Au Nord-Kivu, le cessez-le-feu reste très hypothétique
« Talk and fight » : on a parlé
à Luanda, mais sur le terrain,
au Nord-Kivu,
les combats continuent. Article réservé aux abonnés


Journaliste au service MondePar Colette BraeckmanPublié le 28/11/2022 à 00:00 Temps de lecture: 4 min
Talk and fight » (parler et combattre), c’est la devise des groupes rebelles dans l’est du Congo depuis un quart de siècle : on se souvient qu’en 1997, alors que Laurent Désiré Kabila négociait au Congo Brazzaville, les troupes soutenues par le Rwanda et l’Ouganda progressaient et finirent par s’emparer de Kinshasa. Cette fois encore, la situation est incertaine : à Luanda, un mini-sommet réunissant les chefs d’Etat de la région avait réclamé la mise en œuvre d’un cessez-le-feu dès vendredi.
Le M23 et autres groupes armés avaient été menacés d’une intervention militaire qui serait menée par les forces de la Communauté est-africaine, dont 900 soldats kenyans qui se trouvent déjà à Goma et pourraient recevoir des renforts. Sur le terrain, les rebelles du M23, qui n’avaient rien signé, ont d’abord semblé s’incliner puis, selon des sources locales, ont poursuivi leur progression, non pas directement en direction de Goma, fortement défendue, mais à l’ouest, via le territoire du Masisi et la ville de Sake, une autre des voies d’accès à la capitale du Nord-Kivu.
Renforts
Des militants de la société civile, joints sur place, assurent que des renforts seraient arrivés depuis le Rwanda. Et un interlocuteur précise que, jusqu’à présent, tous les blessés du M23 ont été évacués vers l’Ouganda pour y être soignés… Et cela alors que l’Ouganda et le Rwanda font tous deux partie de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est, à laquelle le président congolais Tshisekedi a fait appel pour aider ses troupes ! Si le Rwanda, en crise avec Kinshasa qui l’accuse ouvertement de soutenir le M23, n’est pas invité à participer à l’opération, des troupes ougandaises, par contre, ont déjà franchi la frontière.
Si les rebelles occupent toujours un territoire aussi vaste que la Belgique, ils se heurtent cependant à l’hostilité de la population, qui fuit en masse – la province compte 380.000 déplacés –, et à des adversaires plus coriaces que les troupes congolaises. Vendredi, du côté de Tongo, des combattants Mai Mai (groupes armés congolais), aidés de Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, groupes armés hutus), ont tendu une embuscade à une Jeep dans laquelle se trouvaient des cadres du M23, des civils rwandais et des militaires. Cette opération, qui aurait fait une quinzaine de victimes, explique pourquoi le M23 et son allié rwandais insistent tant sur le désarmement des groupes armés hutus, qui prêtent souvent main-forte aux forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Sur le plan militaire, le cessez-le-feu demeure donc très hypothétique et, si les troupes est-africaines (Burundais, Ougandais, Sud-Soudanais, Kenyans) sont déployées en RDC, on ignore encore qui, du Congo ou de ses voisins, couvrira les frais de cette intervention régionale qui se déroule totalement en marge des casques bleus de la Monusco (Mission de l’Organisation des nations unies pour la stabilisation en RDC).
Drame humanitaire
Sur le plan humanitaire, la situation est dramatique : au nord de Goma, des dizaines de milliers de déplacés campent dans des conditions déplorables qui ont bouleversé l’ancien président kényan et médiateur désigné, Uhuru Kenyatta. Au cœur de la saison des pluies, les familles dorment dans le froid et la boue et ne sont soutenues que par les locaux. « Depuis la crise du covid, les organisations humanitaires ne sont pas revenues en RDC », assure une source présente sur place, ajoutant : « Nous avons été éclipsés par la guerre en Ukraine… »
Le calendrier politique risque de ne pas simplifier la situation : Kinshasa a annoncé officiellement que les élections se tiendraient bien le 20 décembre 2023. Si les délais prévus sont respectés, il est certain que, d’ici là, la guerre à l’est pèsera sur l’agenda des candidats. Félix Tshisekedi compte bien conquérir un deuxième mandat en jouant sur la fibre patriotique tandis que, pour le Rwanda et son allié le M23, le chef de l’Etat, accusé de ne pas avoir respecté les accords conclus au début de son mandat et d’avoir accordé à sa famille trop de concessions minières au Katanga comme au Kivu, est devenu un homme à abattre…