Édification de l’État, citoyenneté et gestion de la diversité en RDC
Pourquoi la reconstruction de la capacité de l’État doit précéder une nouvelle expérience démocratique
Par Pierre Sula

Introduction — La diversité n’est pas le problème ; l’incapacité de l’État à la gouverner peut le devenir
La diversité des groupes humains n’est ni une particularité congolaise ni une anomalie africaine. Toute société est composée d’individus et de groupes dont les intérêts, les besoins, les perceptions, les cultures et parfois les identités diffèrent.

Ces différences produisent nécessairement des désaccords et des conflits d’intérêts. Elles génèrent ce que la géographie politique peut qualifier de forces centrifuges : des forces qui éloignent certaines composantes de la société les unes des autres.

Il faut donc partir d’un principe fondamental :
les conflits sont inévitables ; leur transformation en violence destructrice ne l’est pas.
La fonction de l’État n’est pas de supprimer les différences ni de fabriquer artificiellement une société culturellement homogène. Elle consiste à produire suffisamment de forces centripètes — citoyenneté commune, sécurité, justice, légitimité institutionnelle, services publics, confiance dans l’arbitrage de l’État et sentiment d’appartenance nationale — pour maintenir les forces centrifuges dans des limites compatibles avec la cohésion de la communauté politique.

C’est sous cet angle que le Corps Exécutif de Transition (CET) aborde depuis plusieurs années la question de la reconstruction de la République démocratique du Congo.

La question essentielle n’est donc pas :Comment supprimer nos différences ?

Elle est plutôt : Comment construire un État suffisamment capable, légitime et impartial pour permettre à des citoyens différents de vivre ensemble, de défendre des intérêts divergents et de régler leurs conflits sans recourir à la violence ?

Cette interrogation rejoint, plus de six décennies plus tard, une préoccupation que Patrice Emery Lumumba exprimait déjà avec une remarquable clarté dans son appel à ses compatriotes : « Nous n’avons pas réclamé notre indépendance pour nous disputer, nous entre-tuer, mais uniquement pour construire notre nation dans l’union, la discipline et le respect de chacun. »

Dans le même appel, Lumumba demandait que cessent les guerres fratricides, les luttes intestines et intertribales et insistait sur la nécessité de construire le pays dans l’unite et le travail.

Plus de soixante ans après l’indépendance, cette interrogation demeure au cœur du problème congolais. Comment transformer nos différences et nos conflits inévitables en une coexistence politique pacifique ? Comment produire suffisamment de forces centripètes pour que les forces centrifuges présentes dans toute société ne finissent pas par menacer l’État lui-même ?

Pour le CET, une partie essentielle de la réponse tient dans la reconstruction de la capacité de l’État.

Faiblesse Capacite Etat Et Conflits

By Habari

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