IV. La justice sociale : la finalité de l’indépendance

Sans justice sociale, l’indépendance perd son sens.

Mes chers compatriotes,

Patrice Émery Lumumba ne concevait pas l’indépendance comme une simple victoire politique. Pour lui, elle devait avant tout transformer la vie quotidienne des Congolaises et des Congolais. À quoi servirait la liberté si elle ne permettait pas à chaque citoyen de vivre dans la dignité ? À quoi servirait un État souverain si son peuple demeurait prisonnier de la pauvreté, des inégalités et du désespoir ?

Ces questions demeurent d’une brûlante actualité.

Notre pays figure parmi les nations les plus richement dotées en ressources naturelles. Son sous-sol renferme une part considérable des minerais stratégiques indispensables à la transition énergétique mondiale, aux technologies numériques, aux télécommunications, à l’industrie spatiale et à l’intelligence artificielle. Le cuivre, le cobalt, le coltan, le lithium, l’or et bien d’autres ressources extraites de notre sol participent chaque jour au développement de l’économie mondiale.

Pourtant, ce paradoxe demeure l’une des plus grandes tragédies de notre histoire contemporaine. Le pays qui contribue à faire fonctionner une partie de l’économie du XXIᵉ siècle reste confronté à une pauvreté persistante, à un déficit d’infrastructures, à un système éducatif insuffisamment financé, à des services de santé encore trop fragiles et à un chômage massif qui frappe particulièrement notre jeunesse.

Cette contradiction ne peut être considérée comme une fatalité. Elle révèle surtout les insuffisances de notre gouvernance, la faiblesse de nos institutions, la dépendance de notre économie aux exportations de matières premières et les effets dévastateurs de décennies d’instabilité politique et de conflits armés.

Mais il serait tout aussi réducteur de croire que notre avenir dépend uniquement de nos ressources minières. La plus grande richesse du Congo n’est ni son cuivre, ni son cobalt, ni son or.

La plus grande richesse du Congo, c’est son peuple. C’est l’intelligence de sa jeunesse. C’est le courage de ses femmes. C’est la créativité de ses entrepreneurs. C’est le savoir de ses chercheurs. C’est l’engagement de sa diaspora. C’est la résilience de millions de citoyens qui, malgré les difficultés, continuent de croire en l’avenir de leur pays.

La véritable mission de l’État est donc de transformer ce potentiel humain en moteur du développement national. Cela suppose une éducation de qualité, une recherche scientifique ambitieuse, une administration performante, une justice crédible, un système de santé accessible, une économie créatrice d’emplois et un environnement favorable à l’innovation.

Le développement ne consiste pas uniquement à extraire davantage de minerais. Il consiste à créer davantage de valeur. À industrialiser notre économie. À transformer localement nos ressources. À investir dans les compétences. À soutenir les entreprises nationales. À promouvoir l’agriculture, l’industrie, les nouvelles technologies, la culture et les services.

En d’autres termes, il s’agit de faire émerger une économie qui place l’être humain au cœur de toutes les politiques publiques. C’est précisément cette ambition que portait déjà Patrice Émery Lumumba lorsqu’il affirmait que les richesses du Congo devaient profiter d’abord au peuple congolais.

Plus de six décennies après l’indépendance, cette exigence demeure notre horizon. La justice sociale n’est pas un supplément de l’indépendance. Elle en est l’aboutissement.

Construire la République, c’est faire en sorte que chaque Congolaise et chaque Congolais puisse dire, non seulement que son pays est libre, mais aussi que cette liberté lui ouvre réellement les portes de la dignité, de l’espérance et de la prospérité

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