Une commission d’enquête de l’O.N.U. accuse MM. Tschombe, Kasavubu et leurs collaborateurs de l’assassinat de Lumumba, Okito et M’Polo
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Nations unies, 15 novembre.[1961]- La publication, un jour avant la reprise du débat du Conseil de sécurité sur la crise congolaise, du rapport sur les circonstances de la mort de Patrice Lumumba va certainement compliquer davantage le problème. La situation est vraiment paradoxale : au moment où le gouvernement de Léopoldville se plaint des agissements des autorités katangaises et demande à l’O.N.U. de l’aider à réduire la sécession, une commission officielle des Nations unies constate, ce que d’ailleurs tout le monde savait depuis longtemps, que les adversaires d’aujourd’hui avaient collaboré étroitement pour supprimer physiquement l’ancien président du conseil et que les deux capitales sont presque également coupables de l’assassinat.
Il ne sera pas facile à M. Justin Bomboko, ministre des affaires étrangères de Léopoldville, de plaider devant le Conseil de sécurité contre M. Tschombe en se réclamant de l’autorité de » Son Excellence le président Joseph Kasavubu « . Le rapport de la commission d’enquête dit franchement que tous les acteurs principaux du litige, MM. Tschombe, Kasavubu et Bomboko lui-même, eurent leur part dans le meurtre de Lumumba.
La commission, composée de représentants de Birmanie, d’Éthiopie, du Mexique et du Togo, n’a pas pu mener son enquête au Congo, les autorités d’Élisabethville lui ayant refusé l’accès du Katanga, et celles de Léopoldville s’étant récusées sous prétexte que des négociations étaient en cours pour la formation d’un gouvernement unifié. Il est vrai qu’à l’époque M. Hammarskjœld avait conseillé aux enquêteurs de faire preuve de modération, la formation d’un gouvernement central devant, selon lui, avoir la priorité sur une tragédie du passé. Pour cette raison, la commission était demeurée principalement en Suisse, où elle avait interrogé des hauts fonctionnaires de l’O.N.U., des » casques bleus » qui avaient vu Lumumba au cours de ses incarcérations successives et des mercenaires au service des autorités du Katanga.
La commission ne croit pas à la version des autorités katangaises, selon laquelle M. Lumumba et ses compagnons, Okito et M’Polo, auraient été tués par des membres d’une tribu le 12 février 1961. Son rapport ajoute :