ÉCONOMIE
RDC – Économie : le retour en grâce de Kinshasa ?
17 janvier 2022 à 10:14Par Alain FaujasMis à jour le 17 janvier 2022 à 10:14

La croissance économique congolaise a dépassé les prévisions pour l’année 2021. Mais, entre les progrès réels, salués par les institutions de Bretton Woods, et les handicaps, endémiques ou conjoncturels, qui minent son développement, le pays peut-il tenir le cap ? Décryptage.
Longtemps abonnée à de médiocres résultats économiques, la République démocratique du Congo se redresse. Non seulement elle n’a pas connu de récession durant la crise sanitaire de 2020, à la différence de la plupart de ses voisins, mais la croissance que lui prédit le Fonds monétaire international (FMI) est confortable et a même été revue à la hausse, à 5,4 % au lieu de 4,9 % pour 2021 et à 6,2 % au lieu de 5,6 % pour 2022 (voir « Repères » ci-dessous).
Cette belle accélération est due à la poussée des cours mondiaux de deux minerais que produit la RDC, à savoir le cuivre (+40 % de novembre 2020 à novembre 2021) et le cobalt (+80 %). Elle est aussi imputable à la reprise des achats de ces deux minerais par la Chine. Les réserves de la Banque centrale du Congo (BCC) ont bondi de 800 millions de dollars en 2020 à 3,3 milliards à la mi-octobre 2021, notamment grâce à l’allocation des droits de tirage spéciaux (DTS) de 1,4 milliards par le FMI.
Généralisation de la transparence
L’embellie doit être aussi mise au crédit de l’État qui a manifesté sa volonté d’améliorer la gouvernance. Ceci s’est traduit par la signature, en juillet 2021, d’un programme triennal avec le FMI – le premier depuis neuf ans – doté d’une enveloppe de prêts de 1,5 milliard de dollars sur trois ans. Un deuxième décaissement de 217 millions de dollars a eu lieu à la mi-décembre, exprimant la satisfaction du Fonds sur les réformes réalisées. La visite à Kinshasa de la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, les 8 et 9 décembre, symbolise ce retour en grâce.À LIRERDC : Félix Tshisekedi au bon vouloir du FMI, jusqu’ici…
Le gouvernement de Sama Lukonde Kyenge a multiplié les réformes souhaitées par le FMI. La première a été la constitution d’un nouveau conseil d’administration de la BCC, en conformité avec la loi de 2018, ce qui était une action préalable requise par le Fonds. Les autorités ont accompagné cette action par la nomination à la tête de la BCC de Malangu Kabedi Mbuyi, qui était cheffe de mission au Burkina Faso, en remplacement de Déogratias Muombo, jugé trop proche de l’ancien chef de l’État, Joseph Kabila. Autre fidèle de ce dernier, Albert Yuma, le président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), a dû abandonner son poste d’administrateur de la BCC et, le 3 décembre dernier, a été débarqué de la présidence du conseil d’administration de la Gécamines. Les postes de deux vice-gouverneurs ont été créés et affectés à Dieudonné Fikiri et William Pambu, des membres de l’Union sacrée de la nation (USN), la nouvelle majorité du président Tshisekedi.
DÉJÀ ÉCARTÉ DE SON POSTE D’ADMINISTRATEUR DE LA BCC, ALBERT YUMA A ÉTÉ DÉBARQUÉ DE LA TÊTE DE LA GÉCAMINES LE 3 DÉCEMBRE
Les recettes budgétaires progressent de mois en mois et ont permis un collectif budgétaire en hausse au profit des investissements. « Cette amélioration est due à un réel effort de l’administration fiscale en matière de collecte, même si elle est en partie due au résultat de contrôles et de redressements dans le secteur minier qui ne se répéteront pas chaque année, explique Gabriel Leost, représentant résident du Fonds en RDC. La digitalisation en cours de la chaîne des recettes fiscales est cruciale pour réduire les risques de pertes de recettes. Une autre pierre angulaire de ces améliorations est la transparence du secteur minier et la publication des contrats et des comptes audités, comme cela a été fait pour la Gécamines en août 2021. »À LIRERDC : les vérités de Jules Alingete, puissant patron de l’IGF
Seule la généralisation de cette transparence, y compris dans les permis d’exploitation forestière, permettra de faire reculer la corruption endémique qui reléguait la RDC au 170e rang sur 179 pays passés au crible dans le classement 2020 de Transparency International sur la perception de la corruption par les acteurs économiques. La reprise des discussions avec l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie) laisse augurer de nouveaux progrès. La retransmission à la télévision du procès dit « des 100 jours » de la présidence Tshisekedi, qui concernait certains de ses anciens collaborateurs en est une illustration. Les Congolais réclament une meilleure gouvernance.

Coup d’accélérateur du Groupe de la Banque mondiale
Si les perspectives de la RDC sont encourageantes, elles demeurent cependant fragiles parce que son économie n’est pas diversifiée. Certes, le gouvernement de Sama Lukonde privilégie une politique destinée à y remédier et soutient le développement de l’agriculture, de l’industrie et du tourisme avec l’adoption d’un cadre juridique favorable aux partenariats public-privé (PPP). Mais les améliorations tardent à arriver. En effet, les projets de port en eau profonde à Banana, d’usine de montage de véhicules à Kinshasa ou de zone économique spéciale à Makulu piétinent. Et la création d’une cellule chargée de superviser le climat des affaires à la présidence n’a pas encore porté ses fruits.À LIREDe Menkao à Inga III, la RDC active ses projets électriques
Ces efforts de l’exécutif pour débarrasser le pays de ses handicaps ont cependant séduit le Groupe de la Banque mondiale qui a décidé de donner un coup d’accélérateur à ses projets en RDC afin de profiter de ce climat favorable. Il avait financé des projets pour une valeur de 1,5 milliard de dollars en 2020, ce montant pourrait atteindre 2 milliards en 2021. Sa filiale, l’International Finance Corporation (IFC-SFI), apportera 400 millions de dollars au projet Scaling Mini-Grid qui dotera le pays d’une capacité installée de 200 mégawatts d’ici à 2024 dans 21 chefs-lieux provinciaux (rappelons que seul un Congolais sur cinq est raccordé à l’électricité). Un autre programme, de 250 millions de dollars, aidera à réinsérer les ex-combattants des groupes armés en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Mais le gros des efforts de la Banque mondiale portera sur les infrastructures routières, avec 750 millions de dollars dans un premier temps, car il est urgent de relier enfin les trois pôles du pays, à savoir Kinshasa, Lubumbashi et Goma.
« Il n’y aura pas de diversification économique possible s’il n’y a ni routes, ni électricité, ni fibre optique souligne Jean-Christophe Carret, directeur pays de la Banque mondiale pour la RDC. Au Congo, il y a 30 fois moins de routes au km2 que dans les autres pays africains. On n’y compte que 2 915 km de routes bitumées. Il faut reconnecter ce pays et goudronner entre l’Océan, les Kasaï et les Kivu, goudronner aussi les endroits dangereux comme le Nord-Kivu parce que les routes favorisent la réduction de la violence, les groupes armés préférant sévir dans les endroits peu accessibles. »À LIRERDC-Chine : la ministre des Mines estime que le « contrat du siècle » doit être revu de fond en comble
Ces soutiens confirmés devraient encourager les autorités à persévérer dans la voie des remises à plat. Ils les ont d’ores et déjà incitées à revoir le contrat dit « du siècle », passé en 2008 avec la Chine et qui s’avère déséquilibré, si l’on en croit l’Itie et les rapports que viennent de rendre les ministères des Mines et des infrastructures au chef de l’État. Il sera intéressant de voir ce qu’osera Kinshasa face au mastodonte chinois.