Avant d’aborder le sujet de ce jour, nous tenons à présenter nos plus vifs remerciements à tous les Congolais qui ont compati avec nous au malheur de la disparition du camarade Léandre Bulambo (ancien cadre du MNC-Lumumba) en janvier dernier, aux Pays-Bas. Il est important de noter qu’en 1982, camarade Leandre avait été un des jeunes cadres instructeurs  envoyés en formation militaire à l’étranger par  Général Nicolas Olenga.

 Nos remerciements particuliers à Djamba, Jules Kitoy, Mulikuza Kagwi, Joseph Ushudi, Joseph Betofe, Louis Lukaso, Andrew Kele, Ikonga et aux cadres lumumbistes qui ont contribué  pour le faire-part  de ce  décès auprès de Congolais.

Nous publions sur notre site une conversation entre Stuart Reid  auteur  d’un nouveau livre sur Lumumba  et le Pr Stephan Weissman considéré par  de nombreux chercheurs  comme un expert américain en questions congolaises.

 Sont notamment abordées dans la conversation, la relation entre l’assassinat de Patrice Lumumba et l’échec de la construction de l’Etat en RDC. Y sont  également  évoquées, les  questions de la vision de Patrice Lumumba, du rôle historique (méconnu par beaucoup de Congolais) des lumumbistes pour l’intégration nationale, et du bien-fondé, aujourd’hui encore, de la politique de non-alignement (telle que formulée par Lumumba en 1960) pour le développement des nations du Sud global.

Nous profitons donc de la publication du livre de Stuart Reid sur Lumumba et de sa conversation avec Pr. Weissman pour faire quelques recadrages quant aux affirmations erronées (intentionnelles ou non) à propos de Patrice Lumumba, des lumumbistes et du mouvement insurrectionnel de 1963-1968.

 Qui sont  Stuart Reid et  Stephen Weissman ?

Nous sommes conscients qu’il serait un peu simpliste de penser  qu’avec  cette nouvelle publication on est passé de l’ombre à la lumière et pensons donc  que les hommes continueront encore  à commettre des erreurs sur les évènements historiques.

 Evidemment, les erreurs non intentionnelles sont excusables car l’intégralité de l’information sur la crise congolaise n’a pas encore été rendue publique. Comme Stuart Reid l’écrit, d’une part, les responsables belges et américains continuent de classer secrètes [ « classified »] certaines informations sur la crise congolaise des années 1960 ; d’autre part, l’Etat congolais n’a pas d’archives. Les membres pro-occidentaux de l’élite congolaise qui avait été au pouvoir pendant des décennies avaient concentré leur énergie pour déformer la description des événements criminels dans lesquels ils avaient été impliqués. Et l’école congolaise n’a fait que pérenniser la version anti-lumumbiste de l’Histoire.

Notre recadrage comportera les points suivants : (1)  leçons à tirer de l’approche de neutralité positive de Lumumba ; (2) le rôle joué par les disciples de Lumumba dans la sauvegarde de l’unité du pays ; (3) la relation entre Lumumba et la lutte armée ; (4)  l’intervention des forces de l’OTAN  pour installer  le régime Mobutu ; (5) la violence durant le mouvement insurrectionnel en 1963-1968.

Traduction en français :

Cette question posée à Stuart Reid (rédacteur en chef du magazine  Foreign Affairs) par l’audience, lors de la présentation de son livre Lumumba plot  prouve notamment que l’on peut tirer les leçons de la crise congolaise des années 1960 pour prendre de bonnes décisions aujourd’hui et éviter que l’Histoire ne bégaye.

Pr  Weissman  l’interlocuteur  de Reid est lui-même   auteur  des  deux livres  (  American Foreign Policy in the Congo 1960-1964 (1974)  et From The Congo to Capitol Hill et  des plusieurs articles sur la RDC. Il  a été aussi directeur de la sous-commission de la Chambre des représentants sur l’Afrique de 1979 à 1991. Ayant enseigne en RDC depuis l’Université Libre du Congo et l’UNAZA (Université Nationale du Zaïre), C’est donc à juste titre qu’Il est considéré par beaucoup comme un de grands  experts américains   sur les  questions congolaises.

Pour le Pr. Weissman, la mort physique prématuré de Lumumba et l’exclusion de ses  disciples de la gestion du Congo par  les administrations américaines  successives depuis  Kennedy a  Johnson ont été  des éléments déterminants  dans l’échec de la construction  de l’Etat  en RDC.

 Au bas de la page prière suivre une présentation  vidéo du Pr. Weissman en 2014 sur le Congo.  

Lorsqu’une question similaire à celle présentée ci-dessus fut introduite dans nos échanges dans le cadre de nos forums, certains ont préféré user d’arguments ad hominem plutôt que de poursuivre une discussion approfondie pour améliorer la compréhension de ce problème. La comparaison de l’Histoire de l’Indonésie de Sukarno avec celle du Congo de Lumumba a été tournée en dérision, avant que l’on ne fasse rejaillir éhontément les contre-vérités habituelles sur le mouvement insurrectionnel lumumbiste.

Malgré quelques limites, le raisonnement inductif (consistant à tirer une conclusion à partir d’observations) fait partie de l’approche scientifique. Il ne suffit donc pas d’asséner, telle une formule magique, « comparaison n’est pas raison » pour rejeter un argument que l’on ne veut pas entendre – sinon cela reviendrait à prohiber systématiquement toute comparaison ! Il faudrait plutôt montrer le manque de similitude des termes de la comparaison en question.

Or, en raison de la similarité des méthodes utilisées pour leurs colonisations (colonies d’exploitation sans formation des cadres locaux) et leurs décolonisations (déstabilisation de l’ex-colonie par la métropole pour continuer l’exploitation après la proclamation de l’indépendance), la comparaison entre l’histoire politique de l’Indonésie et celle de la RDC apparaît pertinente pour comprendre la réussite de l’une et l’échec de l’autre. C’est  d’ailleurs l’approche utilisée aussi par Ewout Frankema et Frans Buelens dans leur livre publié en 2012 dont est tiré l’extrait suivant :

« Alors que l’économie indonésienne a progressé rapidement au cours des trois dernières décennies du XXe siècle et que l’Indonésie est devenue une puissance mondiale autonome et affirmée, le Congo a régressé dans un état de chaos politique et de violence endémique qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Dans quelle mesure les différents héritages de la domination coloniale néerlandaise et belge en Indonésie et au Congo expliquent-ils ces trajectoires de développement différentes ? »

L’approche comparative contribue donc bel et bien à une compréhension plus approfondie du rôle des héritages institutionnels coloniaux et postcoloniaux dans les modèles de divergence économique à long terme. La référence aux héritages de Sukarno et de Lumumba apparaît pertinente. Bien que ces deux héros ne se soient jamais rencontrés, ils avaient adopté la stratégie  de neutralité positive pour leurs projets d’édification nationale. Le premier a eu la chance de concrétiser sa vision avant d’être renversé en 1965 ; le second n’a pas eu le temps de commencer la matérialisation de la sienne.

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