Tensions avec les Etats-Unis: la Chine serre la vis sur Taïwan

La Chine entame des manœuvres militaires qui vont encercler l’île. Des mesures de rétorsion commerciale sont également au menu. La colère de Pékin pourrait en rester là, mais un incident est toujours à craindre. Article réservé aux abonnés

Lors d’une rencontre avec Tsai Ing-wen (à droite sur la photo) à Taipei, Nancy Pelosi, la plus haute responsable américaine à visiter l’île depuis 25 ans, a affirmé être venue «en paix» dans la région tout en assurant que les Etats-Unis n’abandonneraient pas l’île démocratique, qui vit sous la menace constante d’une invasion par Pékin.
Lors d’une rencontre avec Tsai Ing-wen (à droite sur la photo) à Taipei, Nancy Pelosi, la plus haute responsable américaine à visiter l’île depuis 25 ans, a affirmé être venue «en paix» dans la région tout en assurant que les Etats-Unis n’abandonneraient pas l’île démocratique, qui vit sous la menace constante d’une invasion par Pékin. – Photo News.
Philippe Regnier

Journaliste au service MondePar Philippe RegnierPublié le 3/08/2022 à 19:00 Temps de lecture: 4 min

Et maintenant ? L’avion militaire de Nancy Pelosi a quitté Taïwan mercredi pour mettre le cap sur la Corée du Sud, avant le Japon. La colère de Pékin n’est pas retombée pour autant.

Cette visite « en paix dans la région » de la présidente de la Chambre des représentants américaine confirme la volonté de Washington « d’utiliser Taïwan pour contenir la Chine », attaque Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Pour la Chine communiste, Nancy Pelosi est venue soutenir les forces indépendantistes sur l’île, qualifiées de « séparatistes ».

Inacceptable pour Pékin qui, à propos d’endiguement, veut en fait mettre la main sur Taïwan, après la remise au pas de Hong Kong. Le président Xi a mis la réunification avec Taïwan en tête de son agenda politique, sans exclure un recours à la force. Washington et Pékin se toisent depuis des années, pour la première place sur le podium géopolitique.

Nancy Pelosi dit avoir débarqué avec sa délégation parlementaire pour souligner le « soutien inconditionnel de l’Amérique à la vibrante démocratie de Taïwan ». « Nous n’abandonnerons pas notre engagement envers Taïwan », a également lancé la cheffe de la Chambre, lors de sa rencontre avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen. Ces propos ont relancé les spéculations sur le soutien militaire que les Etats-Unis apporteraient à Taïwan en cas de coup de force de Pékin. La ligne officielle consiste à promettre un soutien aux capacités de défense de l’île, sans intervenir directement – comme les Etats-Unis le font actuellement en Ukraine.

Mais pour Pékin, ce récit sur la démocratie n’est qu’une « farce », « les Etats-Unis violent la souveraineté de la Chine ». « Ceux qui offensent la Chine seront punis », promet le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi.

La « punition » potentiellement infligée à Washington reste incertaine. Mais le déplacement de Pelosi a évidemment suscité un regain de tension sino-américaine. Wang Yi a l’intention de bouder son homologue américain Blinken, selon le quotidien chinois officiel Global Times, lorsque les deux hommes se retrouveront au Cambodge, cette semaine, pour des réunions avec les pays de l’Asean, le sud-est asiatique. Les Etats-Unis et la Chine se toisent dans les eaux de l’Indo-Pacifique.

Epuiser les forces taïwanaises

Les représailles de Pékin se concentrent dans l’immédiat sur sa « province rebelle ». La République de Chine, du nom officiel de Taïwan, va se retrouver cernée par d’imposants exercices militaires menés par la puissante armée chinoise, contre laquelle celle de Taïwan ne fait pas le poids. Des exercices interprétés comme une volonté d’accroître la pression sur l’île, d’épuiser ses forces. Et d’asséner l’image d’homme fort accolée à Xi, en quête délicate d’un troisième mandat à l’automne. Mais cette musculation, de l’avis général, ne prélude en rien une offensive chinoise sur Taïwan pour laver l’affront de la visite de Pelosi. Reste le risque d’une erreur de calcul, d’un incident, aux conséquences imprévisibles…À lire aussiTaïwan: comment Pékin se prépare à une guerre d’influence

« Si les forces taïwanaises viennent volontairement au contact de (l’armée chinoise) et viennent à tirer accidentellement un coup de feu, (l’armée chinoise) répliquera avec vigueur », a déjà menacé auprès de l’AFP une source anonyme au sein de l’armée chinoise. Le ministère chinois de la Défense annonce des manœuvres militaires tout autour de l’île dès ce jeudi. Dans un périmètre, selon les experts, plus resserré autour de Taïwan que lors de la dernière grande crise, en 1995-96.

« Escalade inutile »

Quelques sanctions économiques ont aussi été décrétées. Dont l’importation des agrumes et de certains poissons de Taïwan, sous prétexte sanitaire. Une « suspension » de l’exportation vers Taïwan de sable naturel est également au programme. Un matériau nécessaire à la fabrication de béton, d’asphalte mais aussi de semi-conducteurs, dont Taiwan est le producteur nº1 mondial – et la Chine… cliente.

La poussée de fièvre est prise au sérieux par les Occidentaux. Les ministres des Affaires étrangères du G7 et le chef de la diplomatie de l’UE ont appelé Pékin au calme, mercredi, dénonçant « l’escalade » de la réaction chinoise. « Nous sommes préoccupés par les actions menaçantes récentes et annoncées par la République populaire de Chine, en particulier les exercices à balles réelles et la coercition économique, qui risquent de provoquer une escalade inutile », disent-ils dans un communiqué. « Il est normal et habituel pour les parlementaires de nos pays de voyager à l’étranger ». L’Europe n’est pas insensible aux tensions dans l’Indo-Pacifique : 40 % du commerce européen passe par le détroit de Malacca, entre Malaisie et Indonésie.

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