Les rebelles progressent, les diplomates sont impuissants, Kigali contestant quasi officiellement le tracé de la frontière établi… en 1910!

La population de Goma exprime violemment sa colère et sa déception. La capitale

du Nord-Kivu est en ébullition, et des manifestations sont prévues jusqu’au week-end. Article réservé aux abonnés

Colette Braeckman

Journaliste au service Monde Par Colette Braeckman Publié le 8/02/2023 à 00:00 Temps de lecture: 3 min

Les rues de Goma sont hérissées de pierres, la population manifeste sa colère, les jeunes veulent engager le combat, des groupes hostiles se dirigent vers la frontière avec le Rwanda, des expatriés travaillant pour des organisations humanitaires sont soupçonnés d’espionnage, une église où des Tutsis congolais ont coutume de se rassembler a été prise pour cible : la capitale du Nord-Kivu est en ébullition, et des manifestations sont prévues jusqu’au week-end prochain.

Cette rage vise au premier chef les rebelles du M23 qui, depuis la chute de la localité de Kitshanga, se rapprochent dangereusement de la ville, en passe d’être privée d’approvisionnement en vivres.

L’ire populaire s’adresse aussi à la Monusco, qui prépare son départ définitif, et elle vise désormais la force kényane envoyée au Nord-Kivu par la Communauté est-africaine, à la demande de Kinshasa. A Bujumbura, où se réunissaient les chefs d’Etat de la région, le malentendu est apparu total : le président Tshisekedi a haussé le ton face au commandant de la force kényane, Jeff Nyagah, l’exhortant à « ne pas aider le M23 ». Sa déception est compréhensible : alors que c’est Kinshasa qui a sollicité cette force régionale et qui prend en charge une partie de son coût, il apparaît que les soldats kényans n’ont aucune intention de se battre contre un mouvement rebelle soutenu par le voisin rwandais. Ils se contentent d’occuper les zones dégagées par le M23 sans y laisser pénétrer l’armée ou les autorités congolaises.

La méfiance est totale

L’apparition de ce qui ressemble déjà à une « zone tampon » nourrit davantage encore les craintes d’une annexion d’une partie de la province du Nord-Kivu par le Rwanda, Kigali contestant quasi officiellement le tracé de la frontière établi… en 1910, à l’issue d’une négociation entre le colonisateur allemand et les Belges.

En outre, la présence kényane permet au M23 de porter son effort sur d’autres fronts et d’avancer dans le massif du Masisi. Non seulement cette zone est riche en minerais, mais de nombreux pâturages avaient naguère été cédés à des généraux de l’armée rwandaise, à l’étroit au Pays des Mille Collines, tandis que les stratèges avancent que pour combattre les rebelles hutus, l’armée rwandaise a besoin de la « profondeur ». Kigali accuse d’ailleurs l’armée congolaise de collaborer avec des milices « ethniques » assurant défendre « le sol de leurs ancêtres » et avec des combattants hutus FDLR encore présents malgré les nombreuses opérations militaires menées contre eux.

A quelques mois des élections, la méfiance de la population congolaise est donc totale, qu’il s’agisse de la Monusco, de la force est-africaine, de l’armée congolaise elle-même, et ce ressentiment général se traduit par des actes d’hostilité à l’égard de Tutsis congolais.

Human Rights Watch, pour sa part, déclare que « les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda laissent dans leur sillage une série croissante de crimes de guerre contre les civils » et demande à l’armée congolaise « de cesser de recourir à des milices responsables d’abus ». Autrement dit, 520.000 civils ayant été obligés de fuir les combats sont pris entre deux feux, tandis que dans les camps de réfugiés, le choléra se propage rapidement.

By Habari

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