéré au président de la Ceni […] : vous affichez les listes des électeurs enregistrés, les opérations continuent, mais l’audit aussi se fait, a-t-il indiqué. Si l’audit vient nous révéler que le fichier a été correct, qu’il a des faiblesses de 2 % ou 3 % qu’on peut surmonter, nous sommes d’accord. Mais si ce fichier n’est pas [utilisable], nous prendrons nos responsabilités. »À LIREEn RDC, vers un boycott général des élections par l’opposition ?

Les différentes parties se sont donc entendues sur l’affichage des listes des électeurs enregistrés. Concernant le nouvel audit du fichier électoral par un organisme international qualifié tel que réclamé par l’opposition, Denis Kadima a promis de soumettre la question à la plénière de la Ceni.

Celle-ci peut-elle encore autoriser un deuxième audit du fichier ? Cela semble peu probable, compte tenu des délais et du calendrier des préparatifs électoraux. La nouvelle loi sur la répartition des sièges, rédigée sur base du fichier électoral actuel, a été promulguée le 15 juin dernier et, depuis le 26 juin, la Ceni a commencé à recevoir des candidatures pour la députation nationale. Une opération qui doit s’étendre jusqu’au 15 juillet.

Contre la politique de la chaise vide ?

Le 19 juin, Martin Fayulu avait annoncé que son parti ne présenterait pas de candidats si la transparence du fichier électoral n’était pas garantie. Une décision que ses camarades de l’opposition n’ont pour l’instant pas suivie et qui fait polémique au sein même de sa formation politique. Le 29 juin, le député Ados Ndombasi a ainsi annoncé qu’il quittait Ecidé, déplorant une « politique de chaise vide qui ne paie pas ».À LIREEn RDC, l’opposition et l’Église vent debout contre la commission électorale

Après cette rencontre avec Denis Kadima, Martin Fayulu va-t-il changer de stratégie ? « Nous sommes en train de trouver la solution. Vous aurez les premières réponses au niveau de la fiabilité avec les listes affichées », a-t-il répondu.

Denis Kadima a pour sa part regretté des critiques à son avis « trop sévères », notamment lorsqu’elles évoquent un « processus chaotique ». « Le président [de la Ceni] a été cash », commente notre témoin de la rencontre, qui affirme que plusieurs « malentendus » ont pu être dissipés.

Des ambitions contrariées ?

À en croire notre interlocuteur, les opposants se sont par ailleurs montrés très préoccupés par la question de l’inclusivité des scrutins à venir – laquelle ne relève pas directement de la commission électorale. Il faut dire que deux candidats déclarés à la magistrature suprême pourraient voir leurs ambitions contrariées : l’ancien Premier ministre Matata Ponyo Mapon pourrait bientôt être rattrapé par la justice dans l’affaire Bukanga Lonzo, qui lui a déjà valu un procès pour détournement, et Moïse Katumbi redoute d’être tenu à l’écart des élections si la loi Tshiani, qui réserve certaines fonctions aux seuls Congolais nés de père et de mère congolais, devait être adoptée.

By Habari

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