POLITIQUE
États-Unis : dix choses à savoir sur Lloyd Austin, premier Africain-Américain au Pentagone
Général quatre étoiles, Lloyd Austin est le premier Noir nommé secrétaire à la Défense. Et, il le promet, il ne sera pas le dernier.
8 juin 2022 à 09:59
Par Julian Pecquet – à Washington
Mis à jour le 8 juin 2022 à 10:21

1 – Pionnier
Lloyd Austin est né en 1953 à Mobile, en Alabama, cinq ans après la signature par le président Truman d’un décret abolissant la ségrégation au sein de l’armée. Diplômé de la prestigieuse académie de West Point en 1975, il a été le premier Africain-Américain à commander une division d’infanterie au combat et, après avoir été nommé vice-chef d’état-major sous la présidence de Barack Obama, à diriger entre 2013 et 2016 le Commandement central de l’armée des forces armées américaines (Centcom), responsable notamment des opérations au Moyen-Orient.
Depuis que Joe Biden a fait de lui son secrétaire à la Défense, il a promis de faire une place aux minorités au sein de l’armée et de s’assurer qu’il ne serait pas le dernier Africain-Américain à occuper ce poste.
2 – Militaire de carrière
Il a fait toute sa carrière dans l’armée, où il a servi pendant plus de quatre décennies, jusqu’en 2016. Sa nomination au secrétariat à la Défense, en janvier 2021, a été perçue comme allant à l’encontre de la promesse du nouveau président de confier le contrôle de l’armée à un civil.
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3 – Éducation catholique
Élevé par une mère dévote, Austin a un temps envisagé d’intégrer Notre Dame, dans l’Indiana, la principale université de recherche catholique du pays. C’est lors d’offices religieux célébrés en Irak, où il commandait les forces américaines, qu’il a fait la connaissance de Beau Biden, le fils (aujourd’hui décédé) de l’actuel président.
4 – Proche de Biden
Austin a en outre largement bénéficié du soutien des principaux alliés de Joe Biden dans l’armée, et en particulier de celui du général Stanley McChrystal, ancien chef du Joint Special Operations Command (JSOC), qui, aujourd’hui retraité, a soutenu le candidat Biden malgré les appels du pied de Donald Trump.
Austin partage en grande partie la vision du monde du président Biden, notamment son scepticisme à l’égard des interventions américaines au Moyen-Orient, sa foi dans l’efficacité de la diplomatie et son désir de reconstruire les alliances, mises à mal sous la présidence de Trump.
5 – Discrétion et compétence
Il est tout autant renommé pour sa discrétion que pour sa compétence, ce qui lui vaut, à Washington, le surnom de “général Silence”. En dépit de la forte polarisation de la vie politique américaine, sa nomination a été approuvée au Sénat par 93 voix contre 2. Seuls les Républicains Josh Hawley (Missouri) et Mike Lee (Utah) ont voté contre lui.
6 – Contre Daesh
Lorsqu’il a dirigé le Centcom, Lloyd Austin a supervisé les campagnes contre l’État islamique en Irak et en Syrie (Daesh). Il avait déjà l’expérience du terrain irakien : en 2003, il avait été l’un de ceux qui avaient dirigé l’assaut de la troisième division d’infanterie sur Bagdad. Après une parenthèse afghane, il était revenu en Irak pour prendre le commandement des forces américaines et de la coalition, de septembre 2010 à décembre 2011.
7 – Favorable à Sissi
Au Centcom, Austin a plusieurs fois défendu les relations des États-Unis avec l’Égypte, alors que l’administration américaine envisageait de conditionner une partie de son aide militaire (1,3 milliard de dollars par an) au respect des droits humains. Devant le Congrès, le général a qualifié l’Égypte du président Abdel Fattah al-Sissi de « partenaire stratégique » et l’alliance militaire avec l’armée égyptienne de « pierre angulaire » de la relation avec Le Caire.
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8 – Drones au Sahel
Dès sa prise de fonction, le nouveau secrétaire à la Défense s’est intéressé de près au continent africain, et en particulier au Sahel. À la fin de 2021, il a informé son homologue française, Florence Parly, que Washington continuerait à fournir des drones et des satellites à l’Afrique pour lutter contre les jihadistes, et ce bien que les États-Unis considèrent l’intervention française trop largement axée sur le volet militaire.
9 – Face à la Russie
À la mi-mai 2022, s’entretenant avec Sergueï Choïgou, son homologue russe, pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine, il a demandé un cessez-le-feu « immédiat ». Généralement dubitatif à l’égard de tout interventionnisme militaire américain, il estime néanmoins que ce conflit peut être l’occasion de s’assurer qu’une Russie « affaiblie » ne sera plus en mesure d’envahir un jour l’un de ses voisins.
10 – Liaisons dangereuses
Juste après avoir quitté l’armée, Lloyd Austin a rejoint le conseil d’administration de Raytheon Technologies, un mastodonte de l’industrie de la défense des États-Unis. Il y a gagné des millions de dollars en indemnités et en stock-options. Il a également été nommé au conseil d’administration de Nucor, le plus grand producteur d’acier américain, et a été l’un des associés du fonds d’investissement Pine Island Capital aux côtés d’Antony Blinken, avant que ce dernier devienne secrétaire d’État.