- Expansion du control Lumumbiste au Kivu
La consolidation militaire du régime lumumbiste au Kivu commence à la mi-décembre. En effet, une compagnie de l’ANC-(Londula) issue de Stanleyville est venue à Bukavu pour arrêter le major Singa, commandant de Bukavu, dès son retour d’un voyage à Léopoldville (voyage effectué à l’insu de l’état-major du troisième groupement à Stanleyville, dont il dépend hiérarchiquement). Le président provincial Miruho, voulant intervenir en sa faveur, est également arrêté. Les deux prisonniers sont transférés à Stanleyville. Mais une partie des soldats venus de Stanleyville demeurera à Bukavu.
Kasa-Vubu et Mobutu, affectés par ce retournement de la situation, décident d’utiliser les grands moyens pour redorer leur blason. La Belgique et les États-Unis veulent que les pro-occidentaux dominent. Depuis octobre, les « para-commandos » de Mobutu sont entraînés par des officiers belges en remplacement des Marocains. Le conseiller officiel de Mobutu, le colonel Marlière (que Mobutu choisira plus tard comme parrain de son fils !), ancien officier belge de l’ancienne Force publique, demeurée aux côtés de Mobutu depuis le 8 juillet 1960, veille au grain. En vérité, c’est Marlière qui dirige les troupes de Mobutu que les Occidentaux choisissent de diriger contre les lumumbistes, au lieu de les envoyer se battre au Katanga : c’est au Kivu qu’il faut les diriger.
Mobutu assisté par l’OTAN
Dès le début du mois de décembre 1960, les américains avaient commencé des consultations sur la possibilité de fournir une aide secrète à Mobutu pour des opérations militaires plus efficace contre les forces lumumbistes. Toutefois, il existait une divergence de vues entre l’ambassade à Léopoldville et les responsables à Washington concernant la visibilité de l’aide. Ces derniers étaient très sensibles aux risques politiques impliqués au niveau de la communauté internationale.
Ainsi pour tenter de renforcer l’armée contrôlée par Léopoldville, sous le parrainage de la France, de la Belgique ainsi que de la Grande-Bretagne Jean Marie Bomboko avait été l’invité de la réunion de l’OTAN tenue à Paris en début janvier 1961 au cours de laquelle il présenta sa requête d’assistance financière et militaire comprenant une demande d’aide de quinze mille fusils automatiques et munitions ainsi que d’une centaine d’officiers européens pour entrainer l’ANC de Mobutu en remplacement du contingent marocain qui se retirait.
La crise congolaise était donc en train de prendre la même dérive que celle de Corée ou de Vietnam qui commencèrent toujours par la livraison d’armes et l’affectation des centaines des conseillers militaires.
Défaite des troupes de Mobutu aidées par la Belgique à Bukavu
Le 28 décembre, Mobutu et ses forces expéditionnaires se déplacent par avion de Léopoldville à Luluabourg. Il fut dit que les troupes allaient y faire un défilé, à l’occasion d’une visite du président Kasa-Vubu. Le 30 décembre, de Luluabourg, les soldats ghanéens de l’ONU signalèrent le départ des avions transportant les troupes pour Usumbura (Bujumbura), au Rwanda-Urundi, contrôlé par la Belgique. À l’aéroport de Usumbura, des camions attendaient pour le transport de ces militaires jusqu’au pont de la Ruzizi à Shangugu en face de Bukavu. Le 31 décembre à 4 heures du matin, ces troupes traversent la frontière et attaquent Bukavu. Les soldats nigérians de l’ONU présents à Bukavu ont rapporté la présence d’officiers blancs de la Force publique qui avaient été initialement au camp Saio avant les événements liés à l’africanisation des cadres, ainsi que la présence d’un avion petit porteur répandant des dépliants écrits en lingala pour demander aux populations d’accueillir les militaires de Léopoldville. L’attaque dura une petite heure avant la débandade des assaillants. Certains d’entre eux se replièrent au Rwanda [notamment Nendaka], d’autres cherchèrent refuge au bâtiment de l’ONU. Plus de cent cinquante, dont le « vaillant » major Pongo Gilbert, qui s’était fait un nom en convoyant Patrice Lumumba menottes aux poings et sous les coups de la soldatesque de Mobutu, furent faits prisonniers.
Une fois de plus, la preuve de l’interventionnisme belge pour déstabiliser le Congo était établie. Sommé de s’expliquer par le Conseil de sécurité de l’ONU, le gouvernement belge forgea une explication très risible : surprises par le débarquement des troupes congolaises à Usumbura par avion, les autorités belges ont choisi de les expulser au Congo, à Bukavu (à 100 km) ! Or, il existe une frontière congolaise en face d’Usumbura, à Uvira.