ÉCONOMIE
RDC : Dan Gertler promet de « restituer tous les permis et licences » de son groupe
4 mars 2022 à 15:1 Mis à jour le 4 mars 2022 à 15:16

Si on ne connaît pas le contenu exact de l’accord trouvé à la fin février entre l’homme d’affaires israélien et les autorités de Kinshasa, les deux parties insistent sur son caractère « historique ».
« Bien que cet accord ait un coût personnel considérable ainsi que pour mes intérêts commerciaux, je l’accepte comme la voie à suivre pour permettre au gouvernement d’atteindre ses objectifs et aux deux parties d’avancer de manière constructive », assure Dan Gertler, dans un communiqué publié le 3 mars par Ventora Development, une des nombreuses entreprises de l’homme d’affaires. Cet acteur controversé du secteur minier et du business en RDC depuis de nombreuses années, connu pour sa proximité avec l’administration de l’ex-président Joseph Kabila, est depuis 2017 sous le coup de sanctions américaines.

« Rien qu’entre 2010 et 2012, la RDC aurait perdu plus de 1,36 milliard de dollars de revenus en raison de la sous-évaluation des actifs miniers vendus à des sociétés offshore liées à Gertler », explique le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC). « En 2013, Gertler a vendu au gouvernement de la RDC pour 150 millions de dollars les droits sur un bloc pétrolier que Gertler avait acheté au gouvernement pour seulement 500 000 dollars, soit une perte de 149,5 millions de dollars de revenus potentiels », s’était indigné l’OFAC à l’annonce des sanctions en décembre 2017.
Deux milliards de dollars
Depuis, d’intenses efforts ont été déployés par l’entourage du magnat israélien aussi bien à Washington – où une dérogation accordée dans les derniers jours de l’administration Trump a été annulée en mars par celle de Joe Biden – qu’à Kinshasa. Dans la capitale congolaise, où Dan Gertler s’est rendu le 24 février, un « protocole d’accord a été signé entre le gouvernement de la RDC et le groupe Ventora », portant sur la restitution de divers actifs dans le pétrole et le secteur minier. Du côté des autorités congolaises, on évalue à deux milliards de dollars au moins les actifs – restitués ou à restituer, c’est selon. Mais le périmètre exact de ces restitutions n’est pas connu – ce qui n’a pas manqué de susciter la controverses tant au sein de la société civile kinoise que parmi les observateurs étrangers.À LIRELes milliards perdus de la RDC : le rapport qui accuse Dan Gertler
Dans le communiqué du 3 mars, Dan Gertler explique avoir accepté cet accord en partie dans « l’intérêt du peuple de la RDC », tout en dénonçant « les pointages systématiques et les critiques incessant[e]s auxquels j’ai été confronté ». « Cet accord met fin aux interminables campagnes de fake news et à l’utilisation permanente de ‘faits’ alternatifs », poursuit le communiqué dans une remarquable utilisation de mots-clés associés à l’ancienne administration américaine. Pour Dan Gertler, « les sanctions américaines dévastatrices » et les allégations contre sa personne, ses entreprises « et surtout ma famille » l’ont « empêché de continuer à faire des affaires en RDC » et « empêché le développement d’actifs qui sont vitaux pour l’avenir de l’économie de la RDC ».

Aussi, poursuit-il, « je confirme que TOUS les permis et les licences détenus par le groupe GERTLER seront restitués ».
Aide américaine
De son côté, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a annoncé en conférence de presse le 3 mars que les clauses du protocole d’accord « à l’amiable » seront rendues publiques. Le responsable kinois, qui s’exprimait aux côtés de la ministre de la Justice, Rose Mutombo, et d’André Wameso, directeur de cabinet adjoint du président Félix Tshisekedi, n’a pas indiqué de date de mise à disposition du public du contenu de l’accord.
« On ne va pas balancer un accord que nous n’avons pas encore partagé avec le gouvernement américain, qui nous a aidés dans le recouvrement des actifs qui sont les nôtres », a-t-il simplement indiqué. Avant d’insister : « Avec l’accord que nous avons établi, Dan Gertler, n’a actuellement plus d’actifs pétroliers et miniers en République Démocratique du Congo. »À LIRERDC : Dan Gertler parviendra-t-il à redorer son blason avec l’initiative YaBiso ?
André Wameso a lui mis en avant l’aide américaine : « Nous allons présenter le contenu de cet accord aux Américains grâce à qui – via les sanctions-, nous avons négocié en position de force ».
« Dan Gertler a une présence passive, il détient un droit financier sur les royalties que [le géant du négoce et des mines suisse] Glencore et Metalkol [société contrôlée par le groupe Kazakh Eurasian Resources Group] doivent lui payer dans le futur. Dans le cadre de cet accord à l’amiable, nous considérons aussi que M. Gertler, une personnalité sulfureuse, a quand même payé et rendu à la République ses biens. À partir de ce moment, en tant que République, nous n’avons plus rien contre lui. S’il remplit les conditions, il est le bienvenu en RDC », a insisté ce collaborateur du président Félix Tshisekedi.
Il n’est pas certain que ces affirmations suffisent à calmer toutes les incertitudes concernant les activités de Dan Gertler en RDC. Le communiqué du 3 mars fait référence spécifiquement à un seul type d’actifs, les permis pétroliers du lac Albert en RDC. La référence aux permis et licences du « Groupe Gertler » est moins précise qu’on pourrait le croire.À LIRERDC-Dan Gertler : quand des montages financiers complexes brouillent les pistes
Les sanctions américaines imposées en 2017 visent pas moins de 19 entreprises liées à Dan Gertler, qui a bâti au fil des ans un complexe réseau offshore. Hormis « Gertler Family Foundation », la fondation familiale de l’homme d’affaires, aucune des sociétés visées par l’OFAC ne porte le nom de magnat israélien. Aucun « Groupe Gertler » ne figure dans la liste…