L’administration Trump vient de décider d’imposer des sanctions à l’ancien Président Joseph Kabila. Ce n’est pas une première en République démocratique du Congo.

L’Histoire nous enseigne que Patrice Lumumba en 1960 et Moïse Tshombe en 1968, alors perçus comme des éléments perturbateurs des accords américano-belges concernant les ressources congolaises, ont été éliminés tant sur le plan politique que physique. Cette situation a engendré des conséquences désastreuses pour la nation, notamment une période de trente-sept années de dictature ayant profondément ravagé le pays.
Loin de souhaiter nous immiscer dans une condamnation sans disposer de la capacité de vérification par des éléments probants, nous estimons néanmoins que la décision américaine de sanctionner l’ancien président Kabila corrobore la thèse du CET concernant : l’inexistence de l’État en République Démocratique du Congo ; l’engagement des États-Unis à poursuivre leurs intérêts stratégiques ; ainsi que la persistance d’un piège de diversion au détriment du dialogue national inclusif.
Voici les détails de notre argumentaire :
Premièrement: Le symptôme d’un État fantôme
Le fait même qu’un ancien chef d’État (qui vit d’ailleurs en exil en Afrique du Sud depuis 2023 et a été condamné à mort par contumace l’an dernier) ait la capacité de financer et d’animer une rébellion capable de tenir tête à l’armée régulière prouve, de manière éclatante, le diagnostic du CET : l’État congolais n’a pas le monopole de la violence légitime.
En effet, si les institutions étaient fortes, si l’armée était véritablement réformée et le territoire quadrillé, aucun individu, aussi riche soit-il, ne pourrait « déstabiliser » la nation. Ces sanctions sont l’aveu que l’État congolais est incapable de se défendre par lui-même et qu’il a besoin que le Trésor américain gèle des comptes pour tenter de neutraliser ses adversaires internes.
Deuxièmement : Washington et la Realpolitik de l’impatience.
Ces sanctions ne sont pas un cadeau fait au gouvernement de Félix Tshisekedi par amour de la démocratie. Elles traduisent l’impatience transactionnelle de l’administration Trump.
Washington veut faire respecter les « Accords de Washington » et pacifier la région à tout prix pour des raisons économiques (contrer la Chine, sécuriser l’approvisionnement en minerais). Ils ciblent Kabila parce qu’ils l’identifient comme le « spoiler » (le perturbateur) immédiat.
Toutefois,c’est une stratégie « court-termiste » (une rustine). L’autoritér Kabila ne reconstruit pas l’armée congolaise, ne numérise pas le cadastre minier et ne restaure pas l’autorité de l’État. C’est traiter le symptôme d’une maladie, pas la maladie elle-même.
Troisièmement : le stratagème de la diversion
Comme nous l’avons déjà souligné précédemment au sujet des accords économiques ou migratoires, le pouvoir en place risque d’utiliser ces sanctions comme une formidable diversion politique de la nécessité de dialogue inclusif.
Le gouvernement actuel va célébrer cette décision comme une « victoire diplomatique », ce qui lui permettra de justifier son maintien au pouvoir et d’esquiver ses propres responsabilités dans l’incapacité d’obtenir une victoire militaire sur le terrain ou à organiser l’État. C’est l’illustration parfaite du « fétichisme électoral » que nous dénonçons : on gère la perception, on ne gère pas le pays.
Il faut donc bien réfléchir avant de condamner Joseph Kabila de traitre sans jugement probant et de célébrer.