RDC : Kinshasa, Lubumbashi, Kasumbalesa… à l’heure du grand « désenclavement » ?
RÉSERVÉ AUX ABONNÉS28 janvier 2022 à 10:24Par Arthur Malu-MaluMis à jour le 28 janvier 2022 à 12:05

Le pays souffre d’un cruel déficit d’infrastructures, en particulier en matière de mobilité. Quelques projets, peu médiatisés pour certains mais en bonne voie de réalisation, devraient commencer à changer la donne, notamment dans le sud du pays et à Kinshasa.
Depuis son investiture en janvier 2019, Félix Tshisekedi a promis de faire de la RDC « l’Allemagne de l’Afrique » et de doter le pays d’infrastructures de qualité. Quelques chantiers laissés par son prédécesseur, Joseph Kabila, ont été achevés, certains redimensionnés ou abandonnés. De nouveaux projets ont été engagés dans les secteurs de l’énergie, des transports et de la logistique, du numérique, etc. Et il y a fort à faire. Si l’image de la RDC semble s’améliorer à l’international, nombre de partenaires potentiels se montrent encore circonspects. Ils observent de près les réformes initiées pour sécuriser les investissements, pour lutter contre la corruption, et « attendent de voir » la capacité des autorités congolaises à rendre concrètes ces infrastructures dont on dit depuis des années qu’elles sont « prioritaires ».À LIREDe Menkao à Inga III, la RDC active ses projets électriques
N’empêche, l’État se montre volontariste. Il poursuit les efforts pour trouver les partenaires et mobiliser les financements sur les projets de grande envergure approuvés de longue date, au premier rang desquels le mégaprojet des barrages du Grand Inga, la construction d’un port en eau profonde à Banana et celle d’un pont route-rail entre Kinshasa et Brazzaville. S’y ajoutent désormais d’autres chantiers « prioritaires » conçus par l’agence congolaise des grands travaux (ACGT), un service public rattaché au ministère des Infrastructures, qui table sur le développement des partenariats public-privé (PPP).
Port sec et nouvelle desserte pour Kasumbalesa
« L’agence des grands travaux aborde les projets dans tout leur cycle, dès leur phase d’initiation. Leur réussite dépend du travail en amont, donc en premier lieu des études que nous menons. Nous mettons un accent particulier sur la conception. Et notre expertise est 100 % congolaise », souligne Charles Médard Ilunga Mwamba, directeur général de l’ACGT et accessoirement président de l’ordre national des ingénieurs civils. Et ces projets visent en particulier à accélérer l’amélioration des infrastructures de transport, cruciales pour le développement économique et humain du pays.
C’est dans ce cadre que, dans le sud du Haut-Katanga, les sociétés chinoises China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) et Jiayou International sont chargées de l’asphaltage de la route nationale 1 (RN 1) sur plus de 120 km reliant Kasumbalesa – stratégique ville frontière avec la Zambie –, Mokambo et Sakania, où elles sont également en train de construire un port sec. Les chantiers, dont le financement global de 229 millions de dollars a été mobilisé par Jiayou, ont commencé en octobre 2020 et doivent être livrés dans le courant de 2022.
Route à péage vers Dar es-Salaam
Toujours dans le Haut-Katanga, mais plus au nord, une route à péage va être construite entre Kasomeno, Kasenga (RDC) et Chalwe (Zambie), dotée d’un pont de 350 mètres de long sur la Luapula, à la frontière entre les deux pays. La phase préliminaire du projet est déjà engagée, mais les travaux d’envergure ne doivent démarrer qu’au premier trimestre 2022. Cette route moderne, équipée de postes à péage, permettra de relier Lubumbashi, la « capitale du cuivre », à Dar es-Salaam (Tanzanie) en 1 760 kilomètres, soit 300 kilomètres de moins par rapport à celle qui contourne Kasumbalesa. Ce sera donc un gain de temps considérable pour les routiers qui transportent des produits d’exportation de la RDC vers la ville portuaire tanzanienne.
La société concessionnaire, GED Africa (filiale du Groupe européen de développement, fondé par l’homme d’affaires hongrois René Hutton-Mills), est associée aux États congolais et zambien pour la mise en œuvre du projet dont le coût s’élève à 500 millions de dollars, comprenant la construction de la route, du pont et de diverses installations transfrontalières.
Fluidification du trafic à Kinshasa
Autre chantier prioritaire pour le gouvernement : la fluidification de la circulation dans la capitale. Il s’agit de désengorger les principaux axes de Kinshasa, où des embouteillages monumentaux se forment au quotidien à cause de la vétusté du réseau routier, en la ceinturant d’un grand boulevard. Essentiellement financé par des privés, le projet, qui nécessite des expropriations « pour cause d’utilité publique », coûtera entre 300 et 800 millions de dollars en fonction du schéma retenu. La première phase de ce périphérique partira de l’avenue Sergent-Moke (non loin de la cathédrale Notre-Dame du Congo) ; l’axe sera érigé tout en hauteur, sur un linéaire de plus de 20 kilomètres parsemé d’échangeurs. Le coup d’envoi des travaux, d’une durée de deux à trois ans, devrait être donné dans le courant du deuxième semestre de 2022.À LIRERDC : les quatre chantiers de Félix Tshisekedi pour numériser le pays avant 2023
Il y a fort à faire côté mobilité à Kinshasa, mégapole de plus de 12 millions d’habitants étendue sur près de 10 000 kilomètres carrés. Une refonte du système de transport dans la capitale, basée sur l’intermodalité, est donc elle aussi prioritaire avec, à l’ordre du jour, la mise en service d’un réseau de transport par câble aérien. L’ACGT planche sur ce dossier depuis quatre ans. La première ligne de ce téléphérique urbain doit relier le sud et l’est de la capitale. Le coût de la première phase du projet, dont le maître d’œuvre n’est pas encore connu, devrait s’élever à « quelques millions de dollars » selon l’agence.