POLITIQUE

En RDC, des élections le 20 décembre, vaille que vaille

En convoquant le corps électoral pour la présidentielle, la commission électorale s’engage à organiser les scrutins dans les délais constitutionnels, malgré des critiques de l’opposition et de la société civile.

5 septembre 2023 à 09:14

Par Socrate Nsimba – à Kinshasa

Mis à jour le 5 septembre 2023 à 15:04

Le président de la Commission électorale nationale Indépendante (Ceni), Denis Kadima, le 1er septembre 2023. © TWITTER CENI-RDC

Denis Kadima entrevoit-il le bout du tunnel, lui qui, dans une interview accordée à Jeune Afrique, avait dit avoir « hâte d’en finir avec ces élections » ? Le 1er septembre, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a officiellement convoqué le corps électoral pour le scrutin présidentiel du 20 décembre.À LIREDenis Kadima, le maître du temps en RDC

« À ces prophètes de malheur qui espèrent et affirment à haute voix que la Ceni sera la cause d’un violent conflit postélectoral, qui justifierait une grave instabilité politique et qui conduirait à un changement de régime antidémocratique, nous répondons simplement en deux mots : sans effets », a-t-il lancé depuis le QG de la Ceni en pleine réfection. Dans sa ligne de mire : la mission d’observation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et de l’Église du Christ au Congo (ECC).

« Audit citoyen »

Le 3 août dernier, alors que Denis Kadima rencontrait la sous-secrétaire d’État américaine par intérim, Victoria Nuland, une délégation de cette mission d’observation – emmenée notamment par Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco – se proposait de mener un « audit citoyen » du fichier électoral pour « garantir des élections inclusives et honnêtes ». Une demande à laquelle la Ceni n’a pas souhaité donner suite.

Les jours suivants, Mgr Donatien Nshole a publiquement mis en garde contre le risque d’une « révolution qui n’attendra qu’un leader courageux », si la Ceni ne « comprend pas la pertinence des propositions formulées ».À LIREEntre Félix Tshisekedi et l’Église, le bras de fer aura-t-il lieu ?

En juillet, l’institution électorale avait déjà réservé une même fin de non-recevoir à quatre candidats de l’opposition — Martin Fayulu, Delly Sesanga, Matata Ponyo Mapon et Moïse Katumbi — qui avaient plaidé, après avoir rencontré Denis Kadima le 30 juin, pour l’organisation d’un nouvel audit du fichier électoral par un organisme international.

En effet, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) s’étant désistée au motif que les délais étaient « trop courts », la commission électorale avait recruté cinq experts pour auditer le fichier électoral, en mai dernier. Mais qualifiés d’« amis de Kadima », ils n’ont jamais été crédibles aux yeux de l’opposition.

Boycott

C’est ce refus catégorique de la Ceni de procéder à un nouvel audit qui a poussé Martin Fayulu à refuser de prendre part au processus électoral. Campant sur sa position, il n’a pas présenté de candidats pour les législatives ni pour les provinciales et les municipales. Il se retrouve en cela sur la même ligne que Joseph Kabila et ses alliés du Front commun pour le Congo (FCC) qui, depuis le début des opérations d’enregistrement des électeurs, boycottent le processus, réclamant des changements dans la composition de la Ceni et jusque parmi les juges de la Cour constitutionnelle.À LIREEn RDC, Martin Fayulu fait cavalier seul dans la dernière ligne droite

Malgré les critiques, Denis Kadima et son équipe ont donc choisi d’avancer. La convocation de l’électorat pour la présidentielle marque, selon le successeur de Corneille Nangaa, un « tournant important » pour la tenue des scrutins dans les délais prévus par la Constitution. Lui qui a plusieurs fois répété que « le glissement ne faisait pas partie de son vocabulaire » n’a pas caché sa satisfaction, ce 1er septembre. Même l’aspect financier ne semble plus poser problème, alors qu’en juin dernier, Denis Kadima parlait d’un retard d’au moins six mois dans le financement des opérations électorales.

Et quid des contraintes sécuritaires ? Dans les territoires de Rutshuru et Masisi (Nord-Kivu) et de Kwamouth (Maï-Ndombe), le niveau de violence n’a pas permis l’enregistrement des électeurs. Et si la Ceni laisse entendre qu’une normalisation de la situation est encore possible dans les régions jouxtant Kinshasa, ce n’est pas le cas dans plusieurs zones de l’est du pays, que continuent d’occuper les rebelles du M23 malgré la présence de la force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC, en anglais).

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