La société rwandaise chargée par Tshisekedi de raffiner l’or du Congo est en litige avec des investisseurs belges

La société rwandaise chargée par le président congolais, Félix Tshisekedi, de raffiner l’or de la RDC est en conflit avec des investisseurs belges. Un grain de sable dans les accords de coopération récemment signés entre Kinshasa et Kigali. Article réservé aux abonnés

Félix Tshisekedi (à g.) et Paul Kagame, lors de leur rencontre à la frontière rwando-congolaise, le mois dernier: des accords économiques qui n’ont pas fini de faire couler beaucoup d’encre...
Félix Tshisekedi (à g.) et Paul Kagame, lors de leur rencontre à la frontière rwando-congolaise, le mois dernier: des accords économiques qui n’ont pas fini de faire couler beaucoup d’encre… – AFP
Colette Braeckman

Décodage – Journaliste au service MondePar Colette BraeckmanPublié le 6/07/2021 à 20:14 Temps de lecture: 5 min

Les accords économiques signés le 26 juin dernier entre les présidents de la RDC et du Rwanda n’ont pas fini de faire couler l’encre. En effet, ils portaient sur la protection et la promotion des investissements, sur une convention permettant d’éviter la double imposition et l’évasion fiscale, mais aussi, sinon surtout, sur un accord conclu entre la société congolaise Sakima (société des minerais du Kivu et du Maniéma) et une société rwandaise de droit privé connue sous le nom de Dither SA. Plusieurs ministres congolais (affaires étrangères, affaires foncières, commerce et communications) ont assisté à la signature de ces accords par lesquels le président Tshisekedi souhaite manifestement « acheter la paix » dans la région. C’est à-dire assécher les voies clandestines par lesquelles les groupes armés opérant au Nord et au Sud Kivu financent leurs opérations en amenant au Rwanda et en Ouganda l’or extrait par les creuseurs artisanaux.À lire aussiAfrique des Grands Lacs: Tshisekedi et Kagame, des voisins condamnés à s’entendre

LL’affaire fait quelque bruit en RDC : si l’on comprend que le chef de l’Etat veuille pacifier la région et couper les sources de revenus des quelque 120 groupes armés ( !) qui opèrent dans l’Est du pays, on déplore aussi que les raffineries, génératrices de valeur ajoutée, soient installées au Rwanda et en Ouganda alors que l’essentiel des gisements se trouvent au Congo…

Brouiller les pistes

La COGEP (Coalition pour la gouvernance des entreprises publiques) a déjà demandé aux autorités de publier le contenu exact de l’accord entre la Sakima et la société Dither Ltd. Il faut noter que cette dernière, l’unique raffinerie d’or du Rwanda, excelle à brouiller les pistes, exportant aussi sous le nom de Aldango et d’Equinox Ltd.

Cette opacité peut s’expliquer par le grave conflit oppose la société Aldango à une autre société, Aldabra, appartenant à la famille Goetz. Cette famille d’origine anversoire est très connue dans la région des Grands Lacs : au début des années 90, Tony Goetz exploitait la raffinerie Affimet au Burundi, installée dans la zone franche à côté de l’aéroport de Bujumbura et, voici deux ans l’Ouganda inaugurait en grande pompe la plus grande raffinerie d’or d’Afrique, Africa Gold Refinery, appartenant elle aussi à la famille Goetz et dont certaines parts ont été revendues par la suite.À lire aussiRD Congo: à l’Est du pays, l’arc de crise justifie l’état de siège

Désireuse de s’implanter au Rwanda, la société Aldabra propriété de la famille Goetz s’était associée avec une société locale, Ngali Holding, appartenant à 100% à l’Etat rwandais et plus précisément à l’ Armée patriotique rwandaise. Dans cette joint venture, la société Ngali s’était chargée de fournir les certificats et autres licences requises par la loi rwandaise tandis que l’investissement de Aldabra, la vache à lait, se chiffrait à 29 millions de dollars, soit 100% du capital, ce qui comprenait le terrain, les bâtiments et le matériel. L’usine fut inaugurée en juin 2019 mais par la suite, la nouvelle raffinerie fut confrontée au Rwanda Revenue Authority ( l’administration fiscale rwandaise). Alors qu’au départ les investisseurs belges s’étaient vu promettre des exemptions d’impôts, la RRA, menaces à la clé, se mit à exiger le paiement de taxes importantes.

Licences d’exportation suspendues

En janvier 2021, le Rwanda Mining Board suspendit les licences d’exportation de la société Aldango qui invoquait les exonérations promises et cette dernière fut expropriée. Par la suite, -selon les avocats belges de Aldango- des représentants de Ngali, la société rwandaise associée, se présentèrent à la raffinerie accompagnés de camions de transport. Ils mirent les scellés sur le bâtiment, après avoir emporté 82 kilos d’or pour une valeur de 5 millions de dollars et 300 kilos d’argent, pour une valeur de 236.000 dollars, en invoquant le fait qu’ Aldango n’avait plus de licence d’exportation.

En novembre 2020 déjà, ce litige avait valu à plusieurs expatriés travaillant pour Aldango d’être emprisonnés durant une dizaine de jours. Etant l’unique propriétaire d’Aldabra, la société partenaire de Aldango, la famille Goetz tente depuis lors de faire jouer, à titre personnel, les accords de protection réciproque des investissements mais en vain jusqu’à présent.À lire aussiMassacres en RDC: le controversé rapport Mapping sort de l’oubli

Voici quelques années une autre société qui tentait de s’implanter au Rwanda, Vieira Port Limited, elle aussi engagée dans une joint venture avec la société Ngali, avait connu des déboires comparables et avait été nationalisée. Les mésaventures rencontrées par des sociétés investissant au Rwanda suscitent la méfiance des observateurs congolais. Ils craignent que le président Tshisekedi, désireux de bloquer les ressources des groupes armés contrôlant de nombreux carrés miniers au Congo et finançant ainsi leurs opérations militaires, ne devienne à son tour le dindon de la farce, après avoir conclu des accords avec des partenaires d’un autre calibre…

AVIS RECTIFICATIF.

Un démenti de Sylvain et Sam Goetz suite à une erreur commise par Le Soir dans l’article publié ci-dessus.

MM. Sylvain Goetz et Sam Goetz, ainsi que les sociétés dans lesquelles ils sont actionnaires (IRC en ce qui concerne Sylvain Goetz et Value Trading en ce qui concerne Sam Goetz), nous prient de communiquer qu’ils ne sont en rien concernés par les activités en RD Congo, au Rwanda et en Ouganda des sociétés African Gold Refinery et Aldabra et par le différend avec la République du Rwanda dont il est fait mention dans l’article. Dont acte

By Habari

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