Nous avons attentivement examiné le document qui nous a été soumis pour évaluation.
Cependant, dans l’article auquel vous avez réagi, nous avions déjà exprimé notre décision de ne pas engager de débat concernant les crimes éventuels de Joseph Kabila, qui a déjà été condamné à mort in absentia par le régime de Kinshasa. Si vous considérez que certains crimes ont été négligés, nous vous prions de bien vouloir soumettre votre liste aux autorités judiciaires compétentes.
En effet, notre dernier article était surtout une invitation à la réflexion. Or, plutôt que de vous engager dans un débat intellectuel, à savoir un échange civilisé visant à convaincre à partir d’éléments objectifs ou à éclairer sur la pertinence des sanctions américaines, vous nous considérez comme des défenseurs de Joseph Kabila et nous invitez à une « série de confrontations ». Or, il ne s’agit pas de confrontations argumentées, mais bien de confrontations émotionnelles basées sur une liste de récriminations haineuses élaborées par vos soins.
Qu’est-ce qui vous différencie des manifestants embrigadés par le régime à Kinshasa pour remettre une lettre demandant l’arrestation de Joseph Kabila, adressée au Président Trump par le biais de l’ambassadeur américain ?
Certes, mobiliser des foules en utilisant la haine ou le vague espoir d’un financement américain de 500 milliards de dollars est plus simple que de bâtir un plan de refondation de l’État. Mais les considérations politiques basées sur les émotions n’ont jamais mené à la (re)construction d’un État.
Notre pays est déjà très fragmenté. C’est un État très fragile, quasi inexistant, dont la survie dépend de la cohésion nationale, ainsi que de la solidité des structures – et non pas de la popularité des acteurs politiques. Nous refusons donc le discours populiste encourageant la haine identitaire envers une partie de la population ainsi qu’envers un ancien Président qui avait réussi à réunir le pays et est encore capable d’une grande influence interne et externe.
Le principal problème dans cette décision politique américaine est la violation de la souveraineté de la RDC, inacceptable pour tout patriote, sans pour autant innocenter Joseph Kabila pour ses éventuelles faiblesses à la tête du pays. Contactez les tribunaux compétents avec vos preuves probantes.
Il apparaît une divergence majeure d’opinions avec vous quant aux points ci-après : votre hostilité envers Lumumba ; l’évaluation de la gestion du pays sous Tshisekedi ; la nécessité d’un dialogue ; le préalable du développement. Nous tenterons ici de corriger certaines distorsions des faits qui ont transparu dans vos messages.
De l’hostilité envers Lumumba
Vous affirmez que Lumumba n’avait pas d’idéologie en réaction au rappel de l’histoire congolaise de 1960-1961. Devons-nous vous rappeler que Lumumba a été arrêté, battu et humilié à Léopoldville en janvier 1961, sous les applaudissements d’une partie de la population manipulée ?
Les propos d’Albert Kalonji et de ses lieutenants menaçant de manger Lumumba sont toujours disponibles en ligne. Les archives américaines précisent qu’une oreille de Lumumba a été coupée et envoyée à Bakwanga le 18 janvier 1961 (est-ce une manipulation ?).
Toutefois, selon Albert Kalonji, lors de la Conférence nationale et souveraine en 1992, les Congolais étaient vulnérables à la manipulation des puissances étrangères en raison du manque d’éducation. Quelle déception de voir cette vulnérabilité persister après 6 décennies d’indépendance ?
À propos du lumumbisme, sachez que c’est un courant de pensée largement reconnu comme progressiste. Nous vous invitons à lire l’article « Définition du lumumbisme » sur notre site. Vous pouvez aussi voir la vidéo « Global Lumumba » sur RFI.
En bref, l’idéologie lumumbiste vise une gouvernance anti(néo)coloniale et panafricaine, l’intégration nationale, la justice sociale et un État démocratique et développementaliste.
Un lumumbiste ne peut donc pas se taire face à la dérive néocoloniale en RDC.
A propos de la comparaison de performance de gouvernance.
Vous affirmez que la gouvernance sous Tshisekedi est meilleure que celle au temps de son prédécesseur.
On ne juge pas la gouvernance par nos sentiments envers les dirigeants, mais par des critères mondiaux établis sur les Indicateurs mondiaux de gouvernance (WGI) de la Banque mondiale, qui évaluent plus de deux cents pays sur six aspects principaux.
Il est question de l’efficacité de l’administration, de la participation des citoyens, de la responsabilité, de la stabilité politique, de la qualité des règles, de l’État de droit et du contrôle de la corruption.
Ci-dessous le tableau de mesure de gouvernance pour les pays africains. La RDC est le troisième au bas de la liste pour l’année 2026.

En consultant le lien ci-après (mesure de gouvernance), vous aurez la possibilité d’accéder aux données des années précédentes et d’effectuer votre comparaison.
Sachant que depuis 2019, on remarque que toutes ces mesures de gouvernance sont en décroissance en République démocratique du Congo, pourriez-vous dire aux lecteurs quelles dimensions vous avez utilisées pour arriver à votre conclusion ?
Quid des sanctions américaines
Les sanctions américaines sont comme un coup d’État moderne et bureaucratique : elles éliminent un acteur politique d’abord en le délégitimant. Il est clair que nous assistons à une lutte acharnée pour empêcher Kabila de revenir au pouvoir. Mais comme l’Histoire récente le prouve, les Etats-Unis ne sont pas toujours assurés de remporter une victoire face à un adversaire déterminé soutenu par le peuple.
Ceux qui sont préoccupés par la recherche de la justice devraient savoir qu’il ne s’agit pas de décisions judiciaires, mais de décisions politiques ou administratives Les sanctions américaines sont en fait des outils de la politique étrangère et de la sécurité nationale des États-Unis.
Sur le plan institutionnel, ces sanctions suscitent d’importantes interrogations relatives à la souveraineté. Elles illustrent la capacité d’un État tiers à exploiter l’asymétrie du système financier mondial, caractérisée par la prééminence du dollar, afin de neutraliser des acteurs politiques nationaux, contournant ainsi les institutions judiciaires de l’État souverain visé.
Parailleurs, il est important de noter que quand l’administration inscrit une personnalité politique sur une liste de sanctions, elle le fait de façon unilatérale, en se basant sur des informations secrètes. La cible ne peut pas se défendre avec des avocats devant un juge avant que la sanction soit décidée.
Ainsi donc, pour punir un dirigeant étranger, le gouvernement américain doit juste avoir des « motifs raisonnables de croire » que la personne est impliquée dans des actes malveillants (corruption, violations des droits humains) ou contraires aux intérêts nationaux des États-Unis.
Dans un tribunal pénal, cependant, il faut prouver la culpabilité « sans aucun doute raisonnable ».
Deux paradoxes se présentent : le premier se manifeste par le fait que les partisans de la souveraineté nationale se fondent sur une décision émanant d’un État étranger pour traiter les enjeux liés à l’opposition interne de leur propre pays ; le second concerne ceux qui souhaitent l’instauration d’une justice équitable, tout en tolérant l’exécution d’une décision extrajudiciaire sanctionnant un suspect sans que sa culpabilité ne soit établie au-delà de tout doute raisonnable.
Il faut dénoncer ces sanctions.
Que dire de la nécessité du dialogue inclusif ?