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Pourquoi les diamants de RDC brillent de moins en moins à l’international

Si Kinshasa reste dans le top 10 mondial des pays producteurs de diamants, ses exportations ont chuté de près de 40 % depuis 2019. Et la baisse a été particulièrement marquée en 2023. Décryptage en infographies.

Les exportations de diamants ont chuté de 40 % en 2023, selon les chiffres du ministère congolais des Mines (illustration). © AFP / Arsene Mpiana
Les exportations de diamants ont chuté de 40 % en 2023, selon les chiffres du ministère congolais des Mines (illustration). © AFP / Arsene Mpiana
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MATTHIEU-MILLECAMP_2024

L’année 2023 n’aura pas été faste pour l’industrie diamantifère congolaise. Une conséquence, notamment, de laconjoncture plus que difficile pour le secteur, confronté à une baisse de la demande de diamants au niveau mondial – qui a d’ailleurs entraîné une diminution des prix de l’ordre de 25 % depuis 2022. Parmi les facteurs de cette baisse : l’inflation, d’abord, qui réduit le nombre de clients potentiels, et la tendance, de plus en plus lourde en Occident notamment, des consommateurs à préférer les diamants synthétiques aux diamants naturels.

Certes, dans ce contexte difficile, la RDC se maintient dans le top 10 mondial des pays producteurs (voir le graphique à la fin de cet article), mais, à en croire les chiffres du ministère congolais des Mines, les exportations de Kinshasa ont chuté de manière quasi exponentielle.

Une baisse de 40 % en cinq ans

Le pays a vu ses exportations diminuer de près de 40 % depuis 2019. Une baisse qui s’est en outre fortement accélérée au cours de 2023, selon les chiffres d’un rapport de la cellule technique de coordination et de planification minière du ministère congolais des Mines. La RDC a exporté 8,3 millions de carats cette année-là, pour une valeur de 85,6 millions de dollars. En 2022, elle avait exporté 11,7 millions de carats. Et pas moins de 14 millions en 2019. Une chute d’une ampleur flagrante, comme on le voit dans le graphique ci-dessous.

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Les exportations de diamants en RDC ont chuté de près de 30% depuis 2019. © Infographie : Marie Toulemonde
Les exportations de diamants en RDC ont chuté de près de 30% depuis 2019. © Infographie : Marie Toulemonde

Une part de l’explication pourrait venir des difficultés que rencontre, depuis plusieurs mois, la Société Anhui Congo d’investissement minier (Sacim). Depuis la disparition de la Miba, la Sacim est la dernière mine industrielle de l’est du Kasaï. Le 8 mai dernier, la coentreprise entre l’État et des investisseurs chinois a annoncé cesser son activité, arguant de difficultés d’approvisionnement en carburant.A lire : 

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Une autre explication tiendrait en fait aux conséquences de l’arrêté émis en février 2023 par la ministre des Mines, Antoinette N’Samba Kalambayi, confiant le monopole de la commercialisation du diamant au Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC). En juin dernier, le président du Sénat, Modeste Bahati, en avait d’ailleurs réclamé l’annulation auprès de la ministre, au motif que cet arrêté « occasionne d’importants manques-à-gagner aux entreprises productrices et aux services publics nationaux et provinciaux bénéficiaires des impôts, taxes et redevances minières, dès lors que les tenders [ventes aux enchères organisées par les grandes sociétés minières] sont validés à des prix de loin inférieurs à ceux du marché ».

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 © Infographie : Marie Toulemonde
© Infographie : Marie Toulemonde

Mais la baisse d’activité de la Sacim est loin de pouvoir expliquer à elle seule l’importante chute des exportations de diamants congolais observée en 2023. Si l’entreprise kasaïenne représente pas moins de 98 % des exportations de diamants extraits de sites industriels, ces mêmes sites ne représentent eux-mêmes en réalité que 20 % des exportations globales. Sur les 8,3 millions de carats exportés par Kinshasa en 2023, 80 % l’ont été via l’un des quatre comptoirs agréés que compte le pays : Malabar, Miabi, Amazona, et Saga.

Là encore, les facteurs endogènes sont importants, mais le ralentissement s’explique surtout par le contexte global. Les données de l’Observatoire de la complexité économique (OEC), un outil développé par le MIT, le montrent. Les chiffres de l’institut, qui s’arrêtent en 2022, font état d’une baisse abyssale des exportations de diamants au niveau mondial entre 2019 et 2020 : elles sont passées de près de 3 milliards de dollars à moins de 1,5 milliard de dollars en l’espace d’une année. En 2021, le marché a connu un rebond relatif – pour atteindre 2 milliards de dollars d’exportations –, mais en 2022 la courbe a de nouveau piqué du nez, le total des exportations de diamants se fixant à un peu plus de 1,5 milliard de dollars.

Les Émirats, principaux acheteurs

Les Émirats arabes unis sont en tête des pays importateurs de diamants congolais. © Infographie : Marie Toulemonde
Les Émirats arabes unis sont en tête des pays importateurs de diamants congolais. © Infographie : Marie Toulemonde

Qui achète les diamants congolais ? Les Émirats arabes unis sont largement en tête des pays importateurs de joyaux congolais, selon le rapport du ministère des Mines. Avec 4,6 millions de carats importés de RDC (soit 45,3 millions de dollars), les Émiratis devancent la Belgique (3,4 millions de carats, soit 37,8 millions de dollars). Les deux États représentent à eux seuls pas moins de 97 % des destinations des diamants congolais.A lire : 

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Infographie : Marie Toulemonde
Infographie : Marie Toulemonde

Le pays se maintient tout de même dans le haut du classement mondial des producteurs des précieuses pierres brutes. Avec 9,9 millions de carats produits l’an dernier, Kinshasa est le troisième producteur de diamants au monde, derrière la Russie (41,9 millions), le Botswana (24,7 millions) et le Canada (16,2 millions), et juste devant l’Afrique du Sud (8,7 millions).

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