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Guinée : les dessous de la nouvelle évacuation d’Alpha Condé

Rentré d’Abu Dhabi le 8 avril sur ordre de Mamadi Doumbouya, l’ancien président est reparti se faire soigner à l’étranger. Direction cette fois la Turquie. Explications.

21 mai 2022 à 17:17Par Diawo Barry – à ConakryMis à jour le 21 mai 2022 à 21:05

Alpha Condé, le 12 octobre 2020. © CAROL VALADE/AFP

Renversé le 5 septembre, Alpha Condé a de nouveau quitté la Guinée, ce 21 mai. L’avion qui le transportait a atterri à Istanbul, en Turquie, en fin de journée. Un communiqué de la junte au pouvoir à Conakry, diffusé la veille au soir, avait annoncé « que le professeur Alpha Condé se rend[ait] à l’étranger pour des rendez-vous médicaux ».

Selon le texte lu par la lieutenante-colonelle Aminata Diallo, porte-parole du Comité national de rassemblement pour le développement (CNRD), cette décision est motivée par le souci du « respect de la dignité et de l’intégrité de l’ancien président », mais aussi par « des raisons humanitaires ». Elle a été prise en « parfaite conformité » avec les procédures judiciaires par ailleurs intentées contre Alpha Condé, ont insisté les autorités de Conakry.À LIREExclusif – Guinée : l’histoire secrète de la chute d’Alpha Condé, par François Soudan

Deuxième évacuation

Autorisé une première fois à aller se faire soigner aux Émirats arabes unis (EAU) à la mi-janvier, l’ancien président avait été contraint de rentrer au pays, le 8 avril. Ce séjour, qui devait initialement durer un mois, avait été prolongé de plusieurs semaines, jusqu’à ce que Mamadi Doumbouya, le président de la transition, contraigne son prédécesseur à rentrer. Il l’accusait notamment de ne pas avoir respecté son devoir de réserve et de continuer à intervenir dans les affaires de ce qui avait été son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG-Arc-en-ciel).À LIREGuinée : Alpha Condé de retour à Conakry sur ordre de Doumbouya

Pour cette deuxième évacuation, Alpha Condé n’est accompagné ni de son garde du corps ni de son médecin personnel. L’ancien chef de l’État devrait dans un premier temps être logé dans un grand hôtel d’Istanbul. Il était apparu en forme après son retour d’Abu Dhabi, mais sa santé s’était de nouveau dégradée ces dernières semaines. Il montrait également des signes de dépression.

Trois semaines de discussions auront été nécessaires pour déterminer s’il allait être autorisé à se faire soigner à Abu Dhabi, comme la dernière fois, ou en Turquie. Selon nos informations, plusieurs médiations ont permis de débloquer la situation.

Celle de la présidence tchadienne tout d’abord, qui a été sollicitée par des proches d’Alpha Condé via Abakar Manany, ministre conseiller de Mahamat Idriss Déby Itno, très introduit aux Émirats, et via Abdelkérim Idriss Déby, directeur de cabinet et demi-frère du président tchadien. Tous deux se sont employés à convaincre Abu Dhabi d’accueillir à nouveau Alpha Condé le cas échéant.À LIREGuinée : ce que la justice reproche à Alpha Condé et à 26 de ses proches

Parallèlement, des démarches ont été entreprises auprès de la Turquie par l’entremise des dirigeants du groupe turc Albayrak, qui gère une partie du port de Conakry. Ce sont ces discussions qui ont finalement abouti. La Turquie était d’ailleurs le premier choix de l’ex-président, réputé proche de Recep Tayyip Erdogan, lequel lui avait ouvert les bras dès le lendemain du putsch. Une offre réitérée lorsque Alpha Condé avait dû quitter Abu Dhabi, mais Mamadi Doumbouya s’y était opposé.

Garanties de retour ?

D’ici à quelques semaines se posera la question du retour d’Alpha Condé en Guinée. Lui et une vingtaine de ses proches sont sous le coup de poursuites judiciaires pour des crimes commis durant ses onze années au pouvoir. On voit mal Erdogan contraindre « son ami » à remonter dans l’avion, comme l’avaient fait les Émiratis. Mais il n’est pas sûr que la Turquie soit prête à sacrifier ses intérêts en Guinée en s’engageant dans un bras-de-fer avec Conakry. À moins que le CNRD lui-même « ne souhaite pas le retour d’Alpha Condé », comme l’affirme un ancien proche collaborateur. « Ils n’ont pas intérêt à ce qu’il soit jugé. Ils savent tous qu’il n’y est pour rien. Ils ont tout à perdre dans cette affaire. »

By Habari

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