POLITIQUE

Burkina Faso : qui sont les « Cobras », ces militaires qui font trembler le régime de Damiba ?

Créées en 2019 pour combattre les groupes jihadistes, ces unités sont à l’origine de la fronde militaire qui a éclaté contre le régime de transition, ce vendredi 30 septembre.

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30 septembre 2022 à 19:50

Par Jeune Afrique

Mis à jour le 30 septembre 2022 à 19:52

Des soldats burkinabè participent à un raid lors des exercices Flintlock parrainés par les États-Unis à Ouagadougou, le 24 février 2019. © REUTERS/Luc Gnago

Huit mois après le putsch du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 24 janvier, la crainte d’un nouveau coup d’État a ressurgi à Ouagadougou. Et pour cause : ce 30 septembre, aux environs de 4heures 30, des tirs ont été entendus dans la capitale, notamment au camp militaire Baba Sy. Des militaires se sont déployés à plusieurs endroits stratégiques de la capitale, y compris devant la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB).

À la mi-journée, la haute hiérarchie militaire a convoqué une réunion d’urgence pour tenter de ramener le calme au sein de la grande muette. « Les chefs sont en concertation. Les mutins ont des revendications corporatistes mais aussi politiques », confiait une source au sein de l’armée. Depuis, les tractations se poursuivent.

Malgré quelques tirs qui ont à nouveau résonné dans l’après-midi à Ouaga 2000 et près du palais présidentiel de Kosyam, la situation était globalement calme dans le reste de la capitale. Quelques centaines de personnes s’étaient par ailleurs rassemblées place de la Nation en soutien aux mutins, et pour exiger le départ du président de la transition burkinabè. Certains manifestants brandissaient des drapeaux russes.À LIREBurkina Faso : le mystérieux Monsieur Damiba

À l’origine du mouvement de grogne contre le pouvoir du lieutenant-colonel Damiba, des militaires de l’unité spéciale Cobra, constituée en 2019 par le général Minoungou, ex-chef d’état-major général des armées, pour combattre les groupes jihadistes qui gangrènent le pays. Selon nos informations, outre le versement de primes impayées estimées à 6 millions de francs CFA par soldat, les « Cobras » réclameraient la libération d’un de leurs chefs : le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana.

L’ombre du lieutenant-colonel Zoungrana

Officier de terrain aux compétences avérées, réputé pour ses méthodes radicales et écrivain à ses heures perdues, Zoungrana avait été arrêté le 10 janvier car il était suspecté de fomenter un coup d’État contre le régime de Roch Marc Christian Kaboré. Selon des sources concordantes, son arrestation avait précipité le passage à l’acte, deux semaines plus tard, de Damiba et ses hommes. Depuis, le leader des « Cobras » est détenu à la Maison d’arrêt et de corrections des armées (Maca), dans l’enceinte du camp militaire Sangoulé Lamizana.À LIREBurkina Faso : qui est le lieutenant-colonel Zoungrana, l’officier suspecté de préparer un coup d’État ?

Bien qu’elle ait abandonné les charges liées à sa tentative de déstabilisation présumée, la justice militaire a retenu celles d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux à son égard. Par l’intermédiaire de son avocat, Maitre Paul Kéré, le lieutenant-colonel Zoungrana a récemment adressé une lettre au président Damiba pour lui faire part de sa volonté de rejoindre le front. Mais il n’aurait, jusqu’à présent, reçu aucun réponse officielle du chef de l’État.

Colère froide des « Cobras »

Zoungrana toujours en prison, ses hommes sont entrés en action au lever du jour. Voilà plusieurs mois que ces militaires aguerris nourrissent des griefs contre Damiba. Après avoir avoir activement participé au putsch du 24 janvier, ils ont été écartés du pouvoir par le nouvel homme fort du pays.

Depuis, les « Cobras » sont retournés au front, bien souvent en première ligne face aux groupes jihadistes. Manquant de moyens, ils essuient des pertes régulières dans leurs rangs. Le 27 septembre, 15 d’entre eux ont été tués dans l’attaque d’un convoi  de ravitaillement à Gaskindé, dans le nord du pays, suscitant une colère froide au sein de l’unité. « Les Cobras ont pris leur destin en main. S’ils échouent à prendre le pouvoir, leur sort est scellé », avance un source militaire, ajoutant que des jeunes officiers seraient aux manettes.

Alors que l’incertitude grandit au fil des heures, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba est toujours sous bonne garde des forces spéciales de l’armée qui composent sa garde rapprochée et qui, aux yeux des « Cobras », bénéficient d’un injuste traitement de faveur. « Les forces spéciales ne sont plus déployées sur le théâtre des opérations. Cela fait partie des frustrations qui ont nourri ce mouvement d’humeur des Cobras », explique une source militaire.

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By Habari

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