« Paradoxe au sommet de l’État : tandis que le chef de l’État traite son prédécesseur de peureux, le président de l’Assemblée nationale appelle les députés à défendre le régime contre ce même homme peureux ! »

Deux semaines après le lancement d’une rébellion dirigée par Kabila, le chef de l’État et le président de l’Assemblée nationale ont chacun réuni les élus de l’Union sacrée. L’occasion pour Félix Tshisekedi d’évoquer le cas de son prédécesseur et de revenir sur la question du changement de la Constitution. ​

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Félix Tshisekedi reçoit les députés et les sénateurs de l’Union sacrée de la Nation (USN) à la Cité de l’Union africaine, le 24 octobre 2026. © Présidence RDC

Les deux rencontres se sont tenues à huis clos. C’est la première fois que la majorité se réunissait depuis le lancement à Goma du Front pour la refondation de la nation (FRN), la nouvelle rébellion née de la dissolution de l’AFC/M23, dirigée par Joseph Kabila. Ce nouveau rebondissement dans l’est de la RDC est venu tendre un peu plus le contexte politique, déjà marqué par le vote de la loi controversée sur le référendum et la perspective d’un dialogue national. 

La première réunion a eu lieu le 23 octobre, autour d’Aimé Boji, le président de l’Assemblée nationale. Le successeur de Vital Kamerhe au perchoir s’est adressé au présidium de l’Union sacrée, la coalition du chef de l’État, ainsi qu’aux députés. Une allocution aux allures de rappel à l’ordre, selon les sources consultées par Jeune Afrique, puisqu’Aimé Boji a alerté les élus sur le fait qu’il ne reste que deux ans à cette législature et que la tension risque de monter à l’approche de l’échéance électorale de décembre 2028. 

Boji évoque le « besoin de préserver le régime »

Invitant chacun à faire preuve de « discipline », il a évoqué un lien direct entre le durcissement du climat politique et la loi sur le référendum, perçue par l’opposition comme un tremplin vers un changement de la Constitution. Depuis que ce texte a été initié, la C64 a multiplié  les manifestations et la communauté internationale s’intéresse de près au dossier, a souligné Aimé Boji. Estimant que les adversaires du président « vont chercher la faille », il a appelé les députés à cadrer leur propre communication pour éviter de donner des arguments à l’opposition. « L’information, c’est une arme », a-t-il insisté, selon des participants. 

Le président de l’Assemblée nationale a défini plusieurs priorités pour les mois à venir. Il a appelé les députés à améliorer le bilan de la majorité d’ici aux prochaines élections, à préserver la cohésion de l’Union sacrée et à garder à l’esprit « le besoin de préserver [le] régime ». « On ne doit pas entrer dans le confort », a-t-il alerté, invitant les élus à ne pas minimiser le retour au premier plan de Joseph Kabila, qu’il n’a pas directement nommé.  

« Donner une coloration congolaise à l’agression »

Le lendemain, lors d’une réunion avec les députés et les sénateurs de sa famille politique, Félix Tshisekedi a, à son tour, évoqué le cas de son prédécesseur en affirmant que la situation était « sous contrôle » et que les élus devaient rassurer la population. Le président ne s’est pas privé d’adresser plusieurs pics à l’ex-chef de l’État, contraint selon lui de « sortir du bois sous la pression pour donner une coloration congolaise à l’agression ». « Pour le peu que j’ai eu à le pratiquer, je peux vous assurer que Joseph Kabila est un peureux », a-t-il dénoncé.

Félix Tshisekedi n’a pas non plus épargné le président rwandais, Paul Kagame, qu’il a accusé d’avoir longtemps diabolisé la RDC dans les capitales étrangères. Selon lui, les sanctions infligées au Rwanda depuis la prise d’Uvira en décembre 2025 auraient « asphyxié » Kigali. Sur le plan militaire, il s’est dit confiant sur la capacité de l’armée à reprendre du terrain et ce malgré les revers encaissés ces dernières années. 

« Cette Constitution, je ne l’aime pas »

Enfin, le président congolais est revenu sur l’autre sujet brûlant du moment : le dialogue national et le projet de changement de Constitution. Concernant le dialogue, dont le format est critiqué par l’opposition, il a assuré qu’il ne visait pas à le maintenir au pouvoir mais à rendre au pays une forme de « normalité ».

Félix Tshisekedi doit nommer dans les jours à venir les animateurs du futur processus, notamment l’équipe de coordination nationale. Il a aussi annoncé que les travaux bénéficieront de l’appui de deux co-facilitateurs, un homme et une femme, qui seront désignés par l’Union africaine.

Sur la réforme constitutionnelle, il s’est montré plus direct. « Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez, a-t-il affirmé, selon le récit de plusieurs sources présentes dans la salle. Vouloir la changer ou la toucher, c’est la responsabilité du peuple. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là. »

By Habari

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