ÉCONOMIE

Climat : la colère de Macky Sall, Félix Tshisekedi et Nana Akufo-Addo contre les Occidentaux

À Rotterdam, le sujet du financement de l’adaptation aux changements climatiques n’a pas eu le succès escompté. Alors que les représentants du continent espéraient mobiliser 25 milliards de dollars, ils sont repartis avec la promesse d’une enveloppe de 55 millions. Explications.

6 septembre 2022 à 15:14

Par Anne-Marie Bissada – envoyée spéciale à Rotterdam

Mis à jour le 8 septembre 2022 à 10:25

Macky Sall et Félix Tshisekedi au Sommet sur l’adaptation en Afrique à Rotterdam, le 5 septembre 2022. © Le Sommet sur l’adaptation en Afrique expose les grandes lignes d’une « percée en matière d’adaptation » en 5 points pour la conférence climatique clé de l’ONU en Égypte (COP27) en novembre prochain et 55 millions de dollars de nouveaux financements pour mobiliser plus de 5 milliards de dollars dans des projets d’action d’adaptation climatique pour l’Afrique Ruben May/GCA

« C’est avec amertume que je constate l’absence de certains dirigeants industriels. » En sa qualité de président de l’Union africaine (UA), Macky Sall a ouvert le Sommet sur le financement de l’adaptation et donné le ton. « Ils sont les principaux pollueurs de cette planète, ce sont eux qui devraient financer ces changements », a-t-il ajouté à l’adresse des grands absents de ce rendez-vous préparatoire à la COP 27 qui devrait se tenir en novembre, en Égypte. « Cela nous laisse un mauvais goût dans la bouche. Je suis un peu déçu pour être honnête », a-t-il ajouté. « Ceux qui devraient être parmi nous ne le sont pas », a renchéri le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat.

À lire sur The Africa Report – European private sector notably absent at Africa Adaptation Summit

Rassemblés à Rotterdam à l’initiative conjointe du Centre mondial sur l’adaptation et de la Banque africaine de développement (BAD), ils ont notamment rencontré le président ghanéen Nana Akufo-Addo, le chef de l’État congolais Félix Tshisekedi, et la cheffe de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala pour discuter du Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique (AAAP).À LIRE« COP des Villes » 2022 : un sommet pour lutter contre le changement climatique

Le chef de l’État sénégalais a réaffirmé que, quel que soit le montant du financement, l’adaptation au climat doit laisser aux pays africains la maîtrise de leurs propres ressources. Une idée détaillée par Mahmoud Mohieldin, le représentant des Nations unies pour le changement climatique, qui a souligné que ce financement ne devrait pas prendre la forme d’une dette mais plutôt « de subventions, d’investissements à long terme soutenus par le savoir-faire et l’assistance technique ». « En dernier recours, cette aide pourrait aussi être un financement concessionnel à long terme sous forme d’emprunt », a-t-il ajouté.

Répartition des fonds

Le Centre mondial pour l’adaptation climatique (CGA) et la Banque africaine de développement (BAD) espéraient mobiliser 25 milliards de dollars pour les cinq prochaines années grâce au sommet de Rotterdam. Au final, on est loin du compte avec un total de 55 millions de dollars, des fonds qui sont pourtant conformes au programme d’accélération de l’adaptation en Afrique (AAAP), une initiative africaine mise en place lors de la COP26 de l’année dernière. La répartition des fonds pour les cinq prochaines années est la suivante : 23 millions des Britanniques, 15 millions des Norvégiens, 10 millions viendront de Paris et enfin, 7 autres millions de Copenhague.À LIREClimat : ce que l’Afrique attend de la COP26

Dans un commentaire, Mahmoud Mohieldin a rappelé que l’Afrique est loin d’être là où elle devrait être en termes de financement de l’adaptation au climat. « Ce que nous recevons aujourd’hui est inférieur à 1/7e de ce qui est nécessaire. Nous devons donc multiplier ce montant de 10 et 12 milliards de dollars que nous avons aujourd’hui, et le multiplier par un facteur de sept par an », condition à la mise en place de projets d’adaptation à travers l’Afrique.

Sans financement, les projets d’adaptation visant à aider les pays africains à faire face au changement climatique ne peuvent être mis en œuvre. Il s’agit notamment de la modernisation des raffineries ou de l’exploitation des réserves de gaz, des mesures nécessaires pour permettre à l’Afrique de continuer à se développer tout en minimisant ses émissions.À LIREAkinwumi Adesina (BAD) : « L’agriculture est le plus grand business d’Afrique »

« L’Afrique est confrontée aux 3 C : Covid, climat, conflit. La solution réside dans les 3 F : finance, finance, finance », a déclaré le président de la BAD, Akinwumi Adesina. L’Afrique a besoin « d’une énergie de base qui aide à soutenir les économies. Nous ne pouvons pas laisser l’Afrique n’avoir que des énergies renouvelables. Aucun pays n’a réussi à se développer uniquement avec des énergies renouvelables. Nous devons disposer d’une charge de base pour avoir une énergie bon marché et compétitive », a développé Macky Sall. « Nous avons besoin d’un mélange. Le Sénégal a 31 % d’énergie renouvelable. Si nous pouvions utiliser les combustibles fossiles, nous pourrions réduire le coût de l’énergie », a-t-il plaidé.

Problème et solution

Juste avant le sommet, l’Organisation mondiale du commerce et la CMA ont signé un protocole d’accord pour tirer parti du lien entre le commerce et les mesures d’adaptation dans les pays particulièrement vulnérables au changement climatique. « Je tiens à rappeler à tous que le financement est crucial », a déclaré Mme Okonjo-Iweala, de l’OMC. « Mais pendant la pandémie, alors que nous avions l’argent, que de nombreux pays avaient l’argent, que l’Afrique a [aussi] mis de l’argent, nous n’avons pas pu obtenir les vaccins quand nous en avions besoin. Pourquoi ? À cause des mauvaises politiques commerciales ». Elle a ajouté que si les gens concluent souvent hâtivement que le commerce fait partie du problème, les protocoles d’accord démontreront comment le commerce peut faire partie de la solution.À LIRECOP26 : où vont les financements climatiques en Afrique ?

L’Afrique ne contribue qu’à hauteur de 3 à 4 % à la production mondiale d’émissions. 80 % des émissions proviennent des pays du G20. Investir dans l’Afrique, c’est non seulement s’assurer que le continent peut se prémunir contre le déluge de changement climatique provoqué par le Nord, mais c’est aussi veiller à ce que les efforts déployés pour atténuer la crise impliquent tout le monde. « L’Afrique est inarrêtable lorsqu’elle libère tout son potentiel », a déclaré Patrick Verkooijen, le fondateur du GCA. « C’est la percée que nous nous efforçons de réaliser à la COP27. »

By Habari

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