POLITIQUE
RDC : relations avec le Rwanda, Monusco, présidentielle… Antony Blinken est arrivé à Kinshasa
Après l’Afrique du Sud, le secrétaire d’État américain poursuit sa tournée africaine à Kinshasa, où il doit s’entretenir avec le président congolais Félix Tshisekedi ce 9 août en fin de journée. Il se rendra ensuite au Rwanda.
9 août 2022 à 18:05
Mis à jour le 9 août 2022 à 18:05

À chaque visite d’un haut responsable américain ses espoirs. Après l’Afrique du Sud, Antony Blinken vient d’entamer ce 9 août une mission de 48 heures à Kinshasa – il se rendra ensuite à Kigali pour terminer sa tournée africaine. En fin de journée, le secrétaire d’État doit s’entretenir avec Félix Tshisekedi, une rencontre à laquelle assisteront notamment le ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, le directeur de cabinet du président Guylain Nyembo et son mandataire spécial, Serge Tshibangu.
« Nous espérons plus de coopération économique à travers des investissements américains, en particulier dans le domaine des compensations pour notre écosystème qui permet la lutte contre le changement climatique, dans le cadre de notre partenariat stratégique PPPP », explique Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais, à Jeune Afrique. Mais c’est un sujet autrement plus sensible qui sera au cœur de cette visite, que Blinken poursuivra par un séjour à Kigali.À LIREBlinken en Afrique du Sud, en RDC et au Rwanda pour contrecarrer l’influence russe
« Condamner » le Rwanda
« L’attente pour le gouvernement c’est d’abord la condamnation du Rwanda en tant que pays agresseur de la RDC », poursuit Patrick Muyaya, qui souhaite « discuter d’une véritable coopération militaire avec les États-Unis afin de combattre efficacement les groupes armés et de dissuader toute déstabilisation ».
Depuis la résurgence du M23, à la fin de novembre 2021, les relations se sont fortement dégradées entre la RD Congo et le Rwanda, la première accusant le second de soutenir le groupe armé, ce que Kigali dément vigoureusement. La visite de Blinken intervient alors que Kinshasa vient de recevoir un appui avec la fuite d’une mise à jour d’un rapport d’experts missionnés par les Nations unies affirmant que l’armée rwandaise a « lancé des interventions militaires contre des groupes armés congolais et des positions des Forces armées congolaises » depuis novembre 2021 et jusqu’en juin 2022.À LIRERDC-Rwanda : le casse-tête de Félix Tshisekedi
Dans ce dossier majeur, tandis que les négociations et les médiations patinent, Antony Blinken devrait tenter d’apaiser la situation. « Le secrétaire d’État américain donne à penser qu’il voudrait calmer le jeu plutôt que de s’impliquer à travers une offre spécifique dans la résolution de la crise sécuritaire en RDC, explique à Jeune Afrique Martin Ziakwau, professeur d’université à Kinshasa. Si l’on se réfère à la position américaine lors de deux dernières sessions du Conseil de sécurité sur la RD Congo, Blinken s’alignera certainement sur la position de l’Union africaine qui soutient la facilitation angolaise dans la résolution de la crise entre Kinshasa et Kigali. »
Monusco et présidentielle de 2023
La question de la pérennité de la Monusco devrait en outre être discutée entre le secrétaire d’État américain et les hauts responsables congolais. Les États-Unis sont le premier contributeur de la mission des Nations unies, fortement critiquée ces derniers jours. Des manifestations contre les Casques bleus ont en effet éclaté dans l’Est du pays, pendant lesquelles plusieurs personnes ont été tuées et des bases de la Monusco prises pour cible.À LIRERDC : l’avenir de plus en plus incertain de la Monusco
Par ailleurs, à moins d’un an et demi de la présidentielle congolaise, qui doit se tenir en décembre 2023, les Américains disent vouloir aborder les questions de politique interne. « C’est sans doute sur ce sujet que Blinken aura le plus de marge de manœuvre », explique une source américaine. Alors qu’Antony Blinken venait d’arriver à Kinshasa, le département d’État a annoncé une aide de 23,75 millions de dollars pour soutenir le processus électoral.
Même si le président de la Commission électorale, Denis Kadima, continue de marteler que « la population ne comprendrait pas qu’il y ait un nouveau glissement », la question devrait être sur la table des discussions, alors qu’elle préoccupe la classe politique et que de nombreuses sources diplomatiques estiment désormais que le scrutin ne se tiendra pas à la date prévue. Antony Blinken doit s’entretenir avec plusieurs membres de la société civile congolaise.