La France pourrait être au bord de la guerre civile

Pendant des décennies, les gouvernements ont évité d’examiner de trop près l’aggravation de la situation. Nous atteignons maintenant un point de basculement

Anne-Elisabeth Moutet29 November 2023 • 12:00pm

Il y a deux ans, après deux autres nuits d’émeutes dans les banlieues, vingt généraux français à la retraite ont écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron, alors sur le point de briguer un second mandat, avertissant que les divisions entre les communautés et la montée de la « violence et du nihilisme » en France finiraient par provoquer un effondrement social.  avec un risque de « chaos » conduisant à une « guerre civile » qui « nécessiterait » alors une « intervention militaire […] dans une mission dangereuse pour protéger nos valeurs civilisationnelles et sauvegarder nos compatriotes ».

Des choses fortes, co-signées par une centaine d’officiers supérieurs et un millier d’autres militaires, dans un pays où l’armée est connue sous le nom de « Grande Muette », c’est-à-dire qu’elle n’exprime jamais de préférence en politique nationale. Dans un cas, pendant la guerre d’indépendance algérienne, lorsque quatre généraux ont tenté un putsch contre le président Charles de Gaulle le 21 avril 1961 pour protester contre le départ prévu de la France de sa colonie rebelle, ils ont été suivis par un nombre pitoyable de militaires, et le coup d’État s’est essoufflé en trois jours. Six décennies plus tard, la Lettre des généraux est accueillie avec mépris, la plupart des commentateurs qualifiant ses auteurs d’« insignifiants », interprétant ses prédictions apocalyptiques comme une « menace » contre la République.

Pourtant, cette semaine, Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, a semblé partager ces conclusions puisque, lors d’une visite dans le village de Crépol, au sud de Lyon, il a averti que la France pourrait être à un « point de basculement » après l’agression mortelle au couteau d’un garçon de 16 ans. Condamnant à la fois les attaques au couteau lors d’un bal samedi soir et la marche subséquente de militants de droite déterminés à se battre dans le quartier où vivent les suspects, le ministre a promis que le gouvernement se tiendrait aux côtés de la famille endeuillée et a appelé à une peine sévère, « jusqu’à une peine d’emprisonnement à perpétuité [avec] aucune circonstance atténuante », pour les coupables. Il aurait ajouté que le gouvernement est « clairement » conscient que la violence des « meutes » fait monter les « tensions […] Vous ne supportez plus ces gangs… Nous non plus », promettant la « pleine mobilisation » de l’Etat pour « garantir la sécurité de tous les citoyens ».

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