V. L’État de droit : des institutions plus fortes que les hommes

Sans institutions fortes, aucune République ne peut durer.

Mes chers compatriotes,

L’indépendance ne suffit pas à garantir la stabilité d’un État. L’abondance des ressources naturelles ne garantit pas davantage le développement. L’expérience de nombreux pays démontre qu’une Nation ne prospère durablement que lorsque ses institutions sont solides, respectées et capables de résister aux crises comme aux alternances politiques.

La République ne repose pas sur des hommes providentiels. Elle repose sur des institutions. Les dirigeants passent. Les institutions demeurent. C’est cette permanence qui assure la continuity de l’État, protège les libertés publiques, garantit l’égalité des citoyens devant la loi et préserve l’intérêt général au-delà des intérêts particuliers.

Depuis notre indépendance, notre pays a connu des moments de grandeur, mais aussi de profondes crises institutionnelles. Les changements de régime, les conflits armés, les révisions répétées des équilibres politiques et la personnalisation du pouvoir ont souvent fragilisé l’autorité de l’État. Trop souvent, les institutions ont été perçues comme les prolongements des majorités politiques du moment, alors qu’elles devraient constituer le patrimoine commun de tous les citoyens.

Cette confusion affaiblit la confiance du peuple. Elle réduit la prévisibilité de l’action publique. Elle décourage les investissements. Elle nourrit la corruption. Elle ralentit le développement.

Construire la République exige donc une transformation profonde de notre culture politique. Nous devons passer d’une culture de la conquête du pouvoir à une culture du service public. D’une logique de fidélité aux individus à une logique de fidélité aux institutions. D’une administration de circonstance à une administration fondée sur la compétence, le mérite, la continuité et la responsabilité.

Un État moderne ne peut fonctionner durablement si chaque alternance politique entraîne la remise en cause de l’ensemble de son administration, ou si les nominations répondent davantage à des considérations partisanes qu’à l’intérêt général.

La compétence n’est pas un privilège ; elle est une exigence républicaine. Le mérite n’est pas une faveur ; il est une condition de l’efficacité de l’État.

C’est pourquoi la refondation de notre République suppose une administration professionnelle, une justice indépendante, des forces de défense et de sécurité véritablement républicaines, des institutions de contrôle crédibles et une fonction publique protégée des influences politiques excessives. Cette ambition dépasse les intérêts d’un parti, d’une coalition ou d’un dirigeant. Elle concerne la survie même de l’État.

C’est dans cet esprit que nous proposons une transition technocratique. Non parce que la démocratie aurait échoué. Mais parce que certaines périodes exceptionnelles de l’histoire exigent que les compétences, l’intégrité, l’expérience et le sens de l’État deviennent les premiers critères de gouvernance afin de reconstruire les fondations de la République.

Une telle transition n’a pas vocation à se substituer durablement au choix souverain du peuple. Elle doit au contraire créer les conditions permettant à la démocratie de fonctionner dans un État plus stable, plus crédible et plus efficace.

Le véritable héritage de Patrice Émery Lumumba ne consiste pas seulement à défendre notre souveraineté. Il consiste aussi à bâtir un État capable d’exercer cette souveraineté au service de tous les citoyens. Car une République n’est véritablement forte que lorsque ses institutions protègent les citoyens, quelles que soient les alternances politiques, les circonstances ou les dirigeants appelés à exercer temporairement le pouvoir.

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