ÉCONOMIE
Huile de palme : avec PHC, les investisseurs jouent la carte du « 100 % Congo »
Modernisation des infrastructures, replantation de palmeraies vieillissantes, nouveaux travaux de recherche : les Plantations et Huileries du Congo vont-elles conforter leur position de plus grand producteur d’huile de palme du pays ?
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5 juillet 2022 à 12:48
Mis à jour le 5 juillet 2022 à 12:48

Après le rachat, en novembre 2020, des parts du canadien Feronia et, en avril 2021, de celles du fonds d’investissement African Agriculture Fund (AAF), le fonds Straight KKM2 (KKM) est désormais aux commandes des Plantations et Huileries du Congo (PHC), dont il est l’actionnaire majoritaire, avec 83,2 % du capital, à côté de l’État congolais.
Basé à Maurice, KKM est formé de Kuramo Kapital, présidé par l’Américain d’origine nigériane Wale Adeosun, et de Mafuta Investment Holding, détenu en partie par Kalaa Mpinga (fils du Congolais Mpinga Kasenda, un ex-Premier ministre de Mobutu), qui, après avoir investi dans les mines, a opté pour l’agribusiness.
Usine de pointe
Depuis sa création en 1911 jusqu’à son acquisition par Feronia en 2009, la concession de PHC appartenait au géant britannico-néerlandais Unilever. Elle dispose de 103 000 hectares (ha) de terres dans le nord de la RD Congo. Tout n’est pas exploité : les surfaces en production, dites matures, occupent 20 650 ha ; les jeunes plantations, 839 ha ; les palmeraies anciennes, 7 631 ha. Soit 25 000 ha exploités (sur plus de 29 000 ha plantés), le reste étant composé de forêts, d’infrastructures, de zones de conservation et de terres utilisées par les communautés locales.
KKM A DÉJÀ INVESTI QUELQUE 50 MILLIONS DE DOLLARS DANS LA SOCIÉTÉ
Les plantations sont réparties sur trois sites : Lokutu, dans la province de la Tshopo (13 700 ha), Yaligimba dans la Mongala (11 725 ha) et Boteka dans l’Équateur (3 677 ha). Chaque site abrite une usine comprenant une unité de production d’huile de palme rouge et une autre d’huile de palmiste. Établie à Lokutu, l’usine de Lokumete peut usiner 30 tonnes (t) de régime par heure. « C’est une usine de pointe, entièrement automatisée, l’une des plus performantes du continent », précise Monique Gieskes, la directrice générale de PHC. Jusqu’à présent, KKM a investi quelque 50 millions de dollars dans la société. D’autres investissements sont à l’étude, dont la modernisation éventuelle de l’usine de Lokutu, à l’arrêt depuis la mise en service de celle de Lokumete. Tout dépendra des résultats des études en cours.
PHC est le plus grand producteur d’huile rouge du pays. L’entreprise en a produit 42 000 t en 2020 et plus de 47 540 t en 2021, avec une prévision de 60 000 t, qui pourrait être ramenée à 58 000 t, en 2022. Ses trois principaux clients sont Marsavco et Palmco, à Kinshasa, ainsi que Congo Oil à Boma, dans le Kongo Central.À LIRECafé-cacao : la RDC sur la piste de la Côte d’Ivoire ?
Pour ne pas entamer la forêt, PHC mise sur une opération de replantation de 800 ha dans les vieux blocs, qui sera lancée en 2022. L’autre volet est l’augmentation du rendement à l’hectare pour accroître la production d’huile, en privilégiant l’entretien, la maintenance, le sarclage et l’épandage des plantations, le tout en s’assurant que les bonnes procédures agricoles sont respectées. De l’engrais ? Oui, mais plutôt en utilisant les rafles et d’autres déchets naturels qui sont réinjectés dans le sol ou servent de combustible pour les usines. Les étendues exploitées n’étant pas suffisantes pour nourrir toutes les plantations, il faut donc des apports nutritionnels additionnels, tels que le nutrogène ou le potassium, et, selon la qualité des sols, de la chaux.
Flotte de camions-citernes
Bien qu’ils soient très éloignés de Kinshasa, les sites disposent tous d’un accès direct ou indirect au fleuve Congo, par lequel sont évacués les produits. « Le site de Boteka, le plus proche de Kinshasa, se trouve au bord de la Momboyo, l’un des bras du fleuve. Lokutu, le plus distant, borde le fleuve. Quant au site de Yaligimba, il est à 45 minutes par la route du port fluvial de Yambenga », explique Monique Gieskes.
À Yaligimba, l’évacuation de l’huile et son stockage au port de Yambenga mobilisent une flotte de camions-citernes et de tanks (citernes). Ailleurs, l’huile est transférée dans les cales des barges depuis le site. Le chargement de l’huile nécessite une série d’opérations : réalisation de contrôles sanitaires et de tests de qualité pour vérifier l’acidité et le taux d’humidité des huiles ; rédaction d’un procès-verbal par le contrôle qualité de PHC et le propriétaire de la barge ; remise d’un boîtier contenant des échantillons des huiles embarquées au gérant de la barge ; scellage des cales.À LIRERDC : Miluna, l’art de cultiver les palmiers
L’activité logistique de PHC s’arrête au fleuve. En 2021, l’entreprise a pris l’option de vendre “ex-usine”, c’est-à-dire à la sortie de l’usine ou à l’embarcadère. Yambenga, port d’intérêt public, étant attaqué par l’érosion, PHC a décidé de le reconstruire pour sécuriser ses tanks et l’accostage de tous les bateaux (barges, baleinières, pirogues, bateaux rapides) qui utilisent le quai et permettent les échanges par le fleuve. Un appel d’offres pour la reconstruction du quai sera lancé une fois achevée l’étude de faisabilité, qui précisera les quantités et le prix des matériaux à acheter.
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Vers un management 100 % congolais
Dès le départ, KKM a misé sur l’emploi de nationaux et sur le leadership local. Son but est de faire de la gestion des plantations un management 100 % congolais. « Les Congolais connaissent le pays et sont les mieux placés pour réussir. Cela s’accompagne d’un renforcement des capacités locales par des programmes de formation, qui peuvent être animés par des expatriés, mais sous l’encadrement des chefs de site congolais », insiste la directrice générale. PHC compte 7 400 ouvriers, tous sous contrat. « Les emplois temporaires sont liés à la période de pointe, précise Monique Gieskes. On va identifier les travailleurs qui seront permanents et ceux qui seront temporaires. »
C’est dans le Centre de recherche et d’expérimentation en agriculture tropicale de Yaligimba (Creaty) qu’est réalisée la recherche agronomique. Des croisements y sont effectués pour produire des matériels améliorés, très productifs ou résistants aux maladies du palmier à huile. Par exemple, le centre travaille actuellement sur une semence naturelle qui donnera une huile sans carotène et avec laquelle on pourra produire de l’huile de table. PHC produit des semences pour répondre à ses propres besoins et en vend également à d’autres producteurs du pays.À LIRERDC : de Nairobi à Kigali, Marlène Ngoyi poursuit sa partition africaine
Dans le cadre de son département « Programme de développement communautaire », PHC investit dans des infrastructures (hôpitaux, centres de santé, écoles, systèmes d’eau potable) et aide les communautés locales à développer leurs propres plantations de palmiers à huile et de cacaoyers, pour leur garantir un accès à l’autonomie financière et alimentaire, en leur fournissant conseils, semences et formations techniques.
Fin juin, PHC a signé un partenariat avec l’International Institute of Tropical Agriculture (IITA, basé au Nigeria), partenaire technique du gouvernement congolais dans la mise en œuvre du programme de l’Agenda de la transformation agricole (ATA) de la RDC. L’entreprise fournira à l’IITA des semences de céréales (maïs, soja, riz et manioc) qui seront distribuées aux communautés rurales. Cette approche, que KKM qualifie de « prospérité partagée grâce à l’agribusiness », est-elle un simple slogan ou un vrai pari ? L’avenir le dira. C’est aussi plus tard, après avoir consolidé l’existant, que KKM décidera, ou non, d’investir dans d’autres domaines ou d’acquérir d’autres plantations.