Du président de la République au candidat socialiste, beaucoup de nos dirigeants ont lancé un appel à l’unité, unité de la République, unité nationale. Mais François Hollande a cru bon de nuancer son propos : « Unité de la République plutôt qu’union nationale » a-t-il dit. Les deux mots et l’usage qui en est fait ne sont en effet pas interchangeables.

L’unité est un mot qui concerne le peuple, la société, ce qu’on appelle la « communauté nationale ». C’est l’unité des Français dans leurs différences de toutes sortes, y compris d’origines et de religion. Le mot n’est pas employé aujourd’hui par hasard : il répond à des circonstances exceptionnelles comme une menace de guerre. En appeler à l’unité, c’est en appeler au patriotisme, une espèce de communion des consciences, une interruption des divisions naturelles qui font notre peuple, c’est une démarche essentiellement civique.

L’union nationale est au contraire un concept politique, une formule de gouvernement également invoquée dans des circonstances exceptionnelles. Il s’agit de réunir dans l’exercice du pouvoir des partis jusque-là antagonistes qui font taire leurs divergences le temps de mener à bien une tâche précise. Les gouvernements d’union nationale, en France, ont été rarement mis en place et pour des durées très brèves. Il y a eu un gouvernement d’union nationale à la Libération succédant au Conseil National de la Résistance. Il y a eu un simulacre de gouvernement d’union, mais sans les communistes, lorsque de Gaulle revenu au pouvoir a fondé la V e République sur les ruines de la IV eet avec ses leaders.

En Allemagne, le gouvernement d’union nationale s’appelle « Grande Coalition ». En Grèce, il a été mis en place pour faire accepter de lourds sacrifices : c’est dire qu’il n’a pas bonne presse.