POLITIQUE

En RDC, le football de « plus en plus politisé »

Le match qualificatif pour la CAN 2024 entre la RDC et la Mauritanie se jouera bien à Lubumbashi. Retour sur une affaire plus politique que sportive, sur fond de rivalité entre Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi.

7 mars 2023 à 12:35

Par Alexis Billebault

Mis à jour le 7 mars 2023 à 12:35

Des supporters du club de football TP Mazembe, au stade Mazembe à Kamalondo, dans le Katanga, le 4 mars 2015. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

C’est la fin d’une affaire qui « n’aurait jamais dû exister », estime un proche de la sélection congolaise. Le match décisif entre la RDC – dernière de son groupe qualificatif pour la CAN 2024 après deux journées – et la Mauritanie aura lieu le 24 mars prochain au stade de Kamalondo, à Lubumbashi. Cette enceinte appartenant au TP Mazembe est la seule à bénéficier d’une homologation de la Confédération africaine de football (CAF), après que celle-ci a retiré son approbation provisoire accordée en 2019 au stade des Martyrs de Kinshasa.

Peu de temps après la rétrogradation du stade kinois, la Fédération congolaise de football (Fecofa) avait indiqué, via son secrétaire général Belge Situatala, que Sébastien Desabre, le sélectionneur français des Léopards, souhaitait que le match face aux Mauritaniens se déroule prioritairement sur un gazon naturel – et donc pas sur celui, synthétique, de Lubumbashi.À LIRERDC – Football : Moïse Katumbi fait le ménage au TP Mazembe avant la présidentielle de 2023

Or le technicien avait pris la précaution d’envoyer un mail à la Fecofa en lui précisant que son premier choix était bien Lubumbashi, suivi d’un second choix à l’étranger comme le stade de Douala doté d’une pelouse naturelle.

Slogans anti-gouvernementaux

L’annonce que le match se déroulerait à Douala, initiative solitaire de Belge Situatala, a provoqué la colère des joueurs que certains ont exprimée sur les réseaux sociaux. Le démenti de Desabre a fini de contraindre la Fecofa à faire machine arrière, et de donner à l’affaire a pris une tournure politique.

« Le football congolais est de plus en plus politisé. Il y a des gens qui ne voulaient pas que ce match se déroule à Lubumbashi [la ville de Moïse Katumbi, opposant à Félix Tshisekedi et candidat à la prochaine présidentielle, ndlr] dont le secrétaire général de la fédération », intervient une source proche du dossier qui évoque la proximité de Belge Situatala avec Jean-Michel Sama Lukonde, le Premier ministre, et Serge Nkonde, le ministre des Sports. « Ces personnes ne voulaient pas que ce match se déroule dans un stade où des slogans anti-gouvernementaux et pro-Katumbi étaient susceptibles d’être lancés », ajoute-t-elle.

Crise sportive et institutionnelle

Selon nos informations, Félix Tshisekedi était contre une délocalisation de ce match au Cameroun ou même à Brazzaville, comme il en fût question. La Fecofa a donc informé la CAF de son choix définitif de faire disputer la rencontre le samedi 24 mars, à 15 heures, à Lubumbashi. Puis elle a adressé le 27 février un courrier à Moïse Katumbi, consulté par Jeune Afrique, lui demandant la mise à disposition du stade et de ses dépendances pour la réception des Mourabitounes. Le match retour aura lieu le 28 mars à Nouakchott et la délégation congolaise voyagera à bord d’un avion affrété par l’État.À LIREEn RDC, le TP Mazembe et Moïse Katumbi vs Nicolas Kazadi

Le football congolais, qui traverse une grave crise sportive et institutionnelle, n’avait sans doute pas besoin de cette affaire. Plusieurs de ses cadres réclament plus ou moins ouvertement l’intervention de la Fifa afin que celle-ci mette fin aux multiples ingérences du pouvoir politique dans les affaires du football.

By Habari

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