
Publié le 22/12/2021 à 00:00 Temps de lecture: 4 min
Pour comprendre comment fut bradé le patrimoine minier du Congo, un retour en arrière s’impose. Rappelons que la deuxième guerre du Congo, déclenchée par les voisins ougandais et rwandais en 1998 s’était terminée sans vainqueur ni vaincu. Après l’assassinat de Laurent Désiré Kabila en 2001, son fils Joseph, appelé à lui succéder, accepta, à l’issue d’une longue négociation menée en Afrique du Sud, de conclure un accord de partage du pouvoir avec les ex-rebelles. Il ouvrit ainsi une période de transition, qui sera appelée le « un plus quatre », un président, quatre vice-présidents dont deux étaient issus des forces rebelles soutenues par les pays voisins. Les premières élections démocratiques n’avaient pas encore eu lieu, en 2006, que les cartes s’abattaient sur la table : la société d’Etat Gécamines, héritière de la défunte Union minière et qui gérait tout le patrimoine minier du pays était en faillite. Son démantèlement, c’est-à-dire sa privatisation, s’imposait et sans attendre un scrutin qui aurait donné plus de légitimité au pouvoir politique, un nouveau Code minier, très libéral, fut promulgué en 2006. Mission accomplie, les experts de la Banque mondiale et d’autres institutions internationales qui avaient tenu la plume des Congolais s’éclipsèrent et le pouvoir politique affaibli par la guerre, le manque d’expérience et la présence d’anciens rebelles liés aux capitales étrangères se retrouva face aux requins.
Alors que des petites sociétés minières, des « juniors » occupaient le terrain, profitant de la phase dite exploratoire pour déjà entamer l’exploitation des gisements, les grandes multinationales attendaient le moment propice pour rafler la mise tandis que des intermédiaires comme l’homme d’affaires américain Dan Gertler entraient en action. Ce dernier, qualifié « d’ami du président » par les enquêteurs de Congo Hold-up était en réalité le « poisson pilote » de la multinationale suisse Glencore. Cette dernière obtint, à un prix d’ami – 585 millions de dollars – la licence d’exploitation de deux des meilleurs gisements du Katanga, Mutanda Mining (Mumi) et KCC (Katanga Copper Company) dont seulement 140 millions auraient finalement été payés. Depuis lors, les « fuites » des Paradise Papers, des ONG comme Public Eye et Global Witness ont révélé les agissements et les bénéfices réalisés par Dan Gertler, qui est désormais dans le collimateur de la justice américaine. Quant à Glencore, ses installations tournent à plein régime, tandis que d’autres acteurs se sont invités au Katanga : les Américains eux-mêmes ont vendu aux Chinois la mine de Tenke Fungurume (d’où fut extrait l’uranium fourni aux alliés durant la Seconde Guerre mondiale) et Pékin a fini par mettre la main sur 70 % du cobalt congolais, exploité par de grandes sociétés ou racheté aux creuseurs artisanaux.
Ces derniers, de plus en plus nombreux à affluer au Katanga, se plaignent de voir sans cesse rétrécir les zones d’exploitation artisanale (ZEA) qui devraient leur être attribuées.
Augmentation des redevances minières
En 2018, la révision du Code minier rédigé en 2006 déclencha une bataille de géants : le Congo, sous l’impulsion de Joseph Kabila et d’Albert Yuma le patron d’une Gecamines démantelée décida de faire passer de 2 à 10 % la redevance minière exigée pour les minerais dits stratégiques (cuivre, coltan, cobalt).
C’est en vain que les grands patrons de l’industrie minière atterrirent en jet privé à Kinshasa et firent le siège d’un Kabila figé sur ses positions. Non seulement le montant de la redevance avait augmenté, mais les miniers devaient payer sur place, aux nouvelles provinces, dont le Lualaba avec Kolwezi comme capitale, 25 % des taxes dues, afin de permettre le développement des nouvelles entités.
La faiblesse du pays
S’exprimant devant le Tribunal sur le Congo, Barthelemy Mumba Gama, ancien ministre des mines de la province du Katanga, se souvient de la faiblesse de son pays face aux multinationales : « Assurant qu’elles étaient en phase d’exploration et donc exonérées, elles rapatriaient leurs bénéfices et on peut évaluer à deux milliards de dollars les pertes essuyées par l’Etat congolais. Aujourd’hui encore, ces sociétés surfacturent leurs prestations et gonflent leurs frais d’exploitation pour prétendre produire à perte et payer ainsi moins d’impôts. » Les impôts payés par les entreprises minières représentent cependant 40 % du budget de l’Etat congolais.
Quant au syndicaliste Sylvain Kijana, – 35 ans de travail à la Gecamines – il se désole de constater que sur 40.000 travailleurs engagés par les miniers, moins de 20.000 sont Congolais : « les soudeurs viennent de Zambie, du Zimbabwe et même du Pérou ; les sociétés nationales n’assurent que 1,5 du transport des minerais… »